Réintégration de la FSSPX ? c'est cuit. par FerdinandP 2012-11-15 13:43:29 |
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je veux dire : c'est mort. Et je vais vous l'expliquer à la façon littéraire de ces avocats qui ne démontrent pas toujours mais qui racontent la plus belle histoire pour emporter l'adhésion du jury... C'est mon modeste point de vue, bien entendu.
Ainsi, le raidissement de Mgr Fellay depuis l'été dernier est un fait non contestable : il se traduit par une sorte de reprise en main avec l'adoption du discours simpliste sur le caractère pernicieux, intrinsèquement pervers, du Concile et de ses fruits, et l'élagage des branches pourries : la sortie de Mgr Williamson étant la partie immergée de l'iceberg.
Bien sûr tout ça est la faute du Pape !
Ainsi on réécrit l'histoire pour nous faire croire que c'est Benoît XVI qui a changé de pied : aucune démonstration, il suffit d'affirmer que le pape a décidé désormais d'imposer le Concile Vatican II, semble-t-il depuis juin dernier, et la "réécriture" du préambule doctrinal du projet d'accord final aurait tout fait échouer...
Cela fait fi de la réalité : dès la levée des excommunications, le Pape rappelait que le concile faisait partie du magistère mais qu'il n'était pas opposé à sa lecture à la lumière de la Tradition de l'Eglise, au contraire : il a lui-même activement œuvré dans ce sens, qui est celui de l'évidence ! L'Eglise a toujours considéré que sa doctrine était une, dans l'espace et dans le temps et qu'en conséquence, l'enseignement du temps présent devait être rattaché à l'histoire du magistère de l'Eglise tout entier. Il a démontré brillamment que le concile pouvait, devait, être interprété en cohérence avec la Tradition sur la plupart des points litigieux à travers des textes comme Domine Jesus en particulier.
Certes, je ne conteste pas que Mgr Fellay avait plutôt bien manœuvré et failli aboutir en juin dernier à un accord qui aurait exclu en pratique le postulat de départ du Pape : le concile n'étant plus traité dans le préambule doctrinal et ce préambule rappelant la foi de toujours (telle aussi que l'on peut et doit la comprendre à travers Vatican II) la Curie romaine en concluait que le concile était plus ou moins accepté par la FSSPX (d'autant plus que les discussions doctrinale n'avaient pu permettre aux « théologiens » de la-dite Fraternité de faire valoir des arguments compréhensibles et encore moins recevables) et de son côté, la FSSPX tablait sur cette ambiguïté pour amadouer et conserver les plus extrémistes de ses membres... Car il y avait plein d'autres arguments pour refuser clairement un accord et l'on ne peut être que sidéré de constater combien Assise IV a été aussi peu exploité, par exemple, malgré un démarrage en fanfare de la FSSPX qui est en France, vite calmée dans ses envolées lyriques...
Las, le Pape a effectivement vu cette ambiguïté et le piège qu'elle représentait pour l'Eglise ; dans le parfait respect de la ligne directrice dont il avait fait un principe de base de la négociation, il a bloqué l'accord in extremis... Aucun changement de pied : il manifeste sa fidélité aux principes qu'il a posés et au magistère de l'Eglise dont il estime, à raison, n'être que le dépositaire et non le propriétaire.
Mgr Fellay a, en revanche, changé de pied sur le concile Vatican II dont il nous a dit qu'il était acceptable moyennant des précisions et explications (première version du courrier de demande de levée d'excommunication) puis sur lequel il n'a fini de reculer pour reprendre en définitive les positions les plus excessives de ses sociétaires, en oubliant au passage que Mgr Lefebvre n'avait demandé que ce que le Pape a accepté d'emblée : lire le concile à la lumière de la Tradition, simplement, catholiquement...
Dès lors quelle est la situation ? Face au Pape vigilant gardien du dogme, de tout le dogme, Mgr Fellay a bien compris qu'il ne pourrait éviter de prendre une position définitive sur le Concile pour aboutir à un accord et pourtant, sortir de l’ambiguïté ne peut être qu'à son détriment, il le sait et c'est la marque de fabrique de la FSSPX en quelque sorte, dont le fondateur à souvent fait preuve d'une flottante indécision... Ainsi, coincé entre ses anti-conciliaires et ses accordistes, sa seule porte de sortie étant le flou et le louvoiement, ce flou lui ayant été refusé par le Pape qui impose en quelque sorte une profession de foi claire en application du fameux « est, est, non, non », il ne lui reste plus qu'une seule solution : le statu quo, c'est le choix qui a été fait, cette fois-ci pour longtemps, malheureusement.
