Une illustration de l’effondrement intellectuel du catholicisme par Signo 2026-09-23 22:38:06 |
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J’ai pris connaissance avec stupeur et effroi de l’invraisemblable article qui vient d’être publié dans La Vie.
L’article porte sur l’agaçante -et assez inintéressante, au fond- question du service d’autel pour les femmes et les filles.
Cet article est un tel condensé d’affirmations stupides, d’amalgames absurdes, et d’évidentes contre-vérités, qui plus est proférés par des théologiens officiels, voire par les organes les plus spécialisés du Vatican, que j’avoue en être resté sans-voix.
Et pourtant il faut bien que quelqu’un prenne la peine de répondre, et si possible avec des arguments sérieux et de bon sens, à cet incroyable étalage d’inculture théologique et anthropologique.
Je passe sur le fait que désormais ce sont les officines féministes radicales, celles qui réclament l’ordination des femmes, qui sont considérées par la CEF comme qualifiées et ayant autorité pour expliquer comment doit être célébrée la liturgie catholique.
Il est vrai que le point de départ était déjà vicié par cette étrange trouvaille de la mouvance « conservatrice » que sont sont les « servantes d’assemblée », innovation à la légitimité douteuse car sans racines dans la tradition liturgique, et qui n’a été rien d’autre, de l’aveu même de son inventeur, qu’une énième farce-attrape pastorale pour ménager la chèvre et le chou.
Le bal de l’aberration est ouvert avec la mention de cette note de la CCD affirmant que « la fonction du “service de l’assemblée” n’est pas fondée sur des critères principalement esthétiques (tels que “la grâce proprement féminine”), mais sur le baptême, en vertu duquel les fidèles sont amenés à une participation pleine, active et consciente aux célébrations liturgiques ».
Il n’est pas difficile de déceler dans ce texte l’impasse dans laquelle se sont enfermés les conservateurs avec leur trouvaille. À partir du moment où l’on sort de la perspective traditionnelle dans laquelle les ministères liturgiques (incluant donc les « servantes d’assemblée »), en tant que service du culte divin, relèvent non du ministère apostolique, comme leur nature le suggère, mais de la vie baptismale, comme le suggère Ministeria Quaedam, inévitablement on crée un cadre mental rendant impossible le maintien de la règle traditionnelle réservant aux hommes le service de l’autel.
Pourtant tout ministère lié à l’autel dans l’Eglise relève du ministère apostolique non pas du fait d’un décret arbitraire, mais en raison de sa nature même. Dans la perspective traditionnelle, le peuple est roi, les ministres sont serviteurs. Par définition, dans le cadre liturgique le baptême ouvre le droit à être servi et non à servir. Le ministère apostolique au contraire -dont les ministères liturgiques comme l’acolytat ne sont que le prolongement- est fondamentalement une ordination au service du peuple de Dieu (cf. CEC 1120), notamment dans le cadre sacramentel et liturgique. Dans la liturgie, les ministres sont Marthe, tandis que les fidèles sont Marie. Ce sont eux, qui, se tenant dans la nef (qui dans la perspective traditionnelle est bien un espace sacré, équivalent chrétien du Lieu saint où se tenaient les prêtres dans le temple de Jérusalem, contrairement aux inepties avancées par Arnaud Join-Lambert), ont choisi la meilleure part, accomplissent « l’unique nécessaire ».
Car, -et c’est là la grossière confusion qui transparaît dans l’article et qui sous tend toute cette question-, la participation liturgique découlant du baptême ne consiste pas à faire ceci ou à faire cela, à faire les lectures, ni à servir le prêtre à l’autel, ni à remplir telle ou telle fonction liturgique extérieure. La véritable participation baptismale au mystère liturgique est, du fait de sa nature même, essentiellement intérieure et contemplative. Elle consiste à s’offrir par la prière du cœur au sacrifice du Christ s’accomplissant sur l’autel par les mains des ministres, elle est essentiellement oblation de soi qui s’accomplit in secreto, dans le sanctuaire du temple intérieur. Cette offrande mystique se traduit extérieurement par le chant, la prière corporelle (agenouillements, inclinations, station debout) et par une attitude de recueillement. C’est là la meilleure part qui revient de droit aux fidèles; nos idéologues de la « participation active » souhaitent la leur enlever.
