Autre niveau de question, certes par le torrentiel 2011-07-17 03:13:45 |
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Cher Glycéra,
Ma réponse tarde sans doute, c'est même peu dire, mais je me remets à jour.
Certes, vous avez raison de souligner qu'il y a un hiatus évident entre ces deux ordres: le Décalogue d'un côté, et la droite et la gauche de l'autre.
Et vous avez encore raison de comparer cette question à celle que posèrent à Jésus, non des partisans de césar, mais des gens qui voulaient tendre un piège au divin Maître.
Ai-je voulu piéger les tradilandais? Peut-être un peu, honte à moi! Mais venant de remettre au propre nos échanges pour les publier sur mon blog:
http://www.etudestorrentielles.blogspot.com
(pardonnez-moi de ne pas savoir encore insérer de liens, ça viendra peut-être), avouez qu'ils s'en sont plutôt bien tirés dans leurs réponses, ou que c'est moi qui n'ai pas assez bien su formuler ma question.
Mais il ne s'agit pas ici essentiellement de se piéger les uns les autres, même s'il n'est jamais vain de s'interroger, et plutôt deux fois qu'une, et surtout si certains ont un peu trop tendance à confondre l'ordre de la foi et celui de la certitude! La foi est de l'ordre d'une certitude de grâce beaucoup plus que de celui d'une certitude rationnelle, ne l'oublions jamais. Ce n'est pas l'animal raisonnable qui a reçu le don de la Foi, c'est toujours l'âme de la personne humaine.
Maintenant, qu'il s'agisse en effet de reformuler en termes modernes une question très ancienne: celle du rapport du temporel et du spirituel, si j'ai pu y réussir, Dieu soit loué! J'aurais très mal agi si j'avais demandé:
"Dieu est-Il de droite?"
Je n'ai eu affaire qu'à sa Loi, encore qu'à la Loi naturelle, confondue par beaucoup, me semble-t-il, avec l'ordre naturel qui, comme il se doit, est un ordre de préservation ou, si vous préférez, de conservation. Mais attention! Le pouvoir temporel ne se confond pas avec cet ordre de conservation, sauf à figer sciemment la politique dans l'immobilisme.
Un prêtre m'étonna beaucoup un jour en me rappelant que l'une des trois vertus du sel était la fonction de conservation des aliments, les deux autres étant le fait de relever leur goût pour la première, et pour la seconde de n'être qu'un condiment à utiliser avec modération.
"Car si un repas manque de sel, il est fade; mais si l'on met du sel à l'excès, il est inmangeable!"
Vous voyez bien que la dialectique de la conservation et du progrès n'est pas absente de l'Evangile lui-même. A toutes fins utiles, je rappelle les analyses controversées de l'économiste libéral et banquier charles gave qui tend à prouver que les relations sociales instituées par le christ dans l'evangile sont de droite, ce qui va à l'encontre de ce que j'ai suggéré dans mon accroche de ce fil. Ce n'est pas faux, à relire la parabole des ouvriers de la onzième heure. Le moins qu'on puisse dire est qu'à l'égard de ceux qui ont commencé de trimer dès le matin, le patron de la parabole s'est comporté d'une façon on ne peut plus paternaliste.
Vous-même écrivez à fort juste titre que "moi" et "le prochain" devons être traités à égalité, si je respecte le commandement de Dieu, dans un cadre où je n'oublie pas de mettre dieu au-dessus de tout, où dieu demeure le Premier servi. Je n'ai rien à redire à cela, si ce n'est que ce que je lis de l'analyse qu'on fait généralement dans le milieu traditionaliste du "bien commun" fait beaucoup de cas de "mon bien" et en oublie souvent sans le savoir le côté "commun". Il n'y a guère contribuable qui veuille moins contribuer que l'adepte du "droit naturel" qui ne veut pas qu'on le spolie, bien qu'il oublie n'avoir pas à servir dieu et l'argent.
Si j'essaie d'exprimer cette réalité de façon moins polémique, je dirai que, dans le compte que le catholique de droite tient du "bien commun", il est rarement fait allusion à ce qu'on doit à la santé du prochain ou à son bien-être physique ou moral, pour ne pas parler de son bien-être social, puisque ce terme de "social" est celui sur lequel on s'est fait fort de m'attaquer. Je pourrais employer pire: l'adjectifde "citoyen", et demander pourquoi il ne paraît pas faire partie des prérogatives du "bien commun" éligibles à l'etat par le "catholique de droite", d'assurer le minimum de bien-être social de l'indigent que l'on présente le plus souvent comme un assisté se complaisant dans son état.
