Sédévacantisme et validité sacramentelle ? par John DALY 2022-04-27 19:25:31 |
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Cher Meneau,
Permettez-moi, à ma manière, de vous adresser une réponse directe et détaillée.
Il me semble plus que jamais pertinent de distinguer la proposition "Prétendant X n'est pas vraiment pape" d'avec toute autre proposition qui se trouve généralement associée à celle-là.
D'abord c'est un fait que la proposition "Prétendant X n'est pas vraiment pape" n'a pas le même sens que la proposition "Les rites A, B et C promulgués par prétendant X ou ses prédécesseurs et successeurs ne produisent pas validement ex opere operato l'effet propre des sacrements en question". Cela suffit pour justifier la distinction réelle.
Toutefois, m’objectera-t-on, la proposition « un triangle est une figure plane ayant trois côtés » n’a pas le même sens que celle qui affirme qu’un triangle est une figure plane ayant trois angles et pourtant les deux vont toujours ensemble puisque à celui que saisit le sens d’une de ces propositions la vérité de l’autre est immédiatement évidente. Or, la proposition "Prétendant X n'est pas vraiment pape" ne rend pas immédiatement évidente la proposition que les rites de X sont invalides ni vice versa.
Dans l’ordre concret il y a eu des sédévacantistes, bien qu’en petit nombre, qui ne contestaient pas la validité du nouveau rite d’ordination. Je me souviens d’un certain padre Martinez dans les années 80 sédévacantiste mais ordonné dans le nouveau rite. De nos temps il existe le phénomène du Bergogliovacantiste qui peut encore assister à, voire célébrer, le NOM et pourtant dès lors que le terme sédévacantiste est correctement défini il s’applique à lui aussi exactement qu’à l’abbé Cekada ou bien à Savonarole.
Pour ce qui est des sédéplénistes qui contestent ou doutent de la validité des rites nouveaux, leur existence est chose notoire. Une lettre privée d’un des évêques de la FSSPX admettant un doute sur la validité du nouveau rite du sacre épiscopal il y quelques années a été rendue publique sans son autorisation – mais l’authenticité de la lettre est hors de doute. Qu’il ait changé son opinion depuis – et je n’en sais rien – laisse le fait qu’il a cru ce qu’il croyait sans être sédévacantiste.
Remarquons d’ailleurs que Mgr Lefebvre reconfirmait habituellement les confirmés du nouveau rite. Que son doute ait porté sur le rite de confirmation, le rite du sacre ou le rite de consécration du saint chrême me semble une question secondaire.
N’avons-nous pas déjà parlé ici des prêtres ordonnés sub conditione par Mgr Lefebvre ?
Pour parler du Novus Ordo Missae il me semble que dans le monde anglophone, grâce aux écrits du théologien Patrick Henry Omlor, le motif principal du refus du NOM était le doute de sa validité. Son gendre qui est de mes meilleurs amis témoigne avoir vu des centaines de lettres de la part de prêtres écrites pour remercier l’auteur de les avoir empêchés de succomber au NOM par des arguments qui portaient presque exclusivement sur la validité. De ce nombre j’ai connu moi-même les abbés Brey, Shelmerdine, Baker et sans doute d’autres qui ont pu parfaitement douter de la validité de tel ou tel nouveau rite sans douter à l’époque de la légitimité de l’occupant du Saint-Siège.
Maintenant, tout cela est-ce logiquement et théologiquement cohérent ? Ne peut-on pas objecter au sédépléniste qui doute de la validité d’un nouveau rite sacramentel qu’un vrai pape ne saurait promulguer pour l’Église universelle un rite invalide ? Certes. Argumentez-le. Je suis avec vous. Mais ce n’est pas pour cela que je m’arrêterai de distinguer les deux questions. En effet le débat humain sur presque toute question consiste, dans l’ordre concret, à montrer que proposition A, déjà admise par l’interlocuteur, entraîne par nécessité logique, proposition B qu’il n’admet pas encore. Ainsi, la preuve de l’interdépendance de A et B une fois montrée, il faut soit admettre B avec A soit rejeter A avec B. Mais cela ne se fait pas tout seul : il faut présenter les arguments et accepter qu’entre-temps les gens peuvent parfaitement avoir des motifs suffisants pour croire A sans avoir saisi que B fait partie du même ensemble. L’homme n’est pas un ange. Il ne voit pas les conclusions dans les prémisses.
Et comme Lycobates vous le dit, une argumentation tout aussi solide dira qu’un vrai pape ne peut pas promulguer de rites invalides, ne peut pas promulguer de rites nocifs, ne peut pas promulguer les actes d’un concile œcuménique – fût-il à caractère pastoral – en opposition avec la doctrine de l’Église, et ne peut pas d’ensemble avec ses prédécesseurs/successeurs mettre en place un enseignement ordinaire pendant une soixantaine d’années incompatible avec la doctrine antérieure de l’Église.
En attendant que les gens s’en convainquent il reste utile de distinguer entre la proposition strictement sédévacantiste : « Nous n’avons pas de pape » et toute autre proposition concernant la validité des nouveaux sacrements, les causes de la non-papauté des récentes prétendants, etc. « Tu penses A donc tu devrais penser B » est souvent justifié et souvent avance le débat alors que « Tu penses A donc tu penses déjà B » l’est très rarement et souvent détruit le débat.
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