Avocat du diable par Signo 2026-02-24 14:55:49 |
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Ceux qui me connaissent savent que je ne partage pas exactement le positionnement ecclésial de la FSSPX.
J’avoue tout de même être assez mal à l’aise avec l’usage un peu facile à mon gout de l’argument d’autorité chez certains contradicteurs de la Fraternité.
Peut-on assimiler aussi facilement n’importe quelle décision de nature disciplinaire prise par les hiérarques actuels à un « jugement de l’Eglise » présenté comme absolu, et donc comme exigeant une obéissance sans discussion et sans réflexion, comme si n’importe quelle décision exprimait nécessairement une vérité proclamée ex cathedra, en faisant abstraction de tout contexte, des défaillances humaines, des erreurs de jugement qui souvent entachent lesdites décisions ? Quand le pape Clément VII fait paraitre le bréviaire de Quinones en 1535, quand Nicolas V fulmine la bulle Romano Pontifex en 1454 légitimant l’esclavage, quand Grégoire IX publie la constitution Excomunicamus de 1231 codifiant la mise à mort des hérétiques, quand le concile du Latran et le pape Innocent III prescrivent l’obligation du port d’un signe distinctif pour les juifs au XIIIe siècle, peut-on dire que sur tous ces sujets « le jugement de l’Eglise » s’étant exprimé, il n’y avait plus qu’à obéir sans réfléchir ?
Certes je suis le premier à dire que la FSSPX a tort en s’opposant de manière systématique et permanente aux actes de gouvernement des autorités légitimes (refus du nouveau code de droit canonique en particulier, etc), et en se constituant de fait en société parallèle. Mais à mon sens, cela ne signifie pas que l’on doive obéir sans discernement à tous les actes posés par l’autorité, surtout dans une époque troublée comme la nôtre. Je pense par exemple que Mgr Lefebvre, Dom Gerard Calvet, le P. Eugene de Villeurbanne et tant d’autres ont eu raison de s’opposer, dans les années 1970, à la politique des autorités visant à la disparition de la liturgie et des formes de vie religieuses traditionnelles. Evidemment, il y a certaines lignes rouges à ne pas franchir et la frontière entre résistance légitime et rébellion schismatique n’est pas facile à définir clairement.
Par ailleurs il faut distinguer deux types d’obéissance :
- L’obéissance chrétienne propre à la vie religieuse, nécessairement individuelle, à des fins de sanctification personnelle : un religieux doit obéir à son supérieur pour renoncer à sa volonté propre, ce qui peut le conduire à obéir même à des ordres apparemment absurdes (mais jamais à un ordre consistant à commettre un péché) ;
- L’obéissance ecclésiale, consistant à se soumettre ordinairement aux autorités légitimes, mais en gardant toujours une capacité de discernement face à des situations concrètes. Dans certains cas, nécessairement rares et exceptionnels, il est possible, au nom d’un bien ecclésial supérieur gravement menacé (ce fut clairement le cas par exemple au moment de la réforme liturgique ou de l’aggiornamento des ordres religieux après le concile), de désobéir temporairement à l’autorité. Il s’agit alors d’une désobéissance provisoire, de nature prudentielle, qui doit cesser dès que l’autorité admet la légitimité du bien dont la défense a justifié la désobéissance initiale.
Ainsi, même si je partage la prise de position récente du cardinal Sarah sur les sacres de la FSSPX, son exemple concernant le Padre Pio ne me parait pas pertinent : l’obéissance d’un religieux qui obéit à un ordre absurde ne concerne que lui-même ; en revanche l’obéissance d’un responsable en charge d’âmes peut avoir des conséquences parfois désastreuses pour des milliers voire des centaines de milliers de fidèles ; l’enjeu n’est donc absolument pas le même.
En dehors de celle due au Christ et à sa Parole, il n’y a donc pas « d’obéissance absolue » dans l’Eglise. Contrairement à une certaine conception absolutiste et pervertie de l’obéissance perinde ac cadaver léguée par la Contre-Réforme, l’autorité dans l’Eglise n’est pas une sorte de potestas à tendance totalitaire à laquelle il faudrait se soumettre aveuglement : elle est une autorité relative à la Parole de Dieu et au salut des âmes, elle appelle donc une obéissance dans la foi, librement consentie, et donc s’accompagnant toujours de réflexion et de discernement, en prenant en compte les principes pérennes aussi bien que les situations concrètes.
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