Contrairement à ce que vous écrivez, l'affirmation selon laquelle les enfants (avant l'âge de raison) morts sans baptême ne jouissent pas de la vision béatifique n'est pas de foi. Cette affirmation relève de la catégorie de "doctrine commune". Ce qui est de foi, c'est le fait que la peine du péché originel est la privation de la vision de Dieu. La doctrine commune a appliqué cette vérité de foi au cas des petits enfants.
Et il n'est donc pas de foi que les enfants morts sans baptême ne puissent pas recevoir une grâce particulière qui les laverait du péché originel. Et comme ce n'est pas de foi, ... alors ... tout est possible.
Nuance fondamentale. C'est tout l'enjeu de la réflexion théologique.
Non,
tout n'est pas possible.
Certes, Dieu
peut sauver une âme sans le secours des sacrements, selon Sa volonté, personne n'en doute et personne ne le conteste.
Mais cela est une réflexion complètement inutile et vaine, puisque nous ne pouvons rien savoir de ces cas éventuels, d'abord s'ils existent, ensuite pourquoi ils existent, et comment ils existent, sauf révélation particulière pour un cas individuel ou un autre. Or, il n'en est rien.
S'il est de foi que la peine du péché originel est la privation de la vision de Dieu, il est automatiquement également de foi que ceux qui décèdent avec la seule peine du péché originel, sont de ce seul fait privés de la vision de Dieu.
Qu'il puisse y avoir une exception par la volonté de Dieu dans un cas particulier inconnu des hommes, n'entre pas en jeu, ne peut pas entrer en jeu, de notre "réflexion théologique", qui doit, pour commencer, s'en tenir à la Révélation.
Non licet leges seu decreta divina supponere nisi expresse constet, cum e contrario habeatur lex generalissima et universalissima quae omnem excludit exceptionem (d'après Suárez).
Il est donc abusif et faux, et, je maintiens avec Domingo de Soto et d'autres, à l'encontre du dogme ("manifesta haeresis est"), de vouloir tirer d'une possibilité exceptionnelle mais non avérée et non démontrable une possibilité générale qui vaudrait ou qu'on ferait valoir pour une catégorie entière d'âmes. Dieu ne va pas massivement à l'encontre de l'économie du salut instituée par Lui. C'est absurde.
Rappelons :
Nemo habet ius ad gratiam.
Ce qui est "doctrine commune" dans cette question n'est donc pas le fait de leur privation de la vision béatifique (c'est le dogme et découle de celui-ci), mais le fait que ces âmes se situent aux limbes.