Un faux dilemme qui ne crée aucune nécessité par Candidus 2026-08-10 10:24:29 |
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Vous mêlez plusieurs questions distinctes et construisez finalement un dilemme artificiel.
Premièrement, les Responsa de décembre 2021 ne subordonnent pas la célébration de chaque mariage selon l’ancien rituel à une formation préalable des futurs époux sur les mérites de la liturgie réformée. Ils n’imposent pas davantage au prêtre de consacrer la préparation matrimoniale à faire l’éloge du nouveau rite. Ils énoncent une orientation pastorale générale consistant à accompagner les fidèles attachés à l’ancienne liturgie vers une meilleure compréhension de la liturgie réformée. Transformer cette orientation générale en programme obligatoire pour chaque couple préparant son mariage, c’est ajouter au texte.
Deuxièmement, le décret pontifical du 11 février 2022 accorde expressément à chaque membre de la FSSP la faculté d’administrer les sacrements selon le Rituel de 1962. Il ajoute seulement que François « suggère » de tenir compte, « dans la mesure du possible », de Traditionis custodes. Cette formule ne subordonne pas la faculté accordée de célébrer les mariages à un panégyrique du NOM durant la préparation.
L’ICRSP considère que la clarification accordée à la FSSP vaut également pour les instituts dont l’usage des livres anciens appartient au charisme fondateur et aux constitutions, interprétation que Rome, à ma connaissance, n’a jamais publiquement condamnée. En pratique, les deux principaux instituts traditionnels canoniquement reconnus continuent donc, en France, à préparer et à marier les fidèles selon le rite traditionnel sans leur imposer la propagande liturgique que vous redoutez.
Vous répondez qu’ils seraient alors désobéissants. Admettons pour les besoins du raisonnement. Est-ce que ça vous choque ? Pourquoi leur éventuelle désobéissance à une directive pastorale rendrait-elle moralement impossible aux fidèles de recevoir leur ministère, dès lors qu’aucun enseignement dangereux ne leur est imposé ? La faute disciplinaire éventuelle du ministre ne se transmet pas automatiquement au fidèle qui reçoit légitimement un sacrement. Autrement, il faudrait vérifier avant toute confession, communion ou mariage que le prêtre observe parfaitement chacune des prescriptions ecclésiastiques.
Votre alternative se détruit donc elle-même : soit la FSSP et l’ICRSP appliquent la directive d’une manière qui ne présente aucun danger concret pour les fiancés, comme semble le montrer leur pratique ; soit ils ne l’appliquent pas, et le danger moral que vous invoquez disparaît également. Dans aucun des deux cas vous ne démontrez que les fidèles de la FSSPX seraient moralement empêchés de recourir à eux.
Il serait surtout paradoxal d’affirmer que, pour éviter de recevoir un sacrement d’un prêtre prétendument désobéissant sur une directive pastorale particulière, il faudrait nécessairement s’adresser à un prêtre appartenant à une société dont la situation canonique générale demeure irrégulière. Si la désobéissance du ministre constitue véritablement un empêchement moral absolu, cet argument se retourne immédiatement contre la FSSPX.
Quant aux mariages célébrés par celle-ci entre 1976 et 2017, ils ne tranchent pas la question. La décision romaine de 2017 n’a ni déclaré rétrospectivement tous ces mariages invalides, ni reconnu qu’ils étaient tous valides au titre d’un état général de nécessité. Chaque cas pouvait présenter une situation différente : délégation éventuellement reçue, impossibilité particulière, juridiction suppléée alléguée, convalidation ou sanatio ultérieure. Le passage postérieur d’un prêtre ou des époux à la FSSP ne pouvait d’ailleurs créer ni supprimer rétroactivement un lien matrimonial.
Enfin, la phrase attribuée à Benoît XVI nous est rapportée par Mgr Fellay sous une forme interrogative : « Il faudrait voir s’il n’existe pas un état de nécessité… » Une invitation privée à examiner une hypothèse n’est ni une décision juridique ni la reconnaissance que chaque mariage en France remplirait automatiquement les conditions du canon 1116.
La question concrète demeure donc sans réponse : quel grave danger pour sa foi court aujourd’hui un fidèle français qui se marie selon le rite traditionnel, après une préparation pleinement traditionnelle, devant un prêtre dûment habilité de la FSSP ou de l’ICRSP ? Ni l’hypothèse d’une désobéissance de ces instituts ni les incertitudes entourant certains mariages anciens ne permettent d’établir cette impossibilité morale.
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