entre matière prochaine et matière éloignée, effectivement classique en théologie des sacrements.
Cela induit-il une distinction quant au pouvoir du pape (ou de l'Eglise) de les modifier ?
Nous savons, Saint Pie X l'a déclaré dans son Motu Proprio
Ex quo nono aux hiérarques orientaux concernant quelques erreurs grecques, que l'Église n'a aucun pouvoir d'innover quoi que ce soit dans la substance des sacrements (AAS 3, 1911, p. 119 :
Ecclesiae minime competere ius circa ipsam sacramentorum substantiam quidpiam innovandi).
Voilà pour le principe général.
Il faudrait voir maintenant dans le détail, en quoi consiste cette "substance des sacrements" dont parle le Pape et qui est soustraite même au pouvoir des Clefs.
La réponse n'est pas aisée, et surtout elle n'est pas univoque, car l'Église ne s'est pas prononcée définitivement sur beaucoup d'aspects dans le domaine sacramentel.
Le fait que tout sacrement consiste de
res et verba (de choses et de paroles) pour être réalisé, est certainement
de fide divina et catholica (quoique
non definita), parce que la Tradition et le Magistère ordinaire l'enseignent constamment. Le nier serait hérétique.
Que ces
res et verba se traduisent, dans le domaine sacramentel, en termes de matière et forme, est
doctrine catholique, donc absolument certain en théologie. On ne saurait le nier au moins sans témérité.
Mais le contenu précis de ce qui est matière et forme n'a pas été précisé infailliblement, même si cela serait parfaitement possible, avec le même degré de certitude pour
tous les sacrements. En nier l'un ou l'autre aspect n'entraîne donc pas dans tous les cas les mêmes conséquences.
Pour le sacrement qui vous occupe ici, les manuels de dogmatique et d'histoire de l'Église un peu fouillés en témoignent abondamment, personne n'a
jamais considéré que l'Onction puisse être conférée en utilisant
une autre huile que celle d'olive, exclusivement (en Orient avec l'ajout de vin).
Mais la question n'est pas définie dans toute son ampleur. Que de l'huile est nécessaire
ad validitatem pour conférer le sacrement de l'Onction est
de foi (au moins parce que la Tradition et le Magistère ordinaire l'enseignent, et de foi divine par le témoignage de Saint-Jacques), que cette huile doit être bénite et qu'elle doit être de l'huile d'olive est
sententia communis et certa.
(on emploie ici les termes "certain" et "commun" bien entendu dans leur acceptation technique théologique, je le précise à toutes fins utiles, même si je ne vous apprends rien, donc une sentence acceptée unanimement par toutes les écoles de théologie, et pas certaine ou commune "chez les non-catholiques" ...)
Cela veut dire en l'occurrence que tout sacrement de l'Onction conféré avec une autre huile que l'huile d'olive ou non bénite est par ce fait même douteux.
Or, un sacrement douteux n'est jamais permis, et, cela est absolument certain, il n'est pas possible que l'Église permette de conférer un sacrement douteux, c'est-à-dire, de conférer un sacrement sans avoir recours à la matière que tous les théologiens de tous les temps, Orient et Occident confondus, sans exception, ainsi que le Magistère dans la mesure où il s'est prononcé, ont toujours considéré comme nécessaire
ad validitatem. Il n'est pas possible qu'un point de doctrine considéré comme
sententia communis et certa puisse cesser de l'être.
Il n'est pas possible, par conséquent, sans témérité absolue, de prôner ou de permettre un changement de matière du sacrement et de se dresser contre ce consensus théologique général de l'Orient et de l'Occident, même si sa négation pratique en l'occurrence n'est pas encore une hérésie formelle.
Ajoutons quand-même que le Concile de Trente a défini (sess. VII, can. 13
de sacramentis in genere) :
Can. 13. Si quis dixerit, receptos et approbatos Ecclesiae catholicae ritus in sollemni sacramentorum administratione adhiberi consuetos aut contemni, aut sine peccato a ministris pro libito omitti, aut in novos alios per quemcumque ecclesiarurn pastorem mutari posse: anathema sit
Si quelqu'un dit que les rites reçus et approuvés de l'Eglise catholique, en usage dans l'administration solennelle des sacrements, peuvent être ou méprisés ou omis sans péché, au gré des ministres, ou encore être changés en d'autres nouveaux par tout pasteur des églises : qu'il soit anathème.