Ce n’est pas parce qu’une réalité ou pratique ecclésiale a disparu qu’elle l’a été pour de bonnes raisons, ni qu’il faille forcément s’abstenir de la rétablir. Sans quoi on s’interdit par avance de répondre à certains enjeux nouveaux en puisant dans le riche, vaste et divers patrimoine de la tradition de l’Eglise. Il faut traiter ces questions au cas par cas.
Et puis en deux mille ans de christianisme, beaucoup de choses ont disparu et ont été rétablis, ou méritent de l’être.
Par exemple le rite de consécration des vierges, inaugurant une forme de vie religieuse féminine diocésaine courante dans l’Antiquité chrétienne et disparue par la suite… avant d’être rétablie par Dom Guéranger au XIXe siècle dans le cadre monastique, puis rétablie pleinement dans son cadre diocésain après Vatican II. Voilà une forme de vie qui méritait d’être redécouverte.
A noter ce passage intéressant :
La consécration des vierges remonte aux temps antiques du IVe siècle. D’abord pour toute religieuse dans le monde, la cérémonie fut ensuite réservée aux soeurs cloîtrées, mais finit par être abandonnée au XII° siècle, au temps de sainte Gertrude, sauf chez les cisterciennes et les chartreuses. Dom Guéranger devait restaurer cette consécration au XIXe siècle […]. Les religieuses étant assimilées à des diacres, la consécration se place au cœur de la messe entre le graduel et l’alléluia.
De même que le baptême des adultes par immersion ainsi que la communion sous les deux espèces mériteraient également d’être remis à l’honneur, y compris dans le cadre de la liturgie traditionnelle.
Concernant la question du diaconat, le véritable problème est que la nature de ce ministère souffre d’un certain flou. Au fond, à quoi sert un diacre? Dans les Actes des apôtres (Ac 6), le diaconat semble avoir été institué « pour le service des tables », et soulager le travail des apôtres. En dehors de la fonction strictement liturgique, à quoi cela peut-il correspondre aujourd’hui ? Il y a sans doute des choses à réinventer.
Toutefois je suis favorable aux ministères permanents, qui permettent d’inscrire la vie communautaire dans la stabilité et même une forme de professionnalisme : diacres permanents, mais aussi pourquoi pas sous-diacres permanents, acolytes permanents, lecteurs permanents, etc. Chanter une épître à la messe (pour le sous-diacre), chanter une lecture (à l’office, ou bien lors d’une messe de Carême ou de Quatre-Temps), supposent une vraie compétence, donc une vraie formation sanctionnée par la réception par l’évêque d’un ordre mineur (ou ministère) avec cérémonie publique. Et je ne vois pas pourquoi on ne conférerait pas ces ministères à des fidèles, même mariés, engagés de manière stable dans une vie paroissiale. Il en va de même du nouveau ministère de catéchiste, dont la création récente est une excellente chose.
Ceci dit il est effectivement probable qu’un ministère institué de diaconesse sans fonction liturgique à l’autel ne satisferait sans doute pas les progressistes.
En tout cas, La Vie vient de publier un
article montrant bien que l’on s’oriente tout de même nettement vers un avis négatif. On est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise mais je doute que Léon XIV, qui est dans une logique d’unité et d’apaisement, franchisse le rubicon sur ce sujet, courant ainsi le risque de divisions voire de schisme (car ce serait l’essence d’un sacrement qui serait attaqué). Mais le néo-catholicisme s’étant enfermé dans de telles contradictions, surtout depuis Francois, que le sujet risque de revenir encore et encore sur la table, et pour les progressistes ce n’est que partie remise…