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Vraiment merci beaucoup - Quelques remarques rapides.
par Scrutator Sapientiæ 2011-07-27 16:57:30
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Bonjour et merci, le torrentiel,

D'une part, j'ai une Maîtrise en Droit public, d'autre part, je suis cadre administratif dans le secteur public, enfin, j'ai déjà eu l'occasion de dire à quels auteurs je dois le peu que je crois savoir en philosophie politique (Leo STRAUSS, mais aussi TOCQUEVILLE, Raymond ARON, Hannah ARENDT, Hans JONAS) et en théologie catholique (plus Saint Augustin que Saint Thomas d'Aquin).

D'autre part, sans qu'il s'agisse pour moi de répondre point par point à votre message, je commence par vous remercier pour des compliments que je ne mérite évidemment pas, mais dans lesquels je puise bien des encouragements, pour continuer à m'exprimer sur le FC, et je continue au moyen de quelques remarques rapides.

Il y a - je crois que c'est une manière de vous répondre qui en vaut bien d'autres, il y a une expression que d'aucuns connaissent, sur le FC comme ailleurs : "l'expérience de la Tradition" ; "laissez-nous faire l'expérience de la Tradition" ; peut-être même qu'un jour on entendra pleinement, en italien, avec un accent allemand et une voix douce : "laissons-les faire l'expérience de la Tradition"...

Eh bien moi je vais vous parler d'une toute autre expérience, que l'on fait depuis cinquante ans : c'est l'expérience du Renouveau ; cinquante ans ; non pas cinquante ans d'expérimentations, même s'il y a eu plus qu'un peu de cela, dans les années 1960 et 1970, mais enfin, tout de même, il s'agit à présent d'un demi-siècle d'expérience du Renouveau.

Qui, je dis bien qui, a empêché l'Eglise catholique de faire l'expérience du Renouveau, conciliaire, comme il convient de le nommer ? A ma connaissance, personne ne s'y est opposé, depuis la tête de l'Eglise :

- d'abord, à ceux qui allaient trop vite, on a dit, le plus souvent, non qu'ils allaient dans la mauvaise direction, (pour l'essentiel, celle de la décatholicisation rechristianisante) mais qu'ils y allaient trop rapidement ;

- ensuite, il y a des infléchissements programmatiques, des recentrages sectoriels ou thématiques, mais sans remise en cause globale de la magna carta duovaticane, avec les résultats que l'on connaît, et qui ne sont pas tous mauvais, mais qui ne sont pas tous bons non plus, et surtout qui sont difficilement annonciateurs d'un avenir prometteur, en tout cas, en Europe occidentale.

Nous arrivons, au bout d'un demi-siècle, à l'heure des bilans ; je sais bien, j'en ai déjà fait l'expérience, dans mon travail, nous pensons et surtout nous vivons aujourd'hui davantage sur le registre du "projectif" que sur celui du "bilanciel", mais enfin, le temps s'impose à nous, et au bout d'un demi-siècle d'expérience du Renouveau dans l'Eglise, il est possible de dresser, non l'acte d'accusation des uns et des autres, mais un bilan, contrasté, nuancé, mais objectif.

Si une organisation humaine va dans une direction donnée, qu'elle y subit des revers, mais qu'elle persiste, pour l'essentiel, dans cette direction, tout en continuant à y subir des revers, c'est qu'il y a, non nécessairement un problème de laedership, ni un problème de management, mais plus probablement un problème de stratégie globale.

C'est cela, et pas autre chose, que je déplore régulièrement : une stratégie globale qui ne comporte pas que des aspects négatifs, mais dont le spécifique n'est affichable et assumable, en toute cohérence, que si l'on veut vraiment ne pas exclure d'aller, au bout du bout, en direction de ce que j'appelle le catholicisme post-confessionnel.

On pourrait peut-être aussi bien dire post-ecclésial, mais le paradoxe de la dynamique qui est à l'oeuvre est qu'elle a besoin d'un cadre institutionnel à l'intérieur duquel elle fragilise néanmoins l'institution, le rapport des individus à l'institution et le regard des individus sur l'institution.

Cinquante ans, donc ; il n'est plus possible de dire :

- "çà va passer", car "çà" ne passe pas ;

- "excusez-nous, nous ne savions pas", car ceux qui ne savent toujours pas, au bout de cinquante ans, sont ceux qui ne voudront toujours pas savoir, au bout de soixante ans ;

- "c'est le malheur des temps", car ce n'est pas considéré comme un malheur par tout le monde, au sein même de l'Eglise ;

"que voulez-vous, à présent, c'est comme çà", car on pourrait aussi bien répliquer par cette question :

"c'est comme çà quoi ? les hommes et les femmes ne sont pas naturellement catholiques, et le sont d'autant moins, pas des moyens culturels, au sens large, et pour des raisons spirituelles, toujours au sens large, quand on passe une partie de son temps à leur faire comprendre ou à leur laisser entendre

- que s'ils le sont bel et bien, c'est très bien ainsi,

- mais que s'ils ne le sont pas, c'est très bien aussi, ou un peu moins bien, mais à peine moins bien, dès lors, notamment, qu'ils respectent les Droits de l'Homme,

- et que s'ils le sont un peu trop, ou vraiment trop, ce n'est pas bien du tout.

Encore plus rapidement, je parlerai ici d'une théorie des trois tiers : en gros, l'Eglise, en Europe occidentale, a subi

- le passage d'une société traditionnelle et rurale à une société industrielle et urbaine ; c'est le premier tiers, non provisionnel, mais explicatif, sur le plan des structures externes ;

- le passage d'une culture plus ou moins humaniste à une culture plus ou moins hédoniste ; c'est le deuxième tiers explicatif, sur le plan des principes externes.

