ça m'amuse beaucoup moins de voir comparer la langue des évangélistes et de saint Paul avec le patois maghrébin...
Je crois qu'en français le mot "patois" est péjoratif.
Je ne l'ai pas utilisé, et je ne l'utiliserais pas. Il ne faut donc pas me le prêter.
J'avais écrit "l'arabe populaire métissé de berbère", ce qui est, d'abord sans jugement de valeur, une description linguistiquement adéquate du parler maghrébin.
Si je voulais donner une description linguistiquement similairement adéquate du parler grec du NT, ce serait en effet "un grec populaire métissé de sémitismes", ce qui s'explique à la fois par ses auteurs, le plus souvent des Sémites ayant appris, parfois sur le tard, plus ou moins bien, le grec de leur temps, et par son public cible, pas d'abord ceux qui avaient fréquenté l'Académie ou le Lycée d'Athènes.
La perfection du langage et la beauté du style ne sont pas (sauf exception, on pourrait développer) le souci des auteurs chrétiens, qu'ils soient grecs ou latins. Eduard Norden, pas un catholique et même pas vraiment un chrétien, et dont les commentaires sont parfois à prendre
cum grano salis, l'explique assez bien au début du deuxième tome de son grand ouvrage classique intitulé
Die antike Kunstprosa : la bataille entre paganisme (il dit: Griechentum; hellénisme) et christianisme est, vu d'un angle essentiel, la bataille entre forme et contenu.
Et le mépris de la forme n'est pas, pour certains, une question de ne pas pouvoir, mais de ne pas vouloir.
La preuve : deux des plus belles périodes de la littérature grecque se trouvent dans le NT, la première phrase de l'Evangile de Saint Luc, et la première phrase de l'épître aux Hébreux. 42 mots et même 72 mots parfaitement balancés.
Saint Paul, quand il prend la parole devant Agrippa dit des Juifs (Act. 26,4): ἴσασι, "ils savent", forme très attique, très apte pour un discours qui se veut soigné; populairement on dit à cette époque οἴδασι, ainsi ailleurs, dans Lc. 11,44, 23,34; Jn. 10,4, 10,5, 15,21, 18,21 et Jude 1,10.
Comme si ces auteurs avaient voulu dire: voyez, je le peux, si je veux, mais désolé pour vous je ne continuerai pas ainsi.
Saint Grégoire le Grand, bien plus tard, et pour le latin, dit (Norden le cite)
ipsam loquendi artem despexi, j'ai méprisé l'art même de l'éloquence,
quia indignum vementer existimo, puisque je trouve particulièrement répugnant,
ut verba caelestis oraculi restringam sub regulis Donati, de restreindre la parole de la révélation du Ciel sous les règles de Monsieur Grevisse.
Pareille idée se retrouve chez Saint Augustin et à Saint Jérôme ce dilemme a même valu un cauchemar.
Vous en faire un n'était certainement pas le but de mon message !