et à une époque ce fut la langue liturgique à Rome, avant d'être abandonné parce que le peuple parlait latin - un latin vulgaire qu'on pourrait presque appeler proto-italien.
C'est un peu plus nuancé que cela.
Si le grec était langue liturgique à Rome, ce fut d'abord parce que les premiers chrétiens de Rome étaient des orientaux, issus des juifs (qui parlaient grec à côté de leurs idiomes sémitiques) et des milieux des esclaves (souvent grecs).
SS. Pierre et Paul y ont dû officier en grec.
C'est leurs maîtres qui parlaient latin, certainement pas un latin vulgaire, et qui connaissaient bien entendu aussi le grec - le beau monde parlait le grec, comme il a parlé le français quelques siècles plus tard - mais pas le grec de l'Apocalypse de Saint-Jean. Ils ont cependant été plus lents à se convertir, sauf exception.
On place généralement l'abandon du grec en liturgie à Rome sous le pontificat de Saint Victor (189-198/9), originaire de la Proconsulaire et apparemment ignorant du grec. La version latine du canon romain (qui est apostolique) daterait aussi de cette époque. Ce fut le début d'une transformation plutôt lente. Un latin, faut-il le souligner, d'une austérité classique remarquable, et qui n'a rien de vulgaire.
Les premiers chrétiens de culture latine à Rome venaient de la haute bourgeoisie. Encore le pape Saint Gélase,
Romanus natus et d'une grande culture, en est un bel exemple. Avant lui, Saint Léon le Grand, aussi.
Ce n'est pas sans peine que la plèbe purement latinophone a rejoint petit à petit les rangs des chrétiens. La Subura, avec son proto-italien, a connu ses saints, oui, mais ils se sont fait prier.