Merci beaucoup, je vais essayer de répondre. par Scrutator Sapientiæ 2015-06-04 08:12:51 |
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Bonjour Jean Ferrand,
1. Le péché originel magistériel auquel je pense n'est autre que Gaudium et Spes, plus précisément la deuxième partie de Gaudium et Spes, et, plus précisément encore, les chapitres 2 et 4 de cette deuxième partie, consacrés, respectivement, à "l'essor de la culture" et à "la communauté politique".
2. Et le péché originel théologien et épiscopal auquel je pense s'est produit, à mon sens, dès le début des années 1950, non pas avant tout contre la lettre encyclique Humani Generis, même si la suite des événements a montré qu'il n'y avait pas eu de réception docile ou loyale de ce texte, qui complète, je le crois, Divino afflante spiritu, mais avant tout à la suite de quelques mauvaises réponses à quelques bonnes questions.
3. Entre autres bonnes questions,
- il y a celle posée par le livre : "France, pays de mission", des abbés Daniel et Godin, cet ouvrage ayant été publié en 1943,
- il y a celle posée par l'accélération et l'amplification de la déruralisation de la France, après 1945,
- il y a celles posées par la bipolarisation entre l'Ouest et l'Est, et celles posées par la décolonisation du Sud vis-à-vis du Nord,
- il y celles posées par la philosophie et par la science contemporaines, et celles posées par les maîtres du soupçon (Marx, Nietzsche, Freud).
4. Entre autres mauvaises réponses, il y a le postulat selon lequel l'Eglise catholique ne doit plus être "l'instance critique de la modernité", parce qu'il est considéré, dorénavant, comme non charitable, de critiquer le monde moderne, compte tenu des aspirations, tenues pour quasiment chrétiennes, des hommes et des femmes de de ce temps, à davantage d'autonomie ou de liberté, à davantage d'égalité ou de justice, à davantage de fraternité ou de solidarité, à davantage de bonheur ou de bien-être en ce monde.
5. Or, de mon point de vue, mais je me trompe peut-être, l'Eglise catholique doit être l'instance critique du monde moderne, non avant tout parce qu'il est moderne, en ce sens qu'il ne découle plus d'une logique de chrétienté institutionnelle, mais avant tout parce qu'il est "mondain", id est partisan et promoteur, au moins la fin du XV° siècle (1492 ?) ou depuis le début du XVI° siècle (1517 ?), de la "mondanisation" sans cesse croissante des préoccupations et des activités.
6. En ce sens, le péché originel auquel je pense est un saut qualitatif en faveur d'encore plus de bienveillance sans vigilance, ou, en tout cas, au profit de bien plus de bienveillance que de vigilance, de la part de bien des clercs, à l'égard de cette "mondanisation" des préoccupations et des activités, à partir de l'après 1945.
7. La religion chrétienne n'est pas l'ennemie du bonheur humain, n'est pas l'ennemie du genre humain, mais elle n'est pas non plus une religion d'humanisation ou d'optimisation ascendante et progressive, plus solidariste que spiritualiste, de celui-là ou de celle-ci, comme si elle était une société de pensée et d'action philanthropique, dans l'acception agnostique ou humaniste du terme.
8. Une attitude prophétique, dans l'Ancien Testament, ne consiste évidemment pas à critiquer, à s'en prendre, pour son bien, à un monde en tant que moderne, mais consiste bien plutôt à s'en prendre à un monde, à un peuple, qui a tendance, comme tout monde, comme tout peuple, à se laisser aller à de l'apostasie, à de l'idolâtrie, à du matérialisme ou à du polythéisme, à succomber à bien des séductions ou tentations, dès qu'il se met à mépriser ou à oublier Dieu, le pire étant l'oubli de l'oubli de Dieu, le fait d'oublier le fait qu'on l'oublie.
9. Il me semble que c'est cette attitude là, cette attitude prophétique là, déplaisante, dérangeante, qui a été quelque peu perdue de vue, dans l'Eglise catholique, surtout à partir de l'après 1945.
10. Je suis tenté de conclure ce message par une prise d'appui sur une expression célèbre : oui, bien sûr, à la primauté du spirituel, donc non, bien sûr, au gaudium-et-spisme, c'est-à-dire à la survalorisation de la pastoralité, au détriment de la mise en oeuvre ou de la prise en compte de cette primauté du spirituel, priorisation ne voulant pas dire exclusivité.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour cette réponse, si elle n'est pas compréhensible ou satisfaisante, et je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.
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