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Le discours de Benoît XVI en date du 14 octobre 2008.
par Scrutator Sapientiæ 2011-12-21 22:02:31
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Bonsoir Nemo,

I. Voici :

XII ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU SYNODE DES ÉVÊQUES

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI AU COURS DE LA QUATORZIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE - Salle du Synode - Mardi 14 octobre 2008

" Chers frères et sœurs,

Le travail accompli lors de l'élaboration de mon livre sur Jésus offre amplement l'occasion de voir tout le bien qui nous provient de l'exégèse moderne, mais également d'en reconnaître les problèmes et les risques. Le n. 12 de Dei Verbum offre deux orientations méthodologiques pour un travail exégétique approprié.

En premier lieu, elle confirme la nécessité d'utiliser la méthode historique et critique dont elle décrit brièvement les éléments essentiels. Cette nécessité est la conséquence du principe chrétien formulé dans Jn 1, 14 Verbum caro factum est. Le fait historique est une dimension constitutive de la foi chrétienne. L'histoire du salut n'est pas une mythologie, mais une véritable histoire et c'est pour cela qu'elle doit être étudiée avec les méthodes de la recherche historique sérieuse.

Toutefois, cette histoire a une autre dimension, celle de l'action divine. Par conséquent, Dei Verbum parle d'un second niveau méthodologique nécessaire en vue d'une juste interprétation des paroles qui sont à la fois paroles humaines et Parole divine.

Le Concile déclare, en suivant une règle fondamentale valable pour toute interprétation d'un texte littéraire, que l'Ecriture doit être interprétée dans le même esprit que celui dans lequel elle a été écrite et indique par conséquent trois éléments méthodologiques fondamentaux afin de tenir compte de la dimension divine, pneumatologique de la Bible : c'est-à-dire que l'on doit

1) interpréter le texte en tenant compte de l'unité de l'ensemble de l'Ecriture; aujourd'hui on parle d'exégèse canonique; à l'époque du Concile, ce terme n'avait pas encore été créé, mais le Concile dit la même chose : il faut tenir compte de l'unité de toute l'Ecriture ;

2) il faut par ailleurs tenir compte de la tradition vivante de toute l'Eglise et, enfin,

3) il faut observer l'analogie de la foi.

Seulement dans le cas où les deux niveaux méthodologiques, celui de nature historique et critique et celui de nature théologique, sont observés, on peut alors parler d'une exégèse théologique - d'une exégèse adaptée à ce Livre.

Alors qu'au premier niveau, l'exégèse académique actuelle travaille à un très haut niveau, et nous apporte ainsi une aide réelle, l'on ne peut pas en dire autant de l'autre niveau.

Souvent, ce second niveau, constitué par les trois éléments théologiques indiqués dans Dei Verbum, semble presque absent. Et cela a des conséquences véritablement graves.

La première conséquence de l'absence de ce second niveau méthodologique est que la Bible devient un livre seulement du passé.
On peut en tirer des conséquences morales, on peut en apprendre l'histoire, mais le Livre en tant que tel parle seulement du passé et l'exégèse n'est plus véritablement théologique, mais devient une pure historiographie, une histoire de la littérature. Telle est donc la première conséquence : la Bible demeure dans le passé, parle seulement du passé.

Mais il existe aussi une seconde conséquence encore plus grave : là où disparaît l'herméneutique de la foi indiquée par Dei Verbum, apparaît nécessairement un autre type d'herméneutique, une herméneutique sécularisée, positiviste dont la clef fondamentale est la conviction que le Divin n'apparaît pas dans l'histoire humaine.

Selon cette herméneutique, lorsqu'il semble qu'existe un élément divin, il faut expliquer d'où provient cette impression et tout ramener à l'élément humain. Par conséquent, on propose des interprétations qui nient l'historicité des éléments divins.

Aujourd'hui, ce que l'on appelle le mainstream de l'exégèse en Allemagne nie, par exemple, que le Seigneur ait institué la Sainte Eucharistie et déclare que le corps de Jésus serait resté dans son tombeau. La Résurrection ne serait pas un événement historique, mais une vision théologique.

