interventions de Mgr Lefebvre sur la liberté religieuse au Concile par jejomau 2012-10-10 13:13:25 |
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On les relira avec le plus grand profit sur ces
- 6° intervention
Vénérables Frères,
Toute l’argumentation de ce chapitre V, au sujet de «la liberté religieuse», repose sur l’affirmation de «la dignité de la personne humaine». Il est dit, en effet, page 4, paragraphe 3 : «Aussi, l’homme qui obéit sincèrement à sa conscience entend obéir à Dieu lui-même, bien que, parfois, confusément et à son insu, et cet homme doit être estimé digne de respect.»
Pour accepter une telle affirmation, il faut distinguer comme suit : «Il doit être estimé digne de respect» : je distingue : Purement et simplement : non.
Sous un certain aspect : je distingue encore : Selon son intention d’obéir à Dieu : oui. Selon son erreur : non.
Selon l’erreur, l’homme n’est pas, ne peut pas être digne de respect.
D’où, en effet, la personne tire-t-elle sa dignité ? La personne tire sa dignité de sa perfection. Or, la perfection de la personne humaine consiste en la connaissance de la vérité et l’acquisition du Bien. C’est le début de la vie éternelle et celle-ci «est qu’ils te connaissent, toi, seul véritable Dieu et ton Envoyé, Jésus-Christ» (Jean, XVII, 3). Par conséquent, pour autant qu’elle adhère à l’erreur, la personne humaine déchoit de sa dignité.
La dignité de la personne humaine ne consiste pas en la liberté, abstraction faite de la vérité. En effet, la liberté est bonne et véritable pour autant qu’elle est réglée par la vérité. «La vérité vous libérera», dit Notre-Seigneur, c’està- dire «la vérité vous donnera la liberté». L’erreur est, de soi, un mensonge objectif, sinon subjectif. Et par Notre- Seigneur, nous connaissons aussi celui-là qui, «lorsqu’il dit ses mensonges, les tire de son propre fonds» (Jean, VIII, 44). Comment alors pouvoir dire d’une personne humaine qu’elle est digne de respect quand elle fait mauvais usage de son intelligence et de sa liberté, même sans culpabilité de sa part ?
La dignité de la personne provient aussi de la rectitude de sa volonté ordonnée au vrai Bien. Or, l’erreur engendre le péché. «Le serpent m’a trompée», dit celle qui fut la première pécheresse. Cette vérité est on ne peut plus évidente pour tout le monde. Il suffit de réfléchir aux conséquences de cette erreur, sur la sainteté du mariage, sainteté du plus haut intérêt pour le genre humain. Cette erreur dans la religion a conduit peu à peu à la polygamie, au divorce, à la régulation des naissances, c’est-à-dire à la déchéance de la dignité humaine, surtout chez la femme.
Il est donc certain qu’il y a désaccord entre la doctrine catholique et les affirmations de la page 5 : «L’Eglise catholique revendique, comme un droit de la personne humaine, que personne ne soit empêché d’observer et de proclamer ses devoirs publics et privés envers Dieu et envers les hommes… selon les lumières de sa conscience, même si celle-ci est dans l’erreur.»
Au contraire, l’ordre universel créé par Dieu, naturel ou surnaturel, s’oppose essentiellement à cette affirmation. Dieu, en effet, a fondé la famille, la société civile et surtout l’Eglise, afin que tous les hommes reconnaissent la vérité, soient prémunis contre l’erreur, accomplissent le bien, soient préservés des scandales et parviennent ainsi au bonheur temporel et éternel.
En vérité, il est opportun de se remémorer les paroles si claires de Pie IX, dans son encyclique Quanta cura : «Contrairement à la doctrine des Saintes Ecritures, de l’Eglise et des Saints Pères, ils n’hésitent pas à prétendre que : «La meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir de réprimer par des peines légales les violateurs de la loi catholique, sinon dans la mesure où l’exige la tranquillité publique». (Denz., 1689- 1690.)
En conclusion : le chapitre sur la «liberté religieuse» doit être rédigé à nouveau, selon le principe conforme à la doctrine catholique : «pour la dignité même de la personne humaine, l’erreur doit être, de soi, réprimée pour l’empêcher de se répandre, sauf si l’on prévoit un mal plus grand de sa répression que de sa tolérance».
J’ai dit.
