subvertir le catholicisme de l'intérieur? par le torrentiel 2011-07-27 15:00:16 |
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Cher Scrutator,
Je ne sais pas qui vous êtes dans la vie, même si je discerne en vous un philosophe de grande valeur, doté d'un sens certain de la formule, mais qui surtout discerne avec justesse les enjeux dialectiques de l'Eglise et du monde.
Je me retrouve rarement dans vos conclusions, mais je me reconnais souvent dans vos descriptions. Que ne préférez-vous "les valeurs christiques" aux "vertus chrétiennes"? Libre à moi de le regretter.
Sans vous flatter, je vous trouve le talent d'un saint-Pi X dans "Pacendi", qui a décrit ce qui ne pourrait manquer de se produire: l'avènement du modernisme, c'est-à-dire du subjectivisme dans la "foi chrétienne" plus que catholique, sans que cette description ait le pouvoir de conjurer le phénomène.
Ce qui me chagrine dans votre message adressé au professeur Luc Perrin est que vous supposiez "de mauvaise foi" des catholiques qui, ne le seraient plus que de nom, sans avoir égard au fait que la représentation de la religion a changé.
Oui, certainement, l'impératif d'avoir à respecter la liberté individuelle de la conscience croyante l'a emporté en pratique sur celui qui devrait avoir beaucoup plus d'autorité qu'est l'obéissance aux lois divines. Oui, probablement, cette victoire a eu lieu au terme d'une fausse dialectique. Encore oui, je ne saurais le démentir, J'ai tendance à espérer en un christ Omniprésent, même dans l'"eglise visible", mais aussi par-delà, plus encore que je ne suis assuré qu'il en est ainsi, car ma piété ne me permet pas de l'affirmer sans une assurance divine que je ne Lui volerai pas.
Donc oui, sans doute, je suis imprégné de teilhardisme. Encore oui, sans conteste, je suis porté au subjectivisme. Et oui, de toutes mes forces, j'assume l'héritage des générations qui m'ont précédé et qui on tincliné l'eglise vers le libéralisme philosophique. C'est sans doute une horreur pour vous, mais...
Or, en dépit de tout cela, je vous prie de croire que je ne suis pas de mauvaise foi. Vous m'entendez bien: ma Foi n'est pas, à l'aune de la représentation qui est la vôtre, la foi catholique. Mais, à l'aune de celle que j'ai reçue, qui m'a été inculquée, dans laquelle j'ai été élevé, moi qui suis né en 1973 dans un milieu chrétien moyen, qui suis, si vous y tenez, un enfant du concile, moi qui ai sucé le lait de la modernité, je me sens et me crois catholique, identitairement, intérieurement, culturellement et viscéralement. Et il ne me viendrait pas à l'idée, consciemment, de vouloir subvertir la foi ou l'eglise catholique. Je dis "consciemment" pour vous laisser m'attribuer un certain degré d'inconscience.
Ce que je regrette, c'est que vous ne me supposiez pas l'honnêteté d'être à vos yeux un "idiot utile" (voire un imbécile heureux), qui a eu le malheur d'être conditionné différemment de la façon dont vous l'avez été, d'avoir reçu, dans son intériorité, des représentations différentes des vôtres.
Ce n'est pas que les vôtres ne m'attirent: sinon, qu'est-ce que je ferais là, à moins d'être un "trole", comme on m'en a déjà accusé? Mais laissons ce vocabulaire qui ne correspond à rien de "sémantiquement correct".
Il me semble que la théologie que l'on m'a implicitement enseignée et, si vous voulez, par laquelle j'ai été bercé encore plus que trompé, ce que je récuse avoir été, s'est saisie des dogmes sans trop savoir quoi en faire. J'ai trouvé dans les mystiques et dans l'attirance pour les mystiques du courant traditionaliste un intérêt pour la théologie fondamentale qui m'a semblé le bienvenu et de bon aloi. Dans une "lutte avec l'ange" à ma mesure, je me heurte à ces dogmes ou catégories, et je regrette que la pastorale dont je suis l'enfant n'ait pas l'air de vouloir s'y frotter. Aurait-elle fait le pari de l'immanence et le traditionalisme celui de la transcendance?
C'est sans doute là encore une opposition simpliste, sinon fallacieuse. Ce que je crois sentir de dieu et de l'eglise (je reçois par avance votre objection en subjectivisme) est que l'Eglise ne sait pas bien se positionner, face à ce Dieu qui monte et descend, s'Il Est Transcendant ou immanent à la conscience croyante: je dis volontairement croyante pour ne pas dire chrétienne ou catholique et vous heurter. Mais je crois également que dieu, pas seulement parce qu'Il s'est Incarné, pas seulement dans sa dimension mystagogique, hésite à se présenter à l'homme Immanent ou transcendant. Ce Dieu de l'alternatif n'est assurément pas votre Dieu de l'alternative. Devriez-vous m'excommunier pour ça?
Vous avez l'air de regretter que les évêques ne manient plus l'excommunication qu'avec parcimonie. Mais ne croyez-vous pas qu'ils mésusent de cette arme parce qu'elle est usée? Et vous-même, dans quelle mesure vous sentez-vous habilité, n'étant pas clerc a priori, à vous en servir, en quelque sorte, latae sententiae, à l'égard de tous ceux qui ne pensent pas comme vous? N'y voyez pas d'attaque ad hominem, je pointe là un défaut qui me semble être commun à la famille traditionaliste.
Il est courant aussi d'accuser cette famille de pharisaïsme. Je ne puis m'en défendre, tant de fois la vois-je se montrer malveillante, notamment envers ceux qui ont autorité sur elle et dont elle juge, comme si chacun de ses membres était leur égal, alors qu'ils leur doivent tous (comme je leur dois) avant tout une soumission et un respect filial. Il est quand même surprenant de voir à longueur de journée des fidèles évaluer leurs évêques plutôt que de leur accorder un crédit de confiance (pléonasme) et d'obéissance. Je trouve aussi que le milieu traditionaliste n'est pas avare en malveillance. Je trouve enfin qu'il aime assez se vautrer dans l'horreur et en particulier dans le péché des autres.
Pour vous avoir dit vos vérités, du moins telles que je les ressentais, je voudrais que vous m'accordiez un crédit d'honnêteté, au lieu de me considérer comme un parjure, et que vous ne supposiez pas en moi un quelconque désir de vous insulter ou de vous manquer, moi qu'à mon premier message, Maïe avait déjà excommunié:
"Nous savons en tout cas que vous n'êtes pas catholique." (depuis quand ce sont les fidèles qui en décident?)
Mais au-delà de ces petites vexations dont on se remet et qu'on pardonne aisément, je voudrais vous poser une dernière question:
Croyez-vous que ce soit en adoptant cette attitude essentiellement défensive, souvent offensante et négatrice, parfois même délatrice, que vous parviendrez à reconquérir du terrain sur les âmes, ce qui devrait être votre premier but?
A bon entendeur, salut! Et que j'en prenne moi aussi de la graine!Je rappelle que, quand un chrétien dit à son prochain: "salut", il lui souhaite le salut. C'est mon souhait pour tous les liseurs de ce forum et pour tous ceux qui s'enquièrent des messages qui s'y publient. C'est la prière que je vous demande de faire pour moi et tous les miens.
Cordialement
Le torrentiel
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