Ceci advient parce qu'il manque une herméneutique de la foi : on affirme alors une herméneutique philosophique profane qui nie la possibilité de l'entrée et de la présence réelle du Divin dans l'histoire.

La conséquence de l'absence du second niveau méthodologique est qu'il s'est créé un profond fossé entre exégèse scientifique et lectio divina. Il en ressort parfois une forme de perplexité également dans la préparation des homélies.

Là où l'exégèse n'est pas théologie, l'Ecriture ne peut être l'âme de la théologie et, vice versa, là où la théologie n'est pas essentiellement interprétation de l'Ecriture dans l'Eglise, cette théologie n'a plus de fondement.

C'est pourquoi pour la vie et pour la mission de l'Eglise, pour l'avenir de la foi, il est absolument nécessaire de surmonter ce dualisme entre exégèse et théologie. La théologie biblique et la théologie systématique sont deux dimensions d'une unique réalité que nous appelons théologie.

Par conséquent, il me semble souhaitable que, dans une des propositions, on parle de la nécessité de tenir compte dans l'exégèse des deux niveaux méthodologiques indiqués par le n. 12 de Dei Verbum, là où l'on parle de la nécessité de développer une exégèse non seulement historique mais également théologique.

Il sera donc nécessaire d'élargir la formation des futurs exégètes dans ce sens afin d'ouvrir réellement les trésors de l'Ecriture au monde d'aujourd'hui et à nous tous. "

II. Je rappelle ci-dessous quelle occasion de "recadrer" et de "recentrer", avec énergie et fermeté, l'exégèse historico-critique, a été manquée, dans une certaine mesure, par le Saint-Siège, en 1993.

L'interprétation de la Bible dans l'Eglise.

Voici : Vatican - Interprétation de la Bible dans l’Eglise.

Ce document, issu de la Commission Biblique Pontificale a été présenté au pape Jean-Paul II par le cardinal Joseph Ratzinger au cours de l’audience du vendredi 23 avril 1993, à l’occasion de la commémoration du centenaire de l’Encyclique de Léon XIII « Providentissimus Deus » et du cinquantenaire de l’Encyclique de Pie XII « Divino afflante Spiritu ».

" Introduction

L’interprétation des textes bibliques continue à susciter de nos jours un vif intérêt et elle provoque d’importantes discussions. Celles-ci ont même pris ces dernières années des dimensions nouvelles. Étant donné l’importance fondamentale de la Bible pour la foi chrétienne, pour la vie de l’Église et pour les rapports des chrétiens avec les fidèles des autres religions, la Commission Biblique Pontificale a été sollicitée de s’exprimer à ce sujet.

A. Problématique actuelle

Le problème de l’interprétation de la Bible n’est pas une invention moderne, comme on voudrait parfois le faire croire. La Bible elle-même atteste que son interprétation présente des difficultés. A côté de textes limpides, elle comporte des passages obscurs. En lisant certains oracles de Jérémie, Daniel s’interrogeait longuement sur leur sens (Dn 9,2). Selon les Actes des Apôtres, un Éthiopien du premier siècle se trouvait dans la même situation à propos d’un passage du livre d’Isaïe (Is 53,7-8) et reconnaissait avoir besoin d’un interprète (Ac 8,30-35). La 2e lettre de Pierre déclare « qu’aucune prophétie de l’Écriture n’est affaire d’interprétation privée » (2 P 1,20) et elle observe, d’autre part, que les lettres de l’apôtre Paul contiennent « des passages difficiles, dont les gens ignares et sans formation tordent le sens comme ils le font aussi des autres Écritures, pour leur perdition » (2 P 3,16).

