L'évêque de Rome est, de droit divin et non ecclésiastique, par institution apostolique, le chef visible de l'Eglise du Christ
Il me semble que vous vous contredisez.
Ce qui est d'institution apostolique, est de droit ecclésiastique, pas de droit divin.
Ce qui est de droit divin, est ce qui fut institué directement, et éventuellement indirectement, par le Christ.
Le Christ a directement institué le Primat, Il n'a pas aussi (directement ou indirectement) institué l'évêché de Rome.
Il a peut-être, et probablement, indirectement institué, ou voulu, le lien devenu indissoluble entre les deux. C'est une nuance: pas
iure divino, mais
ex ordinatione divina, pour reprendre l'expression du Concile (Mansi 52,10.720, cit. Salaverri).
En effet, les deux, Primat et Episcopat romain, sont devenus inséparablement liés après la mort de l'Apôtre Pierre, mais il ne s'ensuit pas nécessairement que l'évêché de Rome, pris en tant que tel, est de droit divin.
Le Concile du Vatican dans sa définition ne dit pas autre chose.
Relisons, dans l'original, c'est plus clair:
Si quis ergo dixerit,
non esse ex ipsius Christi Domini institutione seu iure divino, ut beatus Petrus in primatu super universam Ecclesiam habeat perpetuos successores:
aut Romanum Pontificem non esse beati Petri in eodem primatu successorem:
anathema sit.Selon la formulation, le "ex ipsius Christi Domini institutione seu iure divino" se rapporte essentiellement à la première partie de la phrase.
Le Concile a donc défini le Primat et les circonstances de son institution, il a aussi défini le fait (dogmatique) de l'existence de l'Episcopat romain et son lien nécessaire avec le Primat, mais il n'a pas défini plus précisément les caractéristiques de ce lien.
Billot (comme vous, et je vous y rejoins sur le fonds) dit (
De Ecclesia Christi, tom. I, q. 14, th. 28, dans mon édition, la 4e de 1921, à la p. 590 sqq.):
dicendum plane quod non humana, sed divina dispositione apostolis revelata, ordinatum fuit ut iura primatus Beato Petro collati ad Romanam Sedem devolverentur ...
Il ajoute, et c'est important:
equidem haec conclusio ... nondum fuit ab Ecclesia expresse definita; sed est definibilis.
Voilà l'état de la question. Nous ne pouvons pas exiger plus que ce qu'exige l'Eglise en ce moment. Les trois solutions dont je parlais dans le message précédent restent donc licites, même si la première solution, de Billot et d'autres (aussi la vôtre), est de loin la plus vraisemblable. Personnellement je penchais plutôt pour la troisième (
de iure mixto dans les termes de Salaverri), mais je n'avais pas avant ces derniers jours étudié cette question de plus près.
En tout cas, ce qu'en a pu dire le père dominicain tristement apostat Yves Congar est sans aucune importance en effet, comme vous le soulignez.