Je suis pour un référendum par Paterculus 2013-01-27 22:32:35 |
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Je suis pour un référendum à propos du mariage.
C'est l'éternel débat entre les puristes et les pragmatiques.
Prenons l'exemple de l'avortement.
Exiger que les mères désirant avorter signent un papier détaillé comme quoi elles ont été informées qu'elles prennent des risques pour leur santé ferait reculer le nombre d'avortements.
Certains disent qu'une telle exigence semblerait accepter la législation actuelle, et ne veulent pas aller dans ce sens.
Je pense que ces puristes devront répondre devant Dieu de tous les avortements qui ont eu lieu et qui n'auraient pas eu lieu si on avait fait aboutir cette exigence d'information objective des femmes avant l'avortement.
Car limiter les dégâts dans le cadre de la loi actuelle, c'est bien affirmer qu'il y a des dégâts, et donc ce n'est pas approuver cette loi. Au contraire, sur la base de cette prise de conscience qu'il y a des dégâts, on pourrait obtenir d'autres limitations, jusqu'à ce que l'avortement apparaisse pour ce qu'il est, un crime.
Je ne pense pas qu'il soit légitime de pratiquer le "tout-ou-rien" si on n'en obtient rien, précisément, et alors qu'existent des moyens d'obtenir quelque chose.
Dans le cas qui nous occupe, il est vrai que ce n'est pas à la loi de dire ce qui est bien et ce qui est mal.
Mais nous sommes dans un système où l'on prétend que c'est à la loi de le faire.
Et de toute façon, ce n'est pas au parlement, davantage qu'à un référendum, de le faire.
Et il y a moins de risques de faire passer cette loi scélérate dans le cadre d'un référendum que dans le cadre du parlement.
Par conséquent agir à l'intérieur de ce système pour en limiter les dégâts en demandant un référendum, ce n'est pas reconnaître la légitimité de ce système, c'est affirmer qu'il cause des dégâts. Et donc c'est prendre rendez-vous pour le jour où, de proche en proche, on pourra retourner le système.
Ce qui précède est un avis moral, qui me paraît reposer sur l'enseignement des Papes concernant l'engagement des chrétiens en politique, et que j'ai eu à donner à des catholiques engagés qui me demandaient mon avis de prêtre.
Ce qui suit est un regard sur des données politiques, je m'y exprime donc comme tout un chacun.
Demander un référendum me paraît une bonne solution.
Nous sommes sûrs de la victoire des partisans du mariage réservé aux couples "homme-Femme".
En effet les sondages sont en notre faveur, malgré le battage médiatique.
On objecte que les malhonnêtes qui nous gouvernent sont capables de poser une question alambiquée, de nature à tromper les votants. C'est à prendre au sérieux : dans une de leurs combinazione les démocrates-chrétiens italiens s'étaient fait rouler jadis après avoir conclu un accord avec les communistes, ceux-ci concédant que la loi sur le divorce ferait l'objet d'un référendum : la question avait été posée de façon que les votants ne s'y sont pas retrouvés et le divorce est passé.
Mais je crois que cet inconvénient est bien moindre aujourd'hui grâce à internet. On est capable de faire parvenir à un maximum de monde la façon de décoder les messages. Le pouvoir des médias est en train de se transformer complètement.
De plus, certains de nos opposants me paraissent chercher une porte de sortie. Ils ont pu mesurer la force de leurs opposants. Réclamer un référendum est une façon de les mettre en contradiction avec leurs principes : est-ce au peuple, oui ou non, de décider des changements de civilisation ? Ils savent qu'un certain nombre de leurs élus ne seront pas réélus s'ils persévèrent dans cette direction. J'imagine que des députés et des maires ont déjà fait le compte des voix qu'ils ont reçues des chrétiens de gauche ou des musulmans et qui peuvent leur faire défaut aux prochaines échéances.
Le référendum serait donc une porte de sortie honorable pour les dirigeants qui voudraient l'employer, et je crois qu'il faut leur tendre la perche.
On m'oppose l'avis d'un cardinal, qui serait opposé à l'idée d'un référendum.
Je n'ai qu'une confiance très limitée dans les avis du cardinal Vingt-Trois, spécialement dans le domaine de l'engagement des chrétiens en politique.
On se souvient de sa triste sortie sur les "idiots - sympathiques" de l'automne 2011 : ce sont ses conseillers qui étaient dans le rôle des idiots utiles, car selon Lénine à qui il se référait, les idiots utiles sont ceux qui collaborent à la révolution "sub specie boni" (sous l'apparence du bien), non ceux qui s'y opposent - et dans le cas de la pièce de Castellucci, on était bien en présence d'une subversion de l'art, non seulement au plan esthétique, mais aussi au plan religieux. Les manifestants étaient clairvoyants.
D'ailleurs, essayez d'imaginer l'effet qu'aurait produit une intervention de la part du cardinal lors de la première manifestation contre l'avortement, organisée par le groupe "Trente ans ça suffit" : s'il avait déclaré "Je n'oblige personne à venir, mais sachez que j'y serai", on aurait eu tout de suite plusieurs milliers de manifestants supplémentaires. Nous n'avons été que deux mille, et même le président des AFC affirmait que cela ne servait à rien. C'est donc malgré le cardinal et ceux qui ont voix au chapitre dans l'Eglise dite de France que nous avons manifesté, et d'année en année notre manifestation a pris de l'ampleur, au point qu'on peut dire qu'elle a été l'un des supports de l'élan de la manifestation de l'autre dimanche.
Enfin on sait que le cardinal était au départ contre l'idée de manifester. C'est à la réunion de la conférence des évêques que devant la détermination de certains évêques à aller eux-mêmes manifester, il a fini par trouver la formule "Les catholiques doivent se manifester et au besoin manifester". Mais là encore c'est presque sans lui qu'a été obtenu le succès du 13 janvier. Sans doute est-il finalement allé "saluer" les manifestants, mais ce n'est rien à côté de l'engagement personnel du cardinal Barbarin par exemple.
Au total, si j'ai signé cette demande de référendum, c'est en pesant le pour et le contre au niveau moral et au niveau politique ; et si je ne tiens pas compte de l'avis du cardinal Vingt-Trois, c'est aussi en connaissance de cause : malgré son engagement courageux, il ne me paraît pas avoir été toujours de bon conseil.
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