Mon analyse par Signo 2026-01-13 19:06:59 |
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1. Rien, mais absolument rien ne laisse à penser que Roche écrit au nom du pape ou sur sa demande. En réalité tout laisse à penser qu’il agit en tant que membre du collège cardinalice, en son nom propre et de sa propre initiative, dans le cadre du consistoire et des débats en cours sur le sujet. Ceux qui voient l’action de Léon XIV derrière ce texte sont dans un pur fantasme. Il est possible en revanche que le pape ait accepté cette diffusion sur demande du cardinal Roche, pour contrebalancer la proposition du P. de Blignières et permettre un débat.
2. Je passe sur les aberrations habituelles du néo-bugninisme (notamment le mythe d’une unité qui passerait nécessairement par une uniformité liturgique, ce qui est une ineptie démentie par toute l’histoire chrétienne et par l’ecclésiologie la plus élémentaire). Ce que je note, c’est que le texte contient plus une défense de Traditionis Custodes et de la réforme qu’une attaque directe contre la liturgie traditionnelle. La nuance est importante. L’ancien rite n’est cité que pour dire qu’il ne faut pas en faire « la promotion ». Son existence, ou plutôt sa subsistance, sauf élément m’ayant échappé (j’ai lu le texte en anglais) n’est pas directement remise en cause. L’absence de référence à Summorum Pontificum montre clairement un anti-ratzingérisme foncier: ce qui est visé surtout, c’est la volonté de remise en cause globale de la réforme à travers une « réforme de la réforme » qui prendrait l’ancien rite comme modèle de référence, pour toute l’Eglise (latine). Autrement dit, c’est précisément ce que les excités de « Paix liturgique » demandent.
3. Par conséquent, ce que le néo-bugninisme refuse clairement, c’est « la réforme de la réforme » et la remise en cause des évolutions liturgiques officialisées dans le missel de 1969. C’est en fait cette mentalité de « reconquista », sous sa forme dure (réclamer le retour pur et simple de toute l’Eglise latine au missel de S. Pie V), ou sous sa forme douce (« réforme de la réforme » ratzingérienne).
Cinquante-cinq ans après la réforme, je pense que c’est cette volonté là qu’il nous faut abandonner. Nous devons renoncer à l’utopie consistant à prétendre ramener les autres à la liturgie traditionnelle à court ou moyen terme. Lorsque Paix liturgique écrit, sans rire, que « c'est le rétablissement de l'usus antiquior dans toutes les paroisses de l'Eglise latine qui est notre objectif en réponse à l'énorme demande (sic) des fidèles que nous avons pu constater dans tous les pays, dans tous les diocèses et mêmes dans toutes les paroisses y compris là ou ces demandes n'ont même pas été écoutées», on se demande sur quelle planète, dans quel univers parallèle vivent ces gens. Luc Perrin avait donné des proportions qui montraient bien la réalité de la prétendue « demande massive » dans les diocèses. Là réalité est que cette « reconquista », dure ou douce, n’arrivera jamais, et ça, il va quand même falloir une fois pour toutes que ça rentre dans la tête de certains… c’est évidemment douloureux à admettre mais la réforme liturgique, aussi dévastatrice pour l’Eglise soit-elle, est irréversible. La priorité désormais est que la liturgie latine traditionnelle survive et demeure à titre de témoin, pour qu’elle puisse continuer à nourrir la foi de centaines de milliers de fidèles dans les siècles à venir, et peut-être, qu’un jour… mais pour cela, elle a besoin d’un statut canonique stable et protecteur pour les fidèles qui y sont attachés.
4. Pour moi, les données de l’équation sont donc claires. Summorum Pontificum + Traditionis Custodes = ordinariat. C’est la seule solution qui permette de manière réaliste de concilier les deux approches, d’en faire, d’une certaine manière, la synthèse. De notre point de vue, c’est la seule manière de permettre à la liturgie traditionnelle d’exister dans l’Eglise autrement que sous le mode d’une marginalité concédée à titre provisoire, perpétuellement en sursis. Du point de vue Rochien, en faisant de l’ancien rite le rite d’une Eglise particulière, cela permet d’éviter toute remise en cause de la réforme liturgique à court ou moyen terme pour le reste de l’Eglise latine, tout en ayant pacifié la question.
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