Le problème est donc ancien, mais il s’est accentué avec l’écoulement du temps : désormais, pour rejoindre les faits et dires dont parle la Bible, les lecteurs doivent se reporter presque vingt ou trente siècles en arrière, ce qui ne manque pas de soulever des difficultés. D’autre part, les questions d’interprétation sont devenues plus complexes dans les temps modernes, du fait des progrès accomplis par les sciences humaines. Des méthodes scientifiques ont été mises au point pour l’étude des textes de l’antiquité. Dans quelle mesure ces méthodes peuvent-elles être considérées comme appropriées à l’interprétation de l’Écriture Sainte ? À cette question, la prudence pastorale de l’Église a longtemps répondu de façon très réticente, car souvent les méthodes, malgré leurs éléments positifs, se trouvaient liées à des options opposées à la foi chrétienne. Mais une évolution positive s’est produite, marquée par toute une série de documents pontificaux, depuis l’encyclique Providentissimus de Léon XII (18 nov. 1893) jusqu’à l’encyclique Divino Afflante Spiritu de Pie XII (30 sept. 1943), et elle a été confirmée par la déclaration Sancta Mater Ecclesia (21 avr. 1964) de la Commission Biblique Pontificale et surtout par la Constitution Dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II (18 nov. 1965).

La fécondité de cette attitude constructive s’est manifestée d’une manière indéniable. Les études bibliques ont pris un essor remarquable dans l’Église catholique et leur valeur scientifique a été reconnue de plus en plus dans le monde des savants et parmi les fidèles. Le dialogue œcuménique en a été considérablement facilité. L’influence de la Bible sur la théologie s’est approfondie et a contribué au renouveau théologique. L’intérêt pour la Bible a augmenté parmi les catholiques et a favorisé le progrès de la vie chrétienne. Tous ceux qui ont acquis une formation sérieuse en ce domaine estiment désormais impossible de retourner à un stade d’interprétation précritique, qu’ils jugent, non sans raison, nettement insuffisant.

Mais au moment même où la méthode scientifique la plus répandue, - la méthode « historico-critique », - est pratiquée couramment en exégèse, y compris dans l’exégèse catholique, cette méthode se trouve remise en question : d’une part, dans le monde scientifique lui-même, par l’apparition d’autres méthodes et approches, et, d’autre part, par les critiques de nombreux chrétiens, qui la jugent déficiente du point de vue de la foi. Particulièrement attentive, comme son nom l’indique, à l’évolution historique des textes ou des traditions à travers le temps — ou diachronie—, la méthode historico-critique se trouve actuellement concurrencée, dans certains milieux , par des méthodes qui insistent sur une compréhension synchronique des textes, qu’il s’agisse de leur langue, de leur composition, de leur trame narrative ou de leur effort de persuasion. Par ailleurs, au souci qu’ont les méthodes diachroniques de reconstituer le passé se substitue chez beaucoup une tendance à interroger les textes en les plaçant dans des perspectives du temps présent, d’ordre philosophique, psychanalytique, sociologique, politique, etc. Ce pluralisme de méthodes et d’approches est apprécié par les uns comme un indice de richesse, mais à d’autres donne l’impression d’une grande confusion.

Réelle ou apparente, cette confusion apporte de nouveaux arguments aux adversaires de l’exégèse scientifique. Le conflit des interprétations manifeste, selon eux, qu’on ne gagne rien à soumettre les textes bibliques aux exigences des méthodes scientifiques, mais qu’au contraire, on y perd beaucoup. Ils soulignent que l’exégèse scientifique a pour résultat de provoquer la perplexité et le doute sur d’innombrables points qui, jusqu’alors, étaient admis paisiblement; qu’elle pousse certains exégètes à prendre des positions contraires à la foi de l’Église sur des questions de grande importance, comme la conception virginale de Jésus et ses miracles, et même sa résurrection et sa divinité.

Même lorsqu’elle n’aboutit pas à de telles négations, l’exégèse scientifique se caractérise, selon eux, par sa stérilité en ce qui concerne le progrès de la vie chrétienne. Au lieu de permettre un accès plus facile et plus sûr aux sources vives de la Parole de Dieu, elle fait de la Bible un livre fermé, dont l’interprétation toujours problématique requiert des raffinements de technicité , qui en font un domaine réservé à quelques spécialistes. A ceux-ci, certains appliquent la phrase de l’Évangile : « Vous avez pris la clé de la connaissance; vous-mêmes n’êtes pas entrés et ceux qui entraient, vous les en avez empêchés » (Lc 11,52; cf Mt 23,13).

