Y a-t-il eu diabolisation du monde, de Léon XIII à Pie XII ? par Scrutator Sapientiæ 2015-10-30 11:35:08 |
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Bonjour et merci, Aigle.
1. Y a-t-il eu avant tout ou seulement diabolisation du monde, situé à l'extérieur et à l'opposé de l'Eglise catholique, dans le Magistère et la pastorale des Papes successifs, de Léon XIII à Pie XII ?
Je peux me tromper, bien sûr, mais je ne crois vraiment pas que ce Magistère et cette pastorale puissent être assimilés uniquement à cela.
2. Il y a eu, en revanche, deux "polarisations", l'une en théologie dogmatique, l'autre en théologie morale : il y a eu
- une théologie dogmatique anti-kantienne et néo-thomiste qui était tellement spéculative qu'elle était presque rationaliste,
- une théologie morale légaliste, que l'on dirait aujourd'hui bien plus normativiste que susceptible de contribuer à la "pastoralité".
Et ces "polarisations" ont provoqué, à mon sens, deux retours de balancier, deux tendances opposées, une tendance à "l'herméneutisme" et une tendance au "personnalisme".
3. Selon la première de ces tendances, une explicitation objective absolue ou une formalisation officielle unique de la Foi catholique est jugée moins authentique ou moins légitime qu'une diversité d'interprétations subjectives de la Foi catholique, ces interprétations étant contextualisées d'une manière différenciée, dans l'espace et dans l'histoire.
4. Selon la deuxième de ces tendances, la conscience humaine est, pour ainsi dire, réputée inerrante, et la personne humaine est, en quelque sorte, tenue pour infaillible. Presque tout ce qui est humain est légitime, dès lors que cela ne fait pas de mal à autrui...compte tenu de la vision que l'on a de la liberté et de la dignité, ce qui peut conduire à excuser, sinon à justifier, entre autres, l'avortement et l'euthanasie.
5. Je termine ce message en pensant à la tendance contemporaine à l'affranchissement vis-à-vis de toute part de "dualisme", inhérente au christianisme, que l'on trouve dans les distinctions entre Esprit de Dieu et esprit du monde, ou entre grâce et péché, ou entre Lumière et ténèbres, ou entre la nature et le surnaturel : cet affranchissement n'a pas peu contribué à ce que la célèbre distinction augustinienne entre les deux amours et les deux cités ne soit pas ou ne soit plus facile à faire comprendre, aujourd'hui.
6. Admettons un instant que ces deux retours de balancier, et que cet "anti-dualisme", soient explicables voire justifiables par des polarisations antérieures disproportionnées :
- d'une part, en quoi avons-nous gagné au change, puisque ce que nous avons gagné d'un côté, sous l'angle de l'humanisation (protestantisante ?) du catholicisme, nous l'avons perdu de l'autre, sous celui de la clarification et de la consolidation, ou de la réception et de la transmission, du sens chrétien des trois vertus théologales,
et,
- d'autre part, qui ne voit que quand le Magistère finit par être contraint et forcé de s'exprimer d'une manière non herméneutiste ni personnaliste, comme dans la Profession de Foi de Paul VI, Humanae Vitae, Veritatis splendor, Dominus Iesus, les évêques et les fidèles catholiques sont tellement habitués à accepter, voire à approuver, les conséquences de leur propre exposition à l'herméneutisme et de leur propre ouverture sur le personnalisme, qu'ils ne sont pas volontiers réceptifs, en présence de ces textes "normativistes" ?
C'est en tout cas "ce que je crois" sur cette question.
Je vous remercie par avance pour votre bienveillance et pour votre compréhension, et je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.
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