Sans doute pas libéraux, mais peut-être parfois accommodants et non intransigeants. par Scrutator Sapientiæ 2013-05-09 07:41:29 |
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Bonjour et bonne fête de l'Ascension à Deo gratias.
Je n'ai pas réponse à tout, j'ai, encore moins, bonne réponse à tout, par ailleurs, j'ai bien conscience de mes limites, défaillances ou déficiences, pauvretés ou pesanteurs, mais je vais néanmoins essayer de vous répondre.
I.
1. Je commence par le commencement : j'emploie rarement l'expression "catholiques libéraux" :
- d'une part, elle me semble être datée, ou, en tout cas, située, dans le temps, au XIX° siècle,
- d'autre part, les mots "libéral", "libéraux", "libéralisme", sont complètement piégés, plus en France qu'ailleurs,
- enfin, bien des catholiques, que d'aucuns jugeraient libéraux, croient pouvoir l'être dans l'ordre de la foi sans l'être dans celui des moeurs, ou croient pouvoir l'être davantage dans le domaine de la morale sexuelle que dans celui de la morale sociale.
2. Il faut prendre les gens pour ce qu'ils sont et non pour ce que l'on désire qu'ils soient ou pour ce que l'on redoute qu'ils soient : les évêques responsables de l'application du Concile
- sont peut-être, et un peu, en ligne indirecte, les héritiers plus ou moins conscients des catholiques libéraux du XIX° siècle,
mais
- sont plus sûrement, et surtout, en ligne très directe, ceux, beaucoup plus conscients, des acteurs théologiens ou des idées théologiques qui ont inspiré et orienté le spécifique du Concile Vatican II.
II. Je vous propose la distinction entre catholiques accommodants et catholiques intransigeants : le plus souvent, les catholiques les plus accommodants sont,
a) accommodants, non seulement avec les personnes non catholiques, mais aussi avec les principes et les pratiques des non catholiques, même si c'est, le plus souvent, davantage dans l'ordre de la Foi que dans celui des moeurs ;
b) moins accommodants avec les personnes catholiques conservatrices, ou avec les principes ou pratiques qui sont celles ou ceux des catholiques conservateurs, eux même moins accommodants ;
c) pas accommodants ou peu accommodants avec les personnes catholiques traditionnelles, ou avec les principes ou pratiques qui sont celles ou ceux des catholiques traditionnels, eux-mêmes non accommodants.
Je précise que ce qui suit a du sens, ou n'a de sens, (que) dans l'acception évoquée ci-dessus.
3. Le plus souvent, le catholique accommodant croit que plus on est accommodant avec les non catholiques, et plus on est charitable envers eux ; cette "accommodance" va bien au-delà de la bienveillance et de la bienfaisance due aux personnes, car elle peut s'étendre, parfois sans grand discernement, ni sans grande vigilance, aux idées et aux actions de ces personnes, même quand ces idées ou ces actions sont, non seulement distinctes de la Foi catholique ou des moeurs chrétiennes, mais aussi contraires à l'une ou aux autres.
4. Le plus souvent, le catholique accommodant croit qu'une attitude accommodante, notamment quand elle est plus accommodante dans l'ordre de la Foi que dans celui des moeurs, est plus authentiquement évangélique qu'une attitude, j'y viens, intransigeante ; or, c'est faux : une attitude accommodante n'est pas plus authentiquement évangélique, elle n'est même pas plus authentiquement fraternelle, dans l'acception chrétienne du terme, elle est seulement plus authentiquement consensuelle, ce qui n'est pas du tout la même chose.
5. Le catholique intransigeant, si et seulement s'il pense et vit son intransigeance en conformité avec la Foi, l'Espérance, la Charité, l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, dans l'Amour et la Lumière, dans la Charité et dans la Vérité, la bienveillance et la bienfaisance étant due à toutes les personnes, mais pas à tous les principes ni à toutes les pratiques, peut et même doit vivre son intransigeance d'une manière authentiquement évangélique, fraternelle, dans l'acception chrétienne du terme, mais pas nécessairement consensuelle.
6. Par ailleurs, le catholique intransigeant le plus cohérent et le plus conséquent cherche à ne pas commettre l'erreur qui est "parfois" celle des catholiques accommodants qui se croient, pour aller vite, le lus "en communion avec le Saint Père" :
- ces catholiques accommodants le sont dans l'ordre de la Foi, mais pas dans l'ordre des moeurs,
- le catholique intransigeant, lui, s'efforce de l'être dans l'ordre des moeurs, mais aussi dans l'ordre de la Foi, ET C'EST BIEN CELA QU'ON LUI REPROCHE FREQUEMMENT.
