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Critique de la lecture de Cajetan par l'abbé Di Sorco
par Réginald 2026-07-08 09:56:29
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L'argumentation de l'abbé Di Sorco, bien qu'appuyée sur le commentaire de Cajetan à la Somme théologique (II-II, q. 39, a. 1), repose sur une lecture partielle de ce texte. S'il souligne à juste titre la distinction opérée par Cajetan entre la simple désobéissance et le refus de reconnaître le Pape comme supérieur, il laisse de côté deux éléments essentiels de son commentaire qui en modifient sensiblement la portée.

1. L'omission du cœur de la définition : le « tout séparé » (totum seorsum)

L'abbé Di Sorco ne retient pas ce qui constitue le cœur même de la définition du schisme chez Cajetan :

«Quelqu'un est schismatique du fait qu'il refuse d'agir comme une partie de l'Église. Et peu importe d'où provient cette attitude : dès lors qu'on en arrive au point de refuser de se comporter comme une partie de l'unique Église catholique, on tombe dans le schisme. En effet, quelle que soit la diversité des opinions ou des affections qui pousse certains à s'écarter au point de vouloir sanctifier ou être sanctifiés, enseigner ou être enseignés, gouverner ou être gouvernés, non pas comme une partie de l'Église, mais comme s'ils constituaient eux-mêmes un tout séparé, ceux-là sont schismatiques.»

Le schismatique n'est donc pas seulement celui qui rejette l'autorité. Il est celui qui cesse d'agir comme une partie de l'Église (ut pars Ecclesiae) pour exercer les fonctions ecclésiales comme un tout séparé (tanquam quoddam totum seorsum).

Cette définition aurait dû l'amener à poser une question préalable, que personne n’aborde jamais : la Fraternité continue-t-elle à agir comme une partie de l'Église ou fonctionne-t-elle désormais comme un corps ecclésial complet ? On peut lui objecter qu'il apparaît qu'elle exerce de manière largement autonome les trois munera de l'Église :

• Sanctification (« sanctifier ou être sanctifiés) : Nombre de ses auteurs entretiennent un doute sur la validité ou, à tout le moins, sur la sécurité de nombreux sacrements célébrés en dehors de la Fraternité. En pratique, le recours aux sacrements des diocèses — voire, chez certains, de communautés Ecclesia Dei — est déconseillé, voire tenu pour objectivement peccamineux.
• Enseignement (« enseigner ou être enseignés ») : La Fraternité affirme avoir conservé seule l'intégralité de la doctrine catholique, les autres composantes de l'Église étant regardées comme compromises, à des degrés divers, avec le modernisme. Depuis plus de soixante ans, la Fraternité se présente comme l'instance à partir de laquelle le magistère postconciliaire doit être jugé et accepté ou rejeté.
• Gouvernement (« gouvernés ou être gouvernés ») : Elle possède ses propres évêques - qui n'ont aucune mission -, séminaires, supérieurs, tribunaux et structures de gouvernement. Son droit interne combine des éléments des Codes de 1917 et de 1983. Plus encore, elle soustrait ses fidèles à la juridiction des tribunaux ecclésiastiques en leur imposant l’engagement de ne jamais y recourir.


2. La confusion entre reconnaissance intellectuelle et soumission effective

L'article simplifie également la seconde distinction opérée par Cajetan en laissant entendre que la simple reconnaissance du Pape suffit à exclure le schisme. Mais Cajetan est plus précis : « Mais lorsque quelqu'un refuse un précepte ou un jugement du Pape en raison de son office, ne le reconnaissant pas comme son supérieur, bien qu'il le croie tel (quamvis hoc credat), alors il est proprement schismatique. »

L'expression quamvis hoc credat est capitale. Elle montre que, pour Cajetan, la conviction intellectuelle de la légitimité du pape ne suffit pas à exclure le schisme. Encore faut-il que cette reconnaissance se traduise, dans l'ordre de la volonté, par l'acceptation effective de l'office pontifical comme principe de gouvernement de l'Église. Il peut ainsi exister un décalage entre ce que l'on professe croire et la manière dont on se comporte concrètement à l'égard de l'autorité pontificale. La reconnaissance spéculative ne supplée pas à la soumission effective à l'office. Il ne suffit donc pas d'affirmer que le pape est le supérieur légitime ; encore faut-il reconnaître effectivement son autorité dans l'exercice concret de sa charge. Pour Cajetan, le schisme ne suppose donc pas nécessairement la négation de la qualité de pape : il peut résider dans le refus pratique de son office comme principe de l'unité ecclésiale.

     

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 Ni schismatique, ni désobéissant par Jean-Gab  (2026-07-08 07:15:35)
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