Quelle stratégie? par le torrentiel 2011-07-27 20:21:12 |
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Cher scrutator,
Nous n'allons pas nous lancer dans un renvoi d'ascenseur de fleurs, mais merci de n'avoir pas pris mon message en mauvaise part.
Au plan subjectif, d'où j'étais parti dans mon précédent message, le vôtre suscite des interrogations dont il faut accepter le défi:
1. Est-ce que, si je ne décèle pas de crise dans l'eglise, ce n'est pas parce que tout va bien pour moi dans l'eglise, encore que je sache pertinemment que tout ne va pas bien pour l'eglise? Evidemment, il y a du vrai, et cela plaide en faveur d'une autre vérité sur laquelle vous mettez le doigt: celle d'une espèce d'hédonisme spirituel qui me tient lieu d'humanisme, et qui n'est qu'un égoïsme.
2. Est-ce que mon aspiration plus ou moins consciente à un catholicisme post-confessionnel, qui n'en demeurerait pas moins confessant, a besoin de l'institution pour s'y déployer et, s'y déployant, fragiliser l'institution où je trouve asile et reprends vigueur? Là encore, comment le nier absolument? Mais en apportant cependant ce correctif, savoir que, si j'ai besoin de cette institution, c'est que cette institution est une part de mon identité, et ce signe est heureux. Ce qu'il faudrait, stratégiquement, c'est que mon bonheur d'être d'identité catholique soit contagieux et puisse se répandre à d'autres qu'à moi. Que peut faire l'eglise pour faire percevoir le bonheur d'être catholique auprès de personnes à évangéliser, ultrasécularisées et à qui l'identité catholique paraît surtout pesante? Mais encore, l'identifiant catholique est-il un facteur suffisant d'identification chrétienne, c'est-à-dire d'Identification à la Personne du christ? Enfin, de quel point de vue devons-nous considérer cette identification au christ? Ou, pour mieux formuler la question, de quel poids doit peser la joie tragique d'être libéré de ses péchés et "la joie parfaite" de Lui appartenir?
J'avance vers votre "bilan prospectif et critique. Mon premier mouvement sera de vous demander vos critères. Peuvent-ils uniquement être d'ordre expérienciel
("Laissez-nous faire l'expérience de la Tradition")
ou quantitatif
("Les églises se vident")?
Vous m'accorderez qu'il y a un paradoxe du courant traditionaliste à mépriser "l'expérience" et "la loi du nombre" et à s'en réclamer quand il s'agit de faire valoir ses griefs envers l'eglise (dite) conciliaire. Il y a même quelque chose que je trouve plus détestable dans une certaine manière de demander l'application du "motu proprio" qui consiste à estimer que la liturgie doit répondre à la demande des fidèles, comme si devait être servi "le produit" le plus offrant. S'il y a bien un domaine où la loi du marché ne saurait s'appliquer, c'est celui de la liturgie, d'autant que les mêmes qui présentent ainsi leurs demandes, ne seraient pas les derniers à dénoncer "les nouvelles religiosité" sur le supermarché du religieux.
Je vous ai demandé vos critères, je vais vous donner les miens. Je pense que le critère, et pour un bilan, et pour une prospective, concerne moins les formes que la pensée. Quelle est aujourd'hui la pensée de la foi? C'est ce que l'on a du mal à saisir. Au point que beaucoup se croient autorisés à opposer la pensée et la croyance, la pensée et la foi. Or il faut penser pour croire.
Le concile vatican II a fait un pari patristique pour revenir, en guise de renouveau, à ce qui fut le plus anciennement senti et exprimé en matière de christologie et d'éclésiologie. Du moins était-ce l'ambition d'un Père congar et à plus forte raison d'un P. de Lubac.
Il me semble que ce mouvement devrait s'accompagner de deux autres mouvements qui semblent le contredire, mais que l'émergence d'une pensée chrétienne moins nouvelle que solide ne saurait avoir lieu sans la confluence de ces trois mouvements.
Le mouvement de renouveau patristique, qui est une replongée du christianisme dans ses catégories hellénistiques à tendance éternisantes et fixistes, devrait organiser un rendez-vous avec notre apprentissage récent de la manière juive de lire la Bible hébraïque. Bref, le rendez-vous depuis si longtemps manqué entre les Juifs et les grecs devrait organiser sa synthèse. C'est à un tel travail systématique que s'essaie un théologien comme Dominique cerbelaud. Je ne dis pas qu'il soit exempt de parti pris, ni qu'à trop pencher vers une synthèse immédiate judéopatristique, il n'encourt pas parfois des risques d'hérésie, comme la difficulté qu'il a, pour simplifier, à reconnaître la divinité du christ, deuxième Personne de la trinité et fils de dieu.
Le troisième mouvement de pensée que j'appelle de mes voeux en vue d'un renouveau de l'eglise est, à côté de cette lecture savante, une lecture populaire, moins en ses caricatures que constitue, par exemple, "la traduction de la Bible en français fondamental", qui n'est pas sans rendre service, qu'en une pensée à nouveaux frais des catégories bimillénaires de la dogmatique et de la théologie catholique. Comment parlent-elles à nos sensibilités contemporaines?
C'est d'un dialogue, voire d'une synthèse entre ces trois mouvements que j'attends le renouvellement d'un enthousiasme éclésial. Il ne peut y avoir d'enthousiasme à revenir à la foi s'il n'est supporté, soutenu et porté par une pensée qui ne soit pas un pur psittacisme, ni qui ne se soutienne à l'intérieur d'une tradition qui, plus qu'un attachement formel à des pratiques rituelles, soit un cadre de pensée à l'intérieur duquel se déploie notre "sainte liberté des enfants de dieu".
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