Sir Orlando Brightman par Gereo 2020-05-10 22:19:59 |
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Sans doute introuvable, mais ça donne envie de le lire, dans le sillage des Soloviev, Benson et O'Brien
Dans ce dernier volet du triptyque, notre romancier-théologien va faire passer nombre de ses convictions, que l’on peut ramener à trois :
- Le combat du chrétien contre le mal est un combat contre le Malin, et c'est un combat aux dimensions cosmiques. Dans ce combat spirituel, aucune arme humaine ne saurait servir le chrétien, mais seulement la croix et la foi.
- Le danger le plus grand qui menace l’Église est celui de « l'installation », de l'adaptation au monde et à ses valeurs, et de l'asservissement aux pouvoirs civils.
- Une civilisation dominée entièrement par la technologie est autodestructrice et ne respecte plus la dignité ni le vrai bien de l’homme.
Dans la deuxième partie, la thématique au mal franchit un nouveau cap : c’est la cathédrale de Tolède elle-même qui devient le théâtre d'actes démoniaques de plus en plus spectaculaires (figures démoniaques sculptées dans la pierre par une main invisible, tremblement de terre, déplacement, disparition et réapparition des objets du culte, musiques infernales jaillissant des orgues en pleine nuit, vitraux embrasés et chants nocturnes maléfiques, apparition de serpents, mains invisibles agressant les chanoines pendant le culte, descellement des pierres tombales), jusqu'à culminer dans l’effroyable nuit du Vendredi au Samedi Saint, « parce que cette nuit-là, toutes les églises sont comme désacralisées : le Saint-Sacrement en est absent, les lumières y sont éteintes, et jusqu’à la mi-nuit qui suivra, la messe ne peut y être célébrée »
Dans la troisième partie, le combat contre le mal atteint à son apogée : c'est l'avènement du « mystère d'iniquité » et le basculement de la planète entière livrée au pouvoir d’un Antichrist manifesté au grand jour, sir Orlando Brightman.
Les images empruntées à l’Apocalypse johannique remplacent le recours aux mythes, et le combat atteint des dimensions planétaires. Un ultime discernement s'opère, entre le « petit reste », une simple poignée de croyants prêts au martyre pour rester fidèles au Christ, et la quasi-totalité de l'humanité, ecclésiastiques en tête, se livrant sans combattre au bon vouloir de l’Antichrist.
Or, et c’est ici que le roman de Bouyer se révèle le plus génial et proprement théologique, cet Antichrist qui s'impose comme « Maître du monde » ne se présente pas comme un tyran destructeur, mais au contraire en la personne d’un « petit vieillard majestueux, mais ruisselant de bénignité », un « bienfaiteur de l'humanité » animé des plus nobles intentions et promettant « le bonheur pour tous », « la paix et la prospérité universelles, par une judicieuse conjonction de la science la plus moderne et de la sagesse la plus traditionnelle ».
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