En conséquence, au patient labeur de l’exégèse scientifique on estime nécessaire de substituer des approches plus simples, comme telle ou telle des pratiques de lecture synchronique, que l’on considère comme suffisante, ou même, renonçant à toute étude, on préconise une lecture de la Bible dite « spirituelle », entendant par là une lecture uniquement guidée par l’inspiration personnelle subjective et destinée à nourrir cette inspiration. Certains cherchent surtout dans la Bible le Christ de leur vision personnelle et la satisfaction de leur religiosité spontanée. D’autres prétendent y trouver des réponses directes à toutes sortes de questions, personnelles ou collectives. Nombreuses sont les sectes qui proposent comme seule vraie une interprétation dont elles affirment avoir eu la révélation.

B. Le but de ce document

Il y a donc lieu de considérer sérieusement les divers aspects de la situation actuelle en matière d’interprétation biblique, d’être attentif aux critiques, aux plaintes et aux aspirations qui s’expriment à ce propos, d’apprécier les possibilités ouvertes par les nouvelles méthodes et approches et de chercher enfin à préciser l’orientation qui correspond le mieux à la mission de l’exégèse dans l’Église catholique.

Tel est le but de ce document. La Commission Biblique Pontificale désire indiquer les chemins qu’il convient de prendre pour arriver à une interprétation de la Bible qui soit aussi fidèle que possible à son caractère à la fois humain et divin. Elle ne prétend pas prendre ici position sur toutes les questions qui se posent à propos de la Bible, comme, par exemple, la théologie de l’inspiration. Ce qu’elle veut, c’est examiner les méthodes susceptibles de contribuer efficacement à mettre en valeur toutes les richesses contenues dans les textes bibliques, afin que la Parole de Dieu puisse devenir toujours davantage la nourriture spirituelle des membres de son peuple, la source, pour eux, d’une vie de foi, d’espérance et d’amour, ainsi qu’une lumière pour toute l’humanité (cf Dei Verbum, 21).

Pour atteindre ce but, le présent document :

fera une brève description des diverses méthodes et approches en indiquant leurs possibilités et leurs limites;

examinera quelques questions d’herméneutique;

proposera une réflexion sur les dimensions caractéristiques de l’interprétation catholique de la Bible et sur ses rapports avec les autres disciplines théologiques;

considèrera enfin la place que tient l’interprétation de la Bible dans la vie de l’Église.

1. Méthodes et approches pour l’interprétation

1.A. Méthode historico-critique

La méthode historico-critique est la méthode indispensable pour l’étude scientifique du sens des textes anciens. Puisque l’Écriture Sainte, en tant que « Parole de Dieu en langage d’homme », a été composée par des auteurs humains en toutes ses parties et toutes ses sources, sa juste compréhension non seulement admet comme légitime, mais requiert l’utilisation de cette méthode.