Si l'on m'objecte que le "catholique de droite" est très préoccupé en général de ce bien-être social de l'indigent, son concitoyen, je reconnaîtrai avec honnêteté que, dans ce fil en particulier, on a prêté attention à son sort; mais que ç'a rarement été sans que l'on soupçonne celui qui s'y intéresse in abstracto d'être une manière de Judas, donc de voleur, de prévaricateur ou de communiste, pour employer des termes modernes. Il est quelquefois ressorti de certaines réponses (celles de blamont et de Jean-Paul Parfu, pour ne pas les nommer),, les attentions d'une droite sociale, mais n'était-ce pas sous réserve qu'on n'emploie pas ce mot et parce qu'on soulevait le lièvre? Je ne voudrais pas faire de procès d'intentions, surtout à ces deux correspondants dont les arguments paraissaient fort enracinés dans leurs convictions les plus profondes.
Anton a fort judicieusement cité à effata la manière de corréler le passage des "actes des apôtres" où il était question de la mise en commun de tous ses biens par la première communauté chrétienne et cet autre passage de "rerum novarum", sauf erreur, où la propriété privée était référée à "la destination universelle des biens". Admirable était le rappel du principe: mais autre est le principe, autre la pratique, chacun le sait bien. Bien souvent, le rappel du bon principe n'a pas d'autre objet que de noyer la mauvaise pratique.
La preuve, c'est que le "catholicisme conservateur", y compris vvatican, rappelle à l'envi que les points non négociables d'une politique catholique sont la politique familiale, respectueuse de la vie et... de la liberté scolaire, c'est un peu faible par rapport à la cause précédente! . Tout cela est bel et bon. Mais pourquoi ne fait-on jamais mention du "sans famille" qui peut se trouver un fidèle de l'eglise catholique, et puis du fait que la moindre des décences impose que celui dont on a défendu le droit à naître mérite qu'on le respecte en s'assurant que sera défendu son droit à vivre décemment, au minimum à survivre mieux que misérablement.
Les catholiques ne peuvent pas tout faire? Ils ont beaucoup donné? C'est vrai. Mais qu'ils tiennent une position équilibrée, s'ils ne veulent pas que les non catholiques se réfugient dans des utopies, des millénarismes temporels ou des idéologies. N'oublions pas que nos principaux péchés, si ce n'est les plus voyants, sont nos péchés par omission. Si nous oublions de défendre les droits de l'indigence autant que les droits patrimoniaux, nous passerons pour des gens à qui l'indigence est indifférente. D'autant plus que l'Eglise, étrangement, a l'air de préférer la politique du pire à celle du "moindre mal". Le pire, c'est de ne pas voir les choses comme elles sont. Si la société s'oppose dans ses individus aux principes de l'Eglise, c'est que la plupart des individus qui la composent naît tellement exposés au mal, tellement loin de l'Eglise a priori, enfants de familles monoparentales, de familles recomposées ou que sais-je... et n'étant pas conditionnés à être seulement capable de recevoir une éducation religieuse et la comprendre, que, si l'eglise ne prend pas leur défense en les considérant tels qu'ils sont et en préférant rester repliée sur son précarré qui se réduit comme peau de chagrin, les autres intérêts qu'elle cherchera à faire valoir au nom de principes supérieurs ne pourront pas être compris.
Je ne dis pas que les évêques ont cet avantage sur les tenants de la tradition qu'ils ont compris cela : les évêques sont des centristes. Un chrétien doit éviter d'être centriste, mais il doit choisir son camp. Il est exact que s'opposent l'utopie du progrès mondial jusqu'à faire approcher le monde du paradis terrestre, et le réalisme un peu tristounet qui consiste à faire coïncider le plus possible la société avec le respect des conditions de la morale individuelle. Mais je crains fort qu'entre les deux, il n'y ait guère dès lors de place que pour l'individualisme, et c'est ce qui est le plus tragique dans tout ce gâchis.
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