Un texte de Pro Liturgia à méditer par Quaerere Deum 2014-01-26 22:04:49 |
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L'opinion publique catholique continue d'être agitée par des polémiques autour des discours du Pape et des différentes interprétations qu’ils ont eues de la part d’ « opinionistes », qui se disent conservateurs ou libéraux (mais croyants) et par d’autres « opinionistes » qui se déclarent non-croyants mais qui ont un quasi-monopole des médias.
Il faut se rappeler, d’abord, que pour nous tous, catholiques, la principale (et parfois l’unique) raison pour laquelle nous devrions nous intéresser aux mots et aux gestes du Pape, c’est parce qu’il est le chef de l’Eglise du Christ par volonté expresse du Christ lui-même, comme nous le savons à partir de foi. C'est donc l'adhésion convaincue au dogme du Corps mystique qui justifie l'obéissance inconditionnelle aux directives pastorales du pape et motive l’union affective et effective avec lui, cette dévotion qui faisait dire à sainte Catherine de Sienne, au XIVe siècle, que le Pape est « le doux Christ sur la terre » (ce qui ne l’a pas empêchée de se rendre à Avignon pour lui reprocher de ne pas résider à Rome). Un saint du XXe siècle, Josémaria Escriva, pour indiquer le juste ordre d'une dévotion motivée par la foi, disait que « pour nous, chrétiens, les grands amours sont le Christ, Marie et le Pape ».
Ce que le pape dit et fait dans l’exercice du ministère pétrinien doit intéresser tous les fidèles toujours et seulement pour le motif de la foi, parce que le Christ lui-même l'a voulu comme Pasteur de l'Eglise universelle. Cela signifie que le Pape - qui qu’il soit - n’intéresse pas tant en tant que personnalité humaine ou comme « docteur privé », c'est-à-dire comme simple théologien, mais plutôt comme le garant suprême de la vérité divine confiée à l’Eglise par l’unique Maître, qui est le Christ.
Dans une perspective de foi, dans un horizon de sens authentiquement chrétien, ce qui intéresse absolument est uniquement le Christ, dont parlent les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament, et dont la vie, la mort et la résurrection sont constamment commémorées dans la liturgie de l’Eglise afin qu’à tous les fidèles soit consentie une compréhension spirituelle toujours plus grande du mystère du « Verbe qui s’est fait chair ». En revanche, la personnalité humaine, les gestes et les paroles de l’homme qui à chaque moment historique occupe le Siège de Pierre méritent d’être connus et interprétés par les croyants uniquement dans la mesure où ils servent à comprendre et interpréter toujours mieux la Parole du Christ.
Souvenons-nous qu’aucun des grands saints que nous connaissons n’ont fait dépendre leur chemin de foi et leur engagements ascétique et apostolique d’une connaissance approfondie de la biographie et des idées personnelles du pape ou des papes de leur temps ; ils dépendaient en revanche entièrement de la Doctrine de la Foi, c’est à dire du dogme connu par la prédication ordinaire de l’Eglise et la fréquentation des Ecritures, et de la confrontation aux différentes expériences ecclésiales, en particulier la vie des saints. Un docteur de l’Eglise comme S. Augustin, par exemple, est venu à la conversion après avoir écouté la prédication de S. Ambroise et avoir médité sur l’Evangile ; et il a choisi l’état monastique par la lecture de la Vie de S. Antoine écrite par l’évêque Athanase. Ste Thérèse d’Avila, elle aussi Docteur de l’Eglise, ne nomme dans aucune de ses œuvres le pape régnant... alors qu’elle savait qu’elle devrait obtenir son autorisation finale pour la réforme du Carmel.
Alors que peut-on trouver et que doit-on éventuellement chercher aujourd’hui dans les discours et les initiatives d’un pape si assidûment suivi par le presse et la télévision dans le monde entier ? Comment interpréter correctement le sens de ce qu’il fait et ce qu’il dit ? Voici un critère de discernement qu’il faut fournir à tous les fidèles qui cherchent sincèrement une croissance de leur vie de foi et une plus grande union avec le Christ à travers l’union avec le Pape. Ce critère de base est que le pape - tout pape - nous « re-porte » au Christ, « re-présentant » et « ré-actualisant » l’Evangile avec les actes de son Magistère et ses directives pastorales.
Du Pape François, comme de tous les autres papes, on ne doit donc pas nécessairement s’intéresser à tous les discours improvisés, surtout s’ils ne sont pas ensuite reproduits dans les « Acta Apostolicae Sedis », car ils ne constituent pas un véritable magistère pontifical. Ce ne sont pas des actes impliquant, de quelque façon que ce soit, cette infaillibilité personnelle que Vatican I (1870) a reconnue comme étant la prérogative du Pontife romain, et qui en soi est toujours liée à l'intention de parler en tant que Pasteur de l'Eglise universelle pour « définir » une doctrine dogmatique ou morale. En outre, le contenu doctrinal de ces discours doit être compris en les écoutant ou en les lisant intégralement, en tenant compte du contexte, de toutes les circonstances de temps et de lieu, chose qui ne peut pas arriver si nous lisons simplement un résumé et une interprétation arbitraire dans la presse.
On répondra : « Mais un simple fidèle n’a jamais le temps ni ne ressentira jamais le besoin d’aller vérifier si chaque discours du pape François a été interprété correctement par les médias... » C’est exact ! Et c’est précisément pour cette raison qu’il convient aux simples fidèles de laisser tomber le chevauchement de nouvelles impromptue qui mettent tout dans le même sac. Il n’est pas obligatoire et il n’est même pas possible de suivre attentivement et d’évaluer correctement chaque catéchèse du mercredi, chaque homélie à la messe à Santa Marta, et tous les discours improvisés du pape (une moyenne de trois par jour).
De même qu’il n’est pas obligatoire et n’est même pas possible de connaître en « temps réel » toutes les nominations et les changements que fait le Pape François en vue de la soi-disant « réforme de la Curie » et du soi-disant « financement des églises » à travers le monde catholique.
Il est préférable que les simples fidèles (qui ne se soucient pas du tout des polémiques idéologiques, et encore moins des jeux de pouvoir au sein de la caste cléricale) consacrent le peu de temps disponible aux quelques documents qui constituent vraiment le Magistère de ce pape : l’encyclique « Lumen Fidei » et l’exhortation apostolique post-synodale « Evangelii gaudium ». En ne lisant que les documents officiels, on voit alors que le Pape François, quand il exerce son magistère ordinaire, est globalement en ligne avec tout le magistère précédent. Car il pas possible - sauf à imaginer que le Christ veuille perdre son Eglise - que le charisme de l’infaillibilité personnelle porte, paradoxalement, à « rompre » avec la tradition, c’est-à-dire à enseigner le faux.
Concernant alors la liturgie, on peut dire ceci : le Pape François peut, à titre personnel, la célébrer à la façon d’un Jésuite. C’est-à-dire - reconnaissons-le - pas très bien. Pour autant, il ne peut pas transformer « sa » façon de célébrer en règle valable pour toute l’Eglise. Cela signifie, en clair, qu’il ne pourra jamais interdire aux prêtres, aux fidèles, de célébrer la liturgie exactement comme l’Eglise demande qu’elle soit célébrée, selon les normes données par le Missel romain.
(D'après le P. Antonio LIVI)
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