1.A.1. Histoire de la méthode

Pour apprécier correctement cette méthode dans son état actuel, à convient de jeter un regard sur son histoire. Certains éléments de cette méthode d’interprétation sont très anciens. Ils ont été utilisés dans l’antiquité par des commentateurs grecs de la littérature classique et, plus tard, au cours de la période patristique, par des auteurs comme Origène, Jérôme et Augustin. La méthode était alors moins élaborée. Ses formes modernes sont le résultat de perfectionnements, apportés surtout depuis les humanistes de la Renaissance et leur recursus ad fontes. Alors que la critique textuelle du Nouveau Testament n’a pu se développer comme discipline scientifique qu’à partir de 1800, après qu’on se fut détaché du Textus receptus, les débuts de la critique littéraire remontent au 17e siècle, avec l’œuvre de Richard Simon, qui attira l’attention sur les doublets, les divergences dans le contenu et les différences de style observables dans le Pentateuque, constatations difficilement conciliables avec l’attribution de tout le texte à un auteur unique, Moïse. Au 18e siècle, Jean Astruc se contenta encore de donner comme explication que Moïse s’était servi de plusieurs sources (surtout de deux sources principales) pour composer le Livre de la Genèse, mais, par la suite, la critique contesta de plus en plus résolument l’attribution à Moïse même de la composition du Pentateuque. La critique littéraire s’identifia longtemps avec un effort pour discerner dans les textes diverses sources. C’est ainsi que se développa, au 19e siècle, l’hypothèse des « documents » qui cherche à rendre compte de la rédaction du Pentateuque. Quatre documents, en partie parallèles entre eux, mais provenant d’époques différentes, auraient été fusionnés : le yahviste (J), l’élohiste (E), le deutéronomiste (D) et le sacerdotal (P : document des Prêtres); c’est de ce dernier que le rédacteur final se serait servi pour structurer l’ensemble. De manière analogue, pour expliquer à la fois les convergences et les divergences constatées entre les trois évangiles synoptiques, on eut recours à l’hypothèse des « deux sources » selon laquelle les évangiles de Matthieu et de Luc auraient été composés à partir de deux sources principales : l’évangile de Marc, d’une part, et, d’autre part, un recueil de paroles de Jésus (nommé Q, de l’allemand « Quelle », « source »). Pour l’essentiel, ces deux hypothèses ont encore cours actuellement dans l’exégèse scientifique, mais elles y font l’objet de contestations.

Dans le désir d’établir la chronologie des textes bibliques, ce genre de critique littéraire se limitait à un travail de découpage et de décomposition pour distinguer les diverses sources et n’accordait pas une attention suffisante à la structure finale du texte biblique et au message qu’il exprime dans son état actuel (on montrait peu d’estime pour l’œuvre des rédacteurs). De ce fait, l’exégèse historico-critique pouvait apparaître comme dissolvante et destructrice, d’autant plus que certains exégètes, sous l’influence de l’histoire comparée des religions, telle qu’elle se pratiquait alors, ou en partant de conceptions philosophiques, émettaient contre la Bible des jugements négatifs.

Hermann Gunkel fit sortir la méthode du ghetto de la critique littéraire comprise de cette façon. Bien qu’il continuât à considérer les livres du Pentateuque comme des compilations, il appliqua son attention à la texture particulière des différents morceaux. Il chercha à définir le genre de chacun (par ex. « légende » ou « hymne ») et leur milieu d’origine ou « Sitz im Leben » (par ex. situation juridique, liturgie, etc.). A cette recherche des genres littéraires s’apparente l’étude critique des formes (« Formgeschichte ») inaugurée dans l’exégèse des synoptiques par Martin Dibelius et Rudolf Bultmann. Ce dernier mêla aux études de « Formgeschichte » une herméneutique biblique inspirée de la philosophie existentialiste de Martin Heidegger. Il s’ensuivit que la Formgeschichte a souvent suscité de sérieuses réserves. Mais cette méthode, en elle-même, a eu comme résultat de manifester plus clairement que la tradition néotestamentaire a eu son origine et a pris sa forme dans la communauté chrétienne, ou Église primitive, passant de la prédication de jésus lui-même à la prédication qui proclame que Jésus est le Christ. À la « Formgeschichte » s’est ajoutée la « Redaktionsgeschichte », « étude critique de la rédaction ». Celle-ci cherche à mettre en lumière la contribution personnelle de chaque évangéliste et les orientations théologiques qui ont guidé son travail de rédaction. Avec l’utilisation de cette dernière méthode la série des différentes étapes de la méthode historico-critique est devenue plus complète : de la critique textuelle on passe à une critique littéraire qui décompose (recherche des sources), puis à une étude critique des formes, enfin à une analyse de la rédaction, qui est attentive au texte dans sa composition. C’est ainsi qu’est devenue possible une compréhension plus nette de l’intention des auteurs et rédacteurs de la Bible, ainsi que du message qu’ils ont adressé aux premiers destinataires. La méthode historico-critique a acquis par là une importance de premier plan.