III.
7. Que dire de plus ? Soyons intransigeants, envers nous-mêmes, d'abord, envers les idées et les actions des autres, ensuite, mais intransigeants sous la conduite et en direction du Christ, car une intransigeance dans l'ordre de la Foi catholique ET dans celui des moeurs chrétiennes n'est pas ennemie de la vie chrétienne, n'est pas opposée à la vie chrétienne, bien au contraire.
8. Le Christ lui-même n'était pas accommodant, mais bien plutôt intransigeant ; c'est ce qui lui a valu de mourir sur le bois de la Croix. Cette intransigeance là, y compris au contact des apôtres, qu'il n'a guère ménagés, ne l'a jamais empêché d'avoir le sens de l'accueil dû aux personnes, à toutes les personnes, y compris aux pécheurs, et cela "tombe" vraiment bien, car nous sommes tous pécheurs.
9. Je crois qu'il devient urgent de (faire) redécouvrir, dans la mesure du nécessaire, le point suivant : l'intransigeance est due aux erreurs, non seulement dans l'ordre de la morale, mais aussi dans l'ordre de la religion ; l'intransigeance à laquelle je pense est synonyme de fermeté sans être synonyme de dureté, et elle n'exclut pas, mais, au contraire, implique, la douceur qui, elle, est due aux personnes.
IV.
10. En cette année 2012-2013, cinquante ans après le début du Concile, mais aussi déjà vingt ans après la publication du CEC, et bientôt vingt ans après celle de Veritatis Splendor, je suis convaincu que nous commençons à toucher du doigt les limites du catholicisme accommodant, qui, dans le meilleur des cas, n'est intransigeant, au contact des erreurs, que dans le domaine de l'agir humain, et, le plus souvent, croit devoir ne pas l'être, et même, si j'ose dire, ne surtout pas l'être, dans le domaine du croire humain.
11. Relisez Veritatis Splendor : la ligne de pensée, en vue de l'action, qui y est présente, n'est pas celle d'un catholique accommodant ; appliquez le mode de raisonnement qui y est présent, dans toute la mesure du possible, au domaine de la Foi, et vous obtiendrez un "résultat" situé à l'opposé du catholicisme accommodant, comme on peut le trouver, je le crois, dans Dominus Iesus.
12. En d'autres termes et pour conclure, que nos évêques exhument, fassent connaître, je dirais même : fassent aimer, les textes, des plus récents, que je viens de citer, et ils verront et feront voir dans quelle mesure il est vital d'être à la fois chrétien et intransigeant, d'être chrétiennement intransigeant, non seulement en matière morale, mais aussi en matière religieuse.
V.
13. Vous le savez peut-être,
- il s'est trouvé hier, en politique, des occidentaux non communistes qui, par souci de coexistence pacifique, sont allés jusqu'à pratiquer l'auto-censure pacifiste, au contact du mensonge et de la violence caractéristique du communisme soviétique ;
- il se trouve aujourd'hui, en religion, des catholiques qui, par souci de coexistence pacifique avec les chrétiens non catholiques, ou avec les croyants non chrétiens, vont jusqu'à pratiquer l'auto-censure pacifiste, au contact des erreurs présentes dans les confessions non catholiques ou dans les religions non chrétiennes.
14. C'est cela, à mes yeux, le catholicisme accommodant : le catholicisme qui considère que l'auto-censure pacifiste, iréniste, est la mère de toutes les coexistences pacifiques, et ce catholicisme là n'est pas moins "coupable", quand il ne joue à ce jeu là que dans l'ordre du croire, et quand il ne joue pas à ce jeu là dans celui de l'agir, car il risque alors de réduire le christianisme à un ethos humain sans logos divin, et de passer à côté du fait qu'une religion débouche presque toujours sur une morale et qu'une morale découle presque toujours d'une religion, ou d'une conviction ou croyance qui en tient lieu.
15. Je ne dis pas, et, je l'espère, ne dirai jamais, que ces questions sont faciles ; elles ne sont faciles ni pour nous, ni pour vous, ni pour les prêtres, ni pour les évêques, y compris pour ceux dont vous avez donné les noms, ni, bien sûr, pour moi, mais si ce qui figure ci-dessus vous apporte des éléments, un tant soit peu, en quoi que ce soit, c'est déjà çà.
Bonne journée, et merci beaucoup pour votre bienveillance et votre compréhension, au contact de la longueur de ce message.
Scrutator.
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