Or tous ceux qui n’ont pas une conception viciée et déviante de la participation baptismale et qui ont déjà servi la messe savent que cette participation baptismale n’est en rien facilitée, bien au contraire, par l’exercice de fonctions liturgiques extérieures. Le ministre d’autel voit en effet son esprit accaparé par toutes sortes de tâches (penser à prendre la navette, présenter l’encensoir au bon moment, encenser correctement les fidèles, sonner la cloche quand il faut, etc) qui le détournent de la concentration sur l’essentiel et du recueillement intérieur et contemplatif qui doit être le fait de tout fidèle durant le sacrifice divin.
La confusion n’a pu s’installer sur ce sujet que parce que s’est peu à peu immiscé dans les esprits cette grossière idée -jamais clairement assumée, mais qui pourtant structure toute l’approche progressiste sur le sujet- selon laquelle le ministère liturgique est fait pour « valoriser » celui qui l’exerce; dès lors, on en arrive inévitablement à l’idée qu’il faut des filles dans le service de l’autel dans l’optique de « promouvoir la place des femmes », bien qu’au contraire, loin d’être un lieu de revendication, l’exercice des fonctions liturgiques suppose la discrétion et l’effacement de l’individu derrière le hiératisme de la fonction.
On notera également la malhonnête tactique de « l’homme de paille » utilisée par M. Join-Lambert pour discréditer d’avance ses potentiels contradicteurs: « Cela sous-entend que l’autel est supérieur à l’assemblée, que le prêtre est supérieur aux hommes, et les hommes supérieurs aux femmes, déroule Arnaud Join-Lambert. Théologiquement, rien ne tient. » Ah oui effectivement, ça ne tient pas… sauf que cette grossière caricature ne correspond en rien à la perspective traditionnelle qui, rappelons-le, est commune à la totalité des Églises traditionnelles d’Orient comme d’Occident. Toute la mystagogie traditionnelle consiste en effet, non pas à affirmer la supériorité ou l’infériorité de telle ou telle catégorie de chrétiens sur les autres (accusation relevant d’une application parfaitement artificielle et hors de propos de la dialectique marxiste de concurrence entre les sexes, les classes, au culte chrétien), mais à initier le fidèle au mystère chrétien en le plongeant dans un univers symbolique qui distingue différents niveaux de sacralité; cette initiation reproduisant ici bas sur le plan du symbole le mystère des réalités de l’univers invisible: le sanctuaire où se tient l’autel, héritier du Saint des Saints du Temple de Jérusalem, représentant symboliquement le Royaume céleste; la nef où se tiennent les baptisés, le monde terrestre sanctifié par le Christ et en pèlerinage vers le Royaume, le narthex représente à la fois la Mer Rouge et le baptême (d’où la présence des baptistères à l’entrée des églises), le monde extérieur à l’église symbolise le monde profane appelé à la sanctification, etc. Dans ce dispositif symbolique, le prêtre accomplit une fonction qui le dépasse et qui n’implique pour lui aucune supériorité ontologique ou morale personnelle sur les fidèles, mais crée au contraire envers eux de terribles obligations qui le rendent nécessairement indigne de la mission qu’il a reçue (cf. He 5, 1-4).
Présenter cette mystagogie sacrée -et partagée par toutes les Églises apostoliques!- comme l’expression d’un projet de domination et d’humiliation symbolique des clercs sur les fidèles, des hommes sur les femmes, etc, c’est falsifier le sens des rites reçus en leur plaquant une interprétation étrangère à leur nature profonde. Seule une intelligentsia profondément décadente peut se livrer à pareille entreprise de falsification et de déformation.
En résumé, la structure de mensonge et d’inculture théologique crasse qui règne dans les sphères les plus élevées de l’Eglise rend pour nous impossible toute participation à ce système. Adopter le nouveau rite de manière ordinaire, c’est nécessairement mettre le doigt dans un engrenage qui ne peut que nous amener à renier vingt siècles de tradition et d’anthropologie chrétiennes. Seul le cadre de la liturgie traditionnelle permet de continuer aujourd’hui à vivre de la Tradition dans sa plénitude catholique.
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