bonne réponse à la question de Rémi qui est un peu biaisée par Luc Perrin 2025-09-23 12:28:18 |
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On connaît la formule du P. Wiltgen sur le Rhin qui se jette dans le Tibre.
Je montrais en cours, ce n'est pas difficile, que le Mouvement missionnaire s'est en quelque sorte jeté dans le Mouvement liturgique après la seconde guerre mondiale et particulièrement dans les années 1950 qui précèdent Vatican II, qu'il a amené ses eaux boueuses complètement à compter des années 1965-1980.
Certes dès le grand père du Mouvement liturgique, dom Guéranger et l'école de Solesmes, il y a un souci "pastoral" d'amener le peuple à une connaissance plus savante, plus consciente de la liturgie romaine.
Le Mouvement a toujours gardé cet objectif avec dom Lambert Beauduin et alii.
Mais Rémi formule la chose à la manière du Mouvement missionnaire et c'est bien là la trahison suprême. La messe serait un "outil" pastoral, une méthode, un truc pour "ramener la classe ouvrière" en Occident, attirer les païens en Afrique, Asie, Océanie et Amérique latine.
Or c'est un retournement total de perspective qui rabaisse la liturgie que le Mouvement liturgique au contraire voulait exalter, faire briller.
Je donnais la métaphore du musée : le Mouvement liturgique cherchait à amener plus de gens au musée, pour admirer et comprendre ce qui est exposé, en peaufinant les notices, affinant le discours des guides, améliorant la scénographie pour la présentation des oeuvres, en y amenant les jeunes d'âge scolaire.
Le Mouvement missionnaire lui veut faire entrer les peuples au musée mais remplace les oeuvres inestimables par des créations contemporaines à changer périodiquement : Beaubourg à la place du Louvre et du Quai Branly-Jacques Chirac ; cf. le désir de changer les versions vernaculaires, les messes "mode" ainsi la toute dernière liée aux thèses climatofolles, le changement fréquent du répertoire de chants, la multiplication des prières eucharistiques ... Dans son interwiew de juillet dernier, le Saint-Père évoque cette course à la fois naturelle et justifiée à "l'inculturation" mais qui est aussi une course folle quand elle n'est pas étroitement maîtrisée.
Relire la Préface remarquable de Mgr Lefebvre à Des prêtres noirs s'interrogent, avant Vatican II, où l'archevêque de Dakar pose très bien les limites entre le souhaitable et l'inacceptable dans lequel le scandale Pachamama et d'autres ont versé.
En outre le second considère que l'essentiel n'est PAS la liturgie, affaire trop "boutiquière", mais l'Action Catholique surtout spécialisée, les prêtres-ouvriers etc. Rappelons que le ministère paroissial est alors fortement déprécié par rapport aux P.-O. et aux diverses aumôneries.
A Vatican II, pour la préparation sous la houlette de Bugnini d'abord puis avec des tensions en 1962-1963 et résistances quand le clivage au sein du Mouvement liturgique s'accentue - entre les bugninistes acquis au Mouvement missionnaire (ex. le CPL français) et ceux qui restent fidèles au Mouvement liturgique initial (Bouyer, Antonelli même Martimort dans une certaine mesure plus rétif que Bugnini) -, on aboutit à une dualité qui se retrouve dans Sacrosanctum concilium.
Le texte reste marqué par Pie XII et les orientations premières du Mouvement liturgique, cf. la liturgie "source et sommet" et pas tournevis-démonte-pneu... Mais en même temps, certaines touches viennent du Mouvement missionnaire qui ouvrent parfois la porte, entr'ouvrent, à une instrumentalisation où la "pastorale" liturgique domine tout.
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