(Texte non lu publiquement, déposé au Secrétariat général du concile)
Vénérables Pères,
Cette déclaration sur la liberté religieuse doit être abrégée, comme l’ont déjà dit plusieurs Pères, afin d’éviter les questions controversées et leurs conséquences dangereuses.
Pour éviter ces dangers, les remarques suivantes me semblent s’imposer :
1° Il faut définir clairement la liberté dans notre condition humaine pécheresse.
La liberté, en effet, se conçoit de façon diverse chez les saints, chez les hommes qui vivent sur la terre, chez les damnés.
La liberté est une qualité relative et non absolue. Elle est bonne ou mauvaise selon qu’elle tend au bien ou au mal.
2° Il faut bien distinguer, parmi les actes divers de la conscience, les actes intérieurs de la religion et les actes extérieurs, car ces actes extérieurs peuvent ou édifier ou scandaliser.
Et qui de nous peut oublier la parole de Notre-Seigneur à propos de ceux par qui le scandale arrive ? (Luc, XVII, 1.)
3° Quand il s’agit de liberté à propos d’actes extérieurs, il est question aussi, nécessairement, de l’autorité, dont la fonction va jusqu’à aider les hommes à accomplir le bien, à éviter le mal, c’est-à-dire à bien user de leur liberté, selon le conseil de saint Paul aux Romains : « Veux-tu n’avoir pas à craindre l’autorité ? Fais le bien. » (Rom., XIII, 3.)
La déclaration contre la contrainte, au N° 28, est ambiguë et, sous certains aspects, fausse. Qu’en est-il, en effet, de l’autorité paternelle des pères de famille chrétiens sur leurs enfants ? De l’autorité des maîtres dans les écoles chrétiennes ? De l’autorité de l’Eglise sur les apostats, les hérétiques, les schismatiques ? De l’autorité des chefs d’Etat catholiques sur les religions fausses, qui apportent avec elles l’immoralité, le rationalisme, etc. ?
4° Attention aux conséquences très graves de cette déclaration sur le droit à suivre la voix de sa conscience et d’agir extérieurement selon cette voix.
Et en effet, une doctrine religieuse influence logiquement toute la morale. Qui ne voit les innombrables conséquences en cet ordre de choses ? Et qui pourra déterminer le critère du bien et du mal, quand on a délaissé le critère de moralité selon la vérité catholique révélée par le Christ ?
On ne peut affirmer la liberté de toutes les communautés religieuses dans la société humaine, selon le N° 29, sans accorder également la liberté morale à ces communautés : morale et religion sont intimement liées, par exemple la polygamie et la religion islamique.
Une autre conséquence grave sera l’amenuisement du rôle capital des missions et du zèle à évangéliser les païens et les non-catholiques, puisque la voix de la conscience d’un chacun est considérée, selon le rapporteur, comme une vocation personnelle et providentielle.
Qui ne voit l’immense dommage causé à l’apostolat de l’Eglise par cette affirmation ?
5° Cette déclaration s’appuie sur un certain relativisme et un certain idéalisme.
D’une part, elle considère des situations particulières et changeantes de notre temps et cherche de nouveaux principes directeurs de notre activité, à l’instar des gens qui considèrent uniquement un cas particulier, comme aux Etats-Unis, par exemple. Or, ces circonstances peuvent changer, et, en fait, elles changent.
D’autre part, comme cette déclaration n’est pas fondée sur les droits de la vérité qui, seuls, peuvent fournir une solution vraie et stable en toute circonstance, on se trouve inévitablement placé devant les plus graves difficultés. D’ailleurs, c’est bien à tort que les rédacteurs dénient le sens de la vérité aux chefs chrétiens des nations. L’expérience prouve la fausseté totale d’un tel jugement : de quelque façon, tout le monde perçoit la vérité, aussi bien ceux qui la contredisent et persécutent les croyants, que les incroyants respectueux de la vérité et de ses croyants.
En conclusion :
Si cette déclaration, dans sa teneur actuelle, vient à être solennellement acceptée, la vénération dont l’Eglise catholique a toujours joui après de tous les hommes et de toutes les nations, à cause de son amour de la vérité, indéfectible jusqu’au martyre, subira un grave dommage, et cela pour le malheur d’une multitude d’âmes que la vérité catholique n’attirera plus.
J’ai dit.
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