Beaucoup de simplifications... par Athanase 2022-01-31 20:11:49 |
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Il est vrai que l'URSS a cherché à être, à ses débuts, post-nationale, puis s'est retrouvée à pratiquer un néo-nationalisme de type grand-russe grâce à l'homo sovieticus. Mais au début, il faut aussi noter que Lénine et sa sbire sont acquis au principe de l'auto-détermination des peuples et qu'ils finissent par l'admettre pour l'Ukraine, bon gré mal gré. Mais entre 1917 et 1991, il se passe tellement de choses que l'équilibre ethnique de l'URSS n'est plus le même. Pour les Ukrainiens, il faut souligner le rôle de l'Holodomor, mais aussi de la Deuxième guerre mondiale et de ses conséquences qui accentuent la russification du pays (la venue aussi de Russes dans cette zone, comme ce sera le cas dans les Pays Baltes), sans tomber dans le mythe d'une Ukraine "pure" (le nationalisme ukrainien est né à la fin du 19ème siècle et il est surtout encouragé par... l'aristocratie polonaise pour faire pièce à l'influence russe en Galicie).
La Yougoslavie a aussi une origine plus complexe. Elle n'est pas tout a fait le fruit du "grand-serbisme", même si la tentation est de faire de la Yougoslavie une Serbie élargie. Le discours pro-Yougoslave se répand à la fin du 19ème siècle quand il s'agit de regrouper les Slaves du Sud dans le cadre d'une Autriche-Hongrie où l'élément slave serait renforcé (après le dualisme, pourquoi pas le trialisme ?). Faut-il rappeler que le créateur du mot "Yougoslavie" est un évêque, Mgr Strossmayer ? Il est vrai que l'attentat de Sarajevo est un élément déclencheur, mais surtout une étincelle pour une série de causes complexes (la confrontation entre la Russie et l'Empire Austro-Hongrois depuis la fin du 19ème siècle, le jeu de la diplomatie secrète, le vice des plans de mobilisation qui fait qu'il n'est plus possible de démobiliser des armées lancées, etc.). Il faut dire que la tentation Serbe depuis 1912-1913 est de voir comme "serbes" tout ce qui est proche de la petite Serbie: à cet égard, le cas de la Macédoine en 1913 est un exemple typique (une partie est rattachée à l'issue de la Deuxième guerre balkanique). Pour les occidentaux, c'est juste un élément de la Serbie, alors que, visiblement, l'identité macédonienne est un peu compliquée (ce ne sont pas des Serbes, mais pas non plus des Bulgares au grand dam de Sofia).
Ce que je voulais dire est que même dans de très mauvaises imitations la solution austro-hongroise a été prescriptrice malgré le démantèlement catastrophique de l'Empire (dont les conséquences auront été une Allemagne en roue libre et aussi la Shoah). C'est bien la preuve que la monarchie habsbourg a créé un système qui a fait ses preuves. Certains politiciens de l'Après-guerre - assez piètres, qu'ils soient maçons ou communistes - ne sont pas complètement acquis à l'idée qu'un territoire, c'est nécessairement une nation. C'est cette idée - simpliste - qui a guidé une grande partie des européens et des occidentaux, américains en tête, avant même le Traité de Versailles. Le seul problème est que la nation entendue telle que nous l'entendue est un concept moderne, nullement naturel et certainement pas applicable à des empires ou à des Etats qui étaient plutôt des structures proto-nationales. C'est tout.
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