1.A.2. Principes

Les principes fondamentaux de la méthode historico-critique dans sa forme classique sont les suivants :

C’est une méthode historique, non seulement parce qu’elle s’applique à des textes anciens, — en l’occurrence ceux de la Bible, — et en étudie la portée historique, mais aussi et surtout parce qu’elle cherche à élucider les processus historiques de production des textes bibliques, processus diachroniques parfois compliqués et de longue durée. Aux différentes étapes de leur production, les textes de la Bible s’adressent à diverses catégories d’auditeurs ou de lecteurs, qui se trouvaient en des situations spatio-temporelles différentes.

C’est une méthode critique, parce qu’elle opère à l’aide de critères scientifiques aussi objectifs que possible en chacune de ses démarches (de la critique textuelle à l’étude critique de la rédaction), de façon à rendre accessible au lecteur moderne le sens des textes bibliques, souvent difficile à saisir.

Méthode analytique, elle étudie le texte biblique de la même façon que tout autre texte de l’antiquité et le commente en tant que langage humain. Cependant, elle permet à l’exégète, surtout dans l’étude critique de la rédaction des textes, de mieux saisir le contenu de la révélation divine.

1.A.3. Description

Au stade actuel de son développement, la méthode historico-critique parcourt les étapes suivantes :

La critique textuelle, pratiquée depuis plus longtemps, ouvre la série des opérations scientifiques. Se basant sur le témoignage des manuscrits les plus anciens et les meilleurs, ainsi que sur ceux des papyrus, des traductions anciennes et de la patristique, elle cherche, selon des règles déterminées, à établir un texte biblique qui soit aussi proche que possible du texte original.

Le texte est ensuite soumis à une analyse linguistique (morphologie et syntaxe) et sémantique, qui utilise les connaissances obtenues grâce aux études de philologie historique. La critique littéraire s’efforce alors de discerner le début et la fin des unités textuelles, grandes et petites, et de vérifier la cohérence interne des textes.

L’existence de doublets, de divergences inconciliables et d’autres indices manifeste le caractère composite de certains textes, qu’on divise alors en petites unités, dont on étudie l’appartenance possible à diverses sources. La critique des genres cherche à déterminer les genres littéraires, leur milieu d’origine, leurs traits spécifiques et leur évolution. La critique des traditions situe les textes dans les courants de tradition, dont elle cherche à préciser l’évolution au cours de l’histoire. Enfin, la critique de la rédaction étudie les modifications que les textes ont subies avant d’être fixés dans leur état final; elle analyse cet état final, en s’efforçant de discerner les orientations qui lui sont propres. Alors que les étapes précédentes ont cherché à expliquer le texte par sa genèse, dans une perspective diachronique, cette dernière étape se termine par une étude synchronique : on y explique le texte en lui-même, grâce aux relations mutuelles de ses divers éléments et en le considérant sous son aspect de message communiqué par l’auteur à ses contemporains. La fonction pragmatique du texte peut alors être prise en considération.

Lorsque les textes étudiés appartiennent à un genre littéraire historique ou sont en rapport avec des évènements de l’histoire, la critique historique complète la critique littéraire, pour préciser leur portée historique, au sens moderne de l’expression.

C’est de cette façon que sont mises en lumière les différentes étapes du déroulement concret de la révélation biblique.

1.A.4. Évaluation

Quelle valeur accorder à la méthode historico-critique, en particulier au stade actuel de son évolution ?

C’est une méthode qui, utilisée de façon objective, n’implique de soi aucun a priori. Si son usage s’accompagne de tels a priori, cela n’est pas dû à la méthode elle-même, mais à des options herméneutiques qui orientent l’interprétation et peuvent être tendancieuses.