Ce statu quo se traduit dans ses discours et celui du 11 novembre nous ressert toute la panoplie des vieilles rengaines intégristes en s'appuyant non sur la doctrine catholique, mais sur la mythologie du « Secret » de La Salette par exemple ! Il y a eu une apparition à La Salette et un message, c'est certain. Ce message dit des choses précises suffisantes... Les différents textes du prétendu Secret n'apportent rien et sont contradictoires, mais on préfère ce genre de littérature complotiste qui sert la position actuelle de la FSSPX plutôt que de croire dans les promesses du Christ d'indéfectibilité et d'inerrance doctrinale de l'Eglise et du Pape... On convoquera à son tour Léon XIII et sa prétendue vision (pas plus authentifiée que le secret de la Salette) en oubliant que ce grand Pape a dit de façon infaillible dans son encyclique Satis Cognitum l'exacte contraire de sa soit-disant vision : l'Eglise durera jusqu'à la consommation des siècles avec une hiérarchie et un pape...
On a cru un moment que la FSSPX pouvait devenir romaine, dans l'Eglise, et apporter ainsi son point de vue aux autres catholiques pour favoriser une interprétation orthodoxe du concile contre tous ceux qui souhaitent le faire dévier pour mieux aider à l'écroulement des dogmes... Mais non, la FSSPX préfère aider ces derniers, entretenir et appuyer la contradiction dans l'Eglise : pendant que l'on débat ici, que l'on tente de faire face aux curés qui veulent se marier, aux théologiens qui récusent les dogmes, aux catholiques-e-s contestaire-e-s LGBT, cela lui permet de se draper dans son lin blanc et de prétendre détenir désormais seule les promesses de la vie éternelle en clamant (comme les autres d'ailleurs) : wir sind Kirsche !
Mais que celui qui croit être debout prenne garde à ne pas tomber ! Car cette cuirasse de certitudes cache mal les défauts de l'armure et l'on découvre avec étonnement que dans cette Fraternité d'aucuns réclament l'excommunication comme un signe de piété avec les Jansénistes, que d'autres préfèrent obéir directement au Christ en oubliant son vicaire comme les Protestants et que la plupart s'estiment plus parfaits que la vulgaire chienlit humaine comme les Cathares... Le cloaque des hérésies ne serait finalement pas exactement où l'on pense ? Sans parler de sacrements qui, à défaut de licéité, ne peuvent être vecteurs des grâces que le Christ a confiées à son Eglise sans parler de leur validité... Ainsi, la FSSPX ne sera qu'un groupe de contestataires parmi les autres, utilisant un Concile à la formulation sans doute trop généreuse, comme le font les autres, pour saper la communion ? C'est la réalité objective, sans doute non voulue, certainement même, mais qui constitue concrètement et malheureusement les fruits que nous pouvons juger...
Mgr Fellay a décidé de poursuivre comme cela, c'est certain et on peut le prouver : en virant Mgr Williamson, il courrait le risque, en cas d'accord avec Rome, de se faire doubler sur sa droite par une nouvelle FSSPX de « stricte observance », ou « canal historique », reprenant à son compte le vieux fonds de commerce et récupérant l'héritage complet de ses 40 années d'histoire. En larguant Mgr Williamson, Mgr Fellay a brûlé ses vaisseaux : il ne peut pas signer car sinon, ce serait donner toute la légitimité à son expulsé qui est dans la position idéale pour démontrer qu'étant le seul à ne pas faire mouvement de son propre chef, il est forcément l'héritier réel et concret de ce que Mgr Lefebvre avait mis en place ! Le temps joue pour lui : il s'organise, se structure, appelle aux dons (déjà !...) et en cas de signature, n'aura même pas à se baisser pour reprendre le flambeau. Car les fidèles ont été bien conditionnés : puisque la version officielle dit que c'est le Pape qui change d'avis comme de chemise, il est clair que lui faire confiance c'est trahir maintenant. Ainsi, tout l'arsenal est en place pour transformer dans la bouche de Mgr Fellay le « tradidi quod et accepi » en « je maintiendrai » au iota près la seule structure matérielle qu'il a reçue de son consécrateur, comme une bouée à laquelle il s'accroche dans un opération «survie de la tradition» tradition qui ne remonte, en définitive, qu'à l'organisation matérielle approuvée par Mgr Charrière en 1970...
Mettons au crédit de Mgr Fellay d'avoir cru que c'était possible de réintégrer l'Eglise, mais de n'avoir pas été assez visionnaire pour y aboutir rapidement, d'avoir eu le sensus ecclesiae mais pas assez de sensus politicus... Certes la crise de l'Eglise est profonde mais cette situation en est sans doute l'élément le plus douloureux au moins pour nous, tradis, et pour le Pape... Nous nous sentirions tellement moins seuls tous ensemble.
Alors que faire ? Orate, oremus fratres... Oui prions avec nos frères de la FSSPX, ses membres comme ses fidèles, pour l'unité de l'Eglise, pour le Pape, et les uns pour les autres...
Et parce que nous croyons aux miracles.
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