Qu'en est-il du troisième tiers explicatif, sur le plan des principes, des structures et des pratiques internes à l'Eglise elle-même ? Est-il possible de suggérer que la stratégie globale qui s'est déployée, à partir du début des années 1960, n'a pas connu, encore une fois, que des échecs, mais a laissé entrer dans l'Eglise une confusion très grande ?

Je pense ici, je l'ai déjà écrit, aux confusions à propos des relations entre consensus et vérité, entre sainteté et sympathie, entre oecuménisme et relativisme, entre liberté religieuse et subjectivisme, entre Paix dans le Christ et paix sans le Christ.

Pour un document comme Dominus Iesus, combien de déclarations équivoques, de la part de bien des évêques, sur ces questions là ?

C'est un bilan global que j'appelle de mes voeux, je dirai même un bilan critique, au sens de : prenant appui sur des critères, un bilan critique débouchant sur la mise en forme et oeuvre de véritables dispositifs de remédiation, non homéopathique et palliative, mais allopathique et curative, en direction de la partie la plus ambigue, équivoque, de la stratégie globale que nous connaissons depuis un demi-siècle.

Je n'en dirai pas plus, mais j'observe seulement ceci :

- d'une part, moins l'Eglise catholique, chronologiquement post-conciliaire, est axiologiquement post-conciliaire, et plus elle est "en forme", ce qui peut se vérifier au sein même des diocèses, ou entre les diocèses : il doit bien y avoir une raison à cela, une raison philosophique et théologique plus ou moins fondamentale ;

- d'autre part, ce que j'appelle de mes voeux, d'aucuns n'en veulent absolument pas, non parce qu'ils disent que tout va bien pour l'Eglise, car cela, presque personne ne le dit, mais parce que'ils disent, en substance, que tout va bien pour eux, au sein même de l'Eglise catholique actuelle, à telle enseigne que d'après eux c'est plutôt trop que pas assez de recentrage qui est à l'oeuvre.

L'aveuglement organisationnel, cela existe, et cela ne fait de bien à aucune organisation, même quand cet aveuglement est inspiré par les meilleures intentions, telles que le respect de l'autre, le respect de l'homme, l'accueil inconditionnel, dans l'acception humanitariste de ces termes ; je le précise sans penser à qui que ce soit d'une manière désobligeante, mais je crois vraiment en la nocivité relative de ce triptyque comportemental : angélisme, irénisme, utopisme.

J'ai essayé d'aller un peu plus loin que d'habitude, avec vous et grâce à vous, toute erreur de forme ou de fond étant de mon seul fait ; je me connais suffisamment pour savoir que je donne l'impression, quand j'écris, d'être plus anguleux et moins arrondi que je ne le suis en réalité, même si je m'efforce vraiment de faire attention à ce défaut, aussi j'espère n'avoir blessé personne au sein de ce message.

Le reste, tout le reste, n'est évidemment pas que littérature ; c'est de gloire de Dieu, du seul vrai Dieu, et de salut du monde, du monde confronté ou exposé au péché, (y compris vis-à-vis de Dieu, dans le domaine de la Foi, ou en matière de religion), dont il est question ici : c'est cela, l'enjeu central et crucial, et c'est cela que beaucoup ont perdu de vue (y compris moi, par le passé), depuis à présent cinquante années.

Bonne réception et bonne lecture de ce trop long message, j'espère que vous y trouverez quelques éléments susceptibles de vous intéresser.

Je suis demandeur et preneur de toute remarque ou suggestion pouvant me permettre de m'améliorer.

Bonne fin d'après-midi à vous.

Scrutator.

PS : C'est précisément parce que je connais un peu l'oeuvre de Pierre Teilhard de Chardin que je lui attribue une part de responsabilité, peut-être bien involontaire, dans la formation du climat doctrinal et spirituel qui a rendu possible les confusions que j'ai déploré ci-dessus.

     

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 l'absence de communion généralisée ou par Luc Perrin  (2011-07-23 12:26:52)
      il n'y a qu'une réponse possible d'avenir par jejomau  (2011-07-23 14:32:17)
          cela renvoie en premier à un mot par Luc Perrin  (2011-07-23 14:56:14)
              Cher docteur Perrin, par M  (2011-07-23 15:09:05)
                  non c'est beaucoup plus simple par Luc Perrin  (2011-07-24 13:40:41)
                      Merci docteur Perrin ! par M  (2011-07-24 19:36:04)
                          il y a plusieurs possibilités par Luc Perrin  (2011-07-25 19:35:16)
              pas tout à fait : il faut aller à l'origine de tout par jejomau  (2011-07-23 15:41:22)
                  L'avenir se construit aujourd’hui, non ? par Maïe  (2011-07-25 11:00:03)
                      Est-ce que la mission des évêques est de surveiller les clercs par le torrentiel  (2011-07-25 13:36:26)
      Il n'y aura pas de fruits pour la nouvelle évangélisation... par Paterculus  (2011-07-23 16:51:27)
      Il n'y a pas que l'autorité et la discipline. par Scrutator Sapientiæ  (2011-07-27 12:13:57)
      subvertir le catholicisme de l'intérieur? par le torrentiel  (2011-07-27 15:00:16)
          Vraiment merci beaucoup - Quelques remarques rapides. par Scrutator Sapientiæ  (2011-07-27 16:57:30)
              Quelle stratégie? par le torrentiel  (2011-07-27 20:21:12)
                  Très rapidement, quelques remarques. par Scrutator Sapientiæ  (2011-07-28 10:20:53)
                      Juste un point, par le torrentiel  (2011-07-28 14:30:07)
          Immanence et transcendance par Paterculus  (2011-07-27 18:24:21)
              Dieu est Infiniment Simple par le torrentiel  (2011-07-27 20:32:40)


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