Orientée, à ses débuts, dans le sens de la critique des sources et de l’histoire des religions, la méthode a eu comme résultat d’ouvrir un nouvel accès à la Bible, en montrant qu’elle est une collection d’écrits qui, le plus souvent, surtout pour l’Ancien Testament, ne sont pas la création d’un auteur unique, mais ont eu une longue préhistoire, inextricablement fiée à l’histoire d’Israël ou à celle de l’Église primitive. Auparavant, l’interprétation juive ou chrétienne de la Bible n’avait pas une conscience claire des conditions historiques concrètes et diverses dans lesquelles la Parole de Dieu s’est enracinée. Elle en avait une connaissance globale et lointaine. La confrontation de l’exégèse traditionnelle avec une approche scientifique qui, dans ses débuts, faisait consciemment abstraction de la foi et parfois même s’y opposait, fut assurément douloureuse; elle se révéla cependant, par après, salutaire : une fois que la méthode eut été libérée des préjugés extrinsèques, elle conduisit à une compréhension plus exacte de la vérité de l’Écriture Sainte (cf. Dei Verbum, 12). Selon Divino Afflante Spiritu, la recherche du sens littéral de l’Écriture est une tâche essentielle de l’exégèse et, pour remplir cette tâche, il est nécessaire de déterminer le genre littéraire des textes (cf Ench. Bibl. 560), ce qui s’effectue à l’aide de la méthode historico-critique.

Assurément, l’usage classique de la méthode historico-critique manifeste des limites, car il se restreint à la recherche du sens du texte biblique dans les circonstances historiques de sa production et ne s’intéresse pas aux autres potentialités de sens qui se sont manifestées au cours des époques postérieures de la révélation biblique et de l’histoire de l’Église. Toutefois, cette méthode a contribué à la production d’ouvrages d’exégèse et de théologie biblique de grande valeur.

On a renoncé depuis longtemps à un amalgame de la méthode avec un système philosophique. Récemment, une tendance exégétique a infléchi la méthode dans le sens d’une insistance prédominante sur la forme du texte avec moindre attention à son contenu, mais cette tendance a été corrigée grâce à l’apport d’une sémantique différenciée (sémantique des mots, des phrases, du texte) et à l’étude de l’aspect pragmatique des textes.

Au sujet de l’inclusion, dans la méthode, d’une analyse synchronique des textes, on doit reconnaître qu’il s’agit d’une opération légitime, car c’est le texte dans son état final, et non pas une rédaction antérieure, qui est expression de la Parole de Dieu. Mais l’étude diachronique demeure indispensable pour faire saisir le dynamisme historique qui anime l’Écriture Sainte et pour manifester sa riche complexité : par exemple, le code de l’Alliance (Ex 21-23) reflète un état politique, social et religieux de la société israélite différent de celui que reflètent les autres législations conservées dans le Deutéronome (Dt 12-26) et le Lévitique (code de sainteté, Lv 17-26). A la tendance historicisante qu’on a pu reprocher à l’ancienne exégèse historico-critique, il ne faudrait pas que succède l’excès inverse, celui d’un oubli de l’histoire, de la part d’une exégèse exclusivement synchronique.

En définitive, le but de la méthode historico-critique est de mettre en lumière, de façon surtout diachronique, le sens exprimé par les auteurs et rédacteurs. Avec l’aide d’autres méthodes et approches, elle ouvre au lecteur moderne l’accès à la signification du texte de la Bible, tel que nous l’avons. "

Si seulement les auteurs de ce texte avaient eu à l'égard de l'exégèse historico-critique le même niveau de sévérité que celui qu'ils ont appliqué seulement à la lecture fondamentaliste, leur propos aurait peut-être été plus équilibré ou plus équitable...

Il n'y a pas que dans le rapport aux sacrements, dans la vision des sacrements, que l'on a, globalement, fragilisé, depuis au moins un demi-siècle, le sens du surnaturel et du théologal ; on l'a également fragilisé dans le rapport à l'Ecriture, dans la vision de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament.

Bonne réception, bonne lecture, bonne soirée.

Scrutator.

     

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