Trois expressions traditionalistes contestables par Signo 2026-07-22 11:35:46 |
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Par ce petit post je voudrais souligner le caractère contre-productif voire la dangerosité de l’emploi par les traditionalistes de certaines notions, soit parce qu’elles contribuent à créer ou à renforcer une mentalité schismatique, soit parce qu’étant trop simplistes et donc aisément réfutables, elles affaiblissent notre argumentation.
1. La « messe de toujours ». Cette expression est impropre, car elle laisse à penser que ceux qui l’utilisent pensent que la messe aurait « toujours » été célébrée depuis le Christ comme elle l’est aujourd’hui dans les chapelles traditionalistes. C’est bien évidemment faux et indéfendable sur le plan historique, ce que nos adversaires ont beau jeu de rappeler dans les différents articles hostiles parus dans la presse ces dernières années. Employer cette fausse expression, c’est vraiment nous faire passer pour des simplets et des incultes ignorant l’histoire de la liturgie et donc donner le bâton pour se faire battre. Les anglo-saxons ont su populariser une expression nettement plus satisfaisante, the Mass of the Ages, que l’on pourrait traduire par la messe des siècles, ce qui est déjà plus juste. L’expression à privilégier serait plutôt la messe traditionnelle, parce qu’elle montre bien que cette liturgie n’est pas le fruit d’une fabrication artificielle par des experts, mais d’un développement organique s’opérant dans le cadre d’une transmission depuis ses origines (IIIe-IVe siècles) jusqu’aujourd’hui, sans rupture majeure.
2. La « Rome éternelle ». Cette expression, qui se trouve dans la déclaration faite par Mgr Lefebvre le 21 novembre 1974 et régulièrement reprise depuis, et qui présente le Saint-Siège comme une sorte d’entité métaphysique intemporelle planant au dessus des contingences historiques, sur un mode très platonicien, est de nature certes à marquer les esprits par sa puissance poético-romantique, mais ne recouvre aucune espèce de réalité. Par définition, le Siège apostolique est une réalité temporaire, historique, certes ayant une autorité d’origine divine, mais liée à une période très précise de l’histoire du Salut comprise entre le martyr de l’apôtre Pierre au premier siècle et la Parousie. La « Rome catholique, gardienne de la foi catholique », n’a pas toujours existé et n’existera pas toujours, elle n’est donc pas « éternelle ».
Ces rappels sont d’autant plus nécessaires que cette notion d’une « Rome éternelle », idéalisée, fantasmée, outre le fait qu’elle procède d’une forme de papolâtrie, conduit à un ecclesio-vacantisme de fait, voire à un sedevacantisme non assumé: en opposant une Rome parfaite abstraite à la Rome concrète imparfaite, voire foncièrement corrompue, (la « Rome moderniste »), on crée un schéma mental qui prépare et justifie le schisme avec l’Eglise catholique réelle. Du reste, Rome a souvent été décevante voire scandaleuse dans sa longue histoire : qu’on songe à la corruption des papes de certaines périodes du Moyen-Age et de la Renaissance, des ambiguïtés doctrinales de certains papes de différentes époques bien avant Vatican II, de l’abandon des Cristeros, des multiples erreurs de gouvernement à travers l’histoire… Rome a toujours été imparfaite, ce qui ne remet pas en cause le caractère tout à fait exceptionnel et gravissime de la crise actuelle bien entendu.
3. Cela m’amène à la troisième expression malheureuse, il s’agit de « l’Eglise conciliaire ». Généralement les traditionalistes justifient l’emploi de cette dangereuse expression par le fait qu’elle fut employée la première fois par le substitut de la secrétairerie d’État du pape Paul VI, Mgr Giovanni Benelli, dans une lettre adressée à Mgr Lefebvre. Mais d’une simple expression maladroite d’un fonctionnaire du Vatican, la FSSPX en a à la fois durci et modifié le sens pour élaborer toute une doctrine postulant l’existence de « deux Églises » opposées, l’Eglise catholique d’un côté, à laquelle seule la FSSPX serait demeurée fidèle, et l’Eglise conciliaire, qui est une fausse Église née de Vatican II et qui serait dirigée par les papes post-conciliaires successifs et l’ensemble des évêques officiellement institués. Cette fausse doctrine, qui n’est pas seulement dangereuse, mais qui est déjà formellement hétérodoxe voire hérétique, et qui mène inévitablement soit à d’insolubles contradictions (quand la FSSPX parle avec Rome, parle t’elle à l’Eglise conciliaire ou bien aux représentants de l’Eglise catholique ?) soit au schisme, -car enfin, on ne peut pas rester membre ni même en communion, même imparfaite, ni même seulement dialoguer avec une Église conciliaire perçue comme foncièrement hérétique voire comme elle-même schismatique avec l’Eglise catholique supposée « de toujours »?- cette doctrine dis-je en plus d’être factuellement inexacte, mène inévitablement à une impasse ecclésiologique totale. Il n’y a donc qu’une Église, l’Eglise catholique, dirigée par les évêques en communion avec Pierre et ses successeurs, et cette même Église traverse aujourd’hui une très profonde crise spirituelle, doctrinale, magistérielle, liturgique, qui, sans être la première, est probablement la plus grave de son existence. Le mouvement traditionnel est un mouvement de fidélité et de résistance qui doit se situer à l’intérieur de cette Église là, qui demeure l’unique Eglise du Christ indépendamment de la faillite de la hiérarchie et de la majorité de ses membres, et non s’ériger en Église opposée.
En résumé, on peut tout à fait justifier des sacres sans mandat, et une attitude de résistance, même prolongée, envers les autorités, mais il me paraît indispensable d’être extrêmement prudent dans le vocabulaire que l’on emploie, et de s’efforcer de corriger les expressions qui ne font, en définitive, que renforcer et confirmer les arguments de nos adversaires.
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