Liturgie : un combat perdu d’avance ? par XA 2022-02-24 15:44:02 |
|
Imprimer |
Pour L'Homme Nouveau, Odon de Cacqueray a interrogé Denis Crouan, ancien Président de Pro Liturgie.
Extraits.
ENTRETIEN AVEC Denis Crouan
« Pro Liturgia » existait depuis 1988. Vous avez annoncé le 25 janvier dernier la ferme- ture du site. Est-ce la reconnaissance d’un échec ?
Je parlerais plutôt de fatigue. J’ai passé trente-quatre ans au service de l’association, des obligations familiales ne me permettent plus d’être aussi disponible que je le voudrais. Je suis aussi lassé des nombreux courriers de mécontents : pour les plus traditionalistes, je suis un affreux progressiste et pour les soi-disant adeptes de la messe selon le Missel de Paul VI, je suis un affreux traditionaliste
(...)
Comment comprendre que des abus se soient mis en place dès le début, avant même que de mauvaises habitudes puissent être adoptées ?
Le Concile a été mal reçu, mal appliqué, les erreurs d’origine sont devenues des habitudes. Les évêques ont laissé faire. Certains qui ont participé au Concile étaient déjà des « crypto-progressistes » qui n’attendaient qu’une chose : mettre un coup de pied dans les vieilles habitudes. D’autres ont simplement transmis de mauvaises informations. Après le Concile, ce qui se pratiquait et s’enseignait dans les séminaires diocésains était catastrophique. Un prêtre, qui était à l’époque professeur de théologie à la faculté de Strasbourg, écrivait : « Le missel romain ne doit être suivi que lorsque le prêtre manque d’imagination pour faire autre chose. » Il a formé des prêtres devenus, pour certains, vicaires épiscopaux et évêques. Récemment, à l’occasion de l’installation d’un nouveau curé, j’entendais le commentaire suivant : « Il est sympathique. » Qu’importe qu’il soit hérétique pourvu qu’il soit gentil.
La cause des dérives ne réside-t-elle pas dans des textes liturgiques trop permissifs ?
Les textes ne me semblent pas trop permissifs, ils commencent bien par dire « on doit » avant d’ajouter « on peut ». Quand vous êtes éloigné de tout, sans chorale, sans chantre, chanter une messe en grégorien devient compliqué. Dans ces conditions il est possible de s’en passer. Jean-Paul II l’avait rappelé : dans des cas extrêmes, les prêtres ne sont pas tenus de respecter la liturgie. Dans des conditions normales, il faut respecter les rubriques. (...)
Comment expliquez-vous que les abus liturgiques dans les célébrations selon le Missel de saint Pie V n’aient pas la même portée que dans le Missel de Paul VI ?
Dans le Missel dit « de saint Pie V », les rubriques sont tellement cadrées qu’il est très difficile de s’en éloigner. Pour autant il ne faut pas l’idéaliser, dans des lettres du XVIIIe siècle, des prêtres canadiens racontent célébrer à leur guise et ne veulent pas que Rome soit au courant. Le préambule du Missel de Paul VI rappelle que la liturgie n’appartient pas au clergé et le prêtre ne peut donc ni ajouter ni retrancher quoi que ce soit. Combien de prêtres ont-ils lu ce préambule ?
Si la liturgie est plus souvent respectée lors de l’utilisation du Missel de saint Pie V, pourquoi ne vous tournez-vous pas vers ces messes ?
La loi fondamentale reste pour moi qu’un paroissien assiste à la messe de sa paroisse. Quand on me le demande, il m’arrive d’accompagner à l’orgue une messe de saint Pie V. Cependant, dans une telle liturgie, je ne me sens pas dans une situation normale mais plutôt... « extra-ordinaire ». De plus, quand je suis aux claviers, certaines imperfections de la grand-messe de saint Pie V – je parle bien de la grand-messe – m’apparaissent clairement. Comme par exemple la superposition des prières chantées par la schola et dites par le célébrant ; curiosité due à l’histoire du missel tridentin et qui a d’ailleurs été abandonnée dans nombre d’abbayes pourtant sensibilisées à la tradition tridentine. (...)
HN n°1754 du 26 février 2022, pp. 10 et 11
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|