un ordre donné quelque part ? par Luc Perrin 2018-02-27 21:03:51 |
|
Imprimer |
Non ce n'est nullement nécessaire.
Quand la possibilité pour les pays anglophones de traduire s'ouvre, les prêtres s'y engouffrent. Si "ordre", en fait signal ici, il y a, il est venu de Rome.
Maintenant deux observations :
a) comme je l'ai dit précédemment, les esprits ont été préparés amplement dans les 20-30 ans qui précèdent par une littérature assez répandue : je l'avais vue dans ma thèse répercutée dans les ... bulletins paroissiaux parisiens avant l'ouverture de Vatican II en 1962.
Un des prêtres témoins croyait, de bonne foi, avoir toujours célébré en français, ce qui a mon sens n'était pas possible car il était vicaire quelques années avant 1965. Il avait effacé de sa mémoire son apprentissage de la messe latine, c'est dire à quel point le mythe du "Renouveau" a été puissant sur cette génération de prêtres ordonnés dans les années 1960-1965.
Les évêques parisiens multiplient les rappels à l'ordre entre 1964 et 1967 à ce sujet.
b) Pie X décrit les cercles modernistes qui sont des réseaux comme les cercles intégristes de Mgr Benigni. On n'est pas pour les uns et pour les autres dans un phénomène de masse touchant tout le clergé occidental à 90%. 1964/1965 et 1903-1910 ne sont pas de ce fait en analogie valable.
Une idée m'est venue à l'occasion de notre conversation. Les années 1960 inaugurent une massification de l'enseignement supérieur en France en tout cas (il faudrait voir pour la GB) qui est passée par une valorisation de la filière technique puis "moderne" au détriment des "classiques".
L'Angleterre fut longtemps très élitiste et il semble qu'après 1945 une vague de création d'universités ait existé. Le latin et les humanités étaient très à l'honneur dans les vieilles universités et leurs prestigieux collèges qui formaient l'élite britannique.
La dévalorisation du latin et des humanités qui est nette entre 1950 et 1970 se produit au moment où Rome a donné le signal qu'on pouvait l'abandonner aussi dans l'Église.
La ruée vers le vernaculaire de 1964 n'est donc pas aussi mystérieuse que ne le pensait l'abbé Houghton. Ce qui l'a troublé et même meurtri, c'est que la messe pour le prêtre n'est pas un ornement.
Rappelons-nous que l'activisme - dénoncé par Jean XXIII en 1959 dans son encyclique sur le sacerdoce Sacerdotii nostri primordia - s'est vite transformé en passion pour la "déclergification" et la volonté pour les prêtres d'être "des laïcs comme les autres". La messe elle-même, a fortiori le latin et la messe traditionnelle, devenait superflue par rapport à l'animation politico-syndicale barbouillée de versets évangéliques.
ps. il suffit d'écouter Alain Finkielkraut se plaindre de cet oubli massif dans l'enseignement des "classiques" pour mesurer pour le coup le "changement de paradigme" éducatif qui a été accompli. Jean XXIII le sent d'ailleurs en tentant d'aller à contre-courant avec la Veterum sapientia de 1962 qui étendait les cours en latin.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|