Permettez-moi cher père de vous remercier pour ces mots de sagesse et aussi pour votre ministère qui est si important pour le salut des âmes.
Je pense qu'il n'est certainement pas facile d'être un confesseur dans les circonstances actuelles. On parle souvent de la vulnérabilité du pénitent, mais oublie celle du confesseur. En effet, que peut-il bien faire pour sa défense alors qu'il est tenu au secret sacramentel?
Les paroles de François - plus particulièrement le terme de ''bourreau'' - sont questionnables dans la mesure où elles peuvent semer la confusion, et ce au moins en ce qui concerne trois parties essentielles du sacrement de pénitence. Je développe donc ici en sachant que si je dis quelque chose d'incorrect vous aurez bien la bonté de me le signaler.
1- L'acte de confesser ses péchés
Faut-il considérer comme un ''bourreau'' le prêtre qui demande des explications concernant le nombre ou les circonstances du péché confessé? La réponse est non du point de vue de la doctrine de l'Église.
Lorsque François dit: ''Au cœur de la confession, il y a non pas les péchés que nous disons mais l’amour divin que nous recevons'', cela peut certes être interprété dans un sens orthodoxe (car ce que nous célébrons dans la confession ce ne sont pas nos péchés mais le pardon). Mais cela peut aussi être interprété dans un sens erroné, à savoir qu'il ne serait pas nécessaire dans la confession de déclarer l’espèce, le nombre ainsi que les circonstances aggravantes.
Le Code de droit canonique rappelle cette obligation:
Can. 988 - § 1. Le fidèle est tenu par l'obligation de confesser, selon leur espèce et leur nombre, tous les péchés graves commis après le baptême
Le Catéchisme de l'Église catholique, citant le Concile de Trente, affirme également:
''Les pénitents doivent, dans la confession, énumérer tous les péchés mortels dont ils ont conscience après s’être examinés sérieusement, même si ces péchés sont très secrets et s’ils ont été commis seulement contre les deux derniers préceptes du Décalogue (n. 1456)
Le Concile de Trente ajoute également ceci:
''Il suit, en outre, que l'on doit aussi expliquer dans la confession les circonstances qui changent l'espèce du péché, (...) Il est également impie de dire que la confession prescrite de cette manière est impossible, ou de l'appeler la torture des consciences.''
2- La contritionFaut-il considérer comme un ''bourreau'' le prêtre qui pose des questions afin de s'assurer des bonnes dispositions du pénitent? La réponse est non du point de vue de la doctrine de la l'Église.
En effet, une partie importante du sacrement de pénitence consiste dans la contrition des péchés. Il est donc normal que le prêtre pose quelques questions et qu'il donne (ou diffère) l'absolution en fonction de la contrition exprimée par le pénitent. Évidemment, il y a une différence entre ''poser des questions'' et ''tomber dans l'indiscrétion''.
Le Code de droit canonique rappelle ceci:
Can. 979 - Que le prêtre procède avec prudence et discrétion quand il pose des questions, en tenant compte de la condition et de l'âge du pénitent, et qu'il s'abstienne de s'enquérir du nom du complice.
Can. 980 - S'il n'y a pas de doute pour le confesseur sur les dispositions du pénitent, et que celui-ci demande l'absolution, cette dernière ne sera ni refusée, ni différée.
3- L'absolutionUn prêtre qui refuse l'absolution - parce que le pénitent ne veut pas ''se mettre en règle'' - serait-il un ''bourreau''? La réponse est non du point de vue de la doctrine de l'Église.
Il y a une chose que l'on peut logiquement et raisonnablement penser: la plupart des absolutions refusées concernent les gens vivant dans une situation matrimoniale irrégulière.
J'ai personnellement vu, à quelques reprises, des connaissances (toutes des femmes) sortir du confessionnal en pleurant et se plaignant que l'absolution leur avait été refusée à cause de leur situation matrimoniale. Évidemment, pour certaines personnes, c'est un choc de se faire dire (même si c'est d'une manière charitable) que l'absolution ne peut pas leur être donnée. Mais cette mesure prévue dans la doctrine et la pratique de l'Église vise à amener ces personnes à changer de vie, car la confession n'est pas un acte magique qui s'accomplit en dehors des dispositions du pénitent appelé à la conversion, ce qui signifie au moins avoir l'intention d'éviter les occasions de péché. Parmi ces personnes, j'en ai vu qui ont depuis régularisées leur situation. On ne saurait donc pas accuser le prêtre qui refuse l'absolution à ces personnes d'être un bourreau.
Or, c'est justement ce que je crains avec ces paroles de François. Le terme ''bourreau'' est vague, mais il est mis en opposition avec ''prêtres miséricordieux''. Je suis 100% d'accord avec le fait que le prêtre doit être miséricordieux. Je suis même d'accord que la miséricorde de Dieu est encore plus grande que sa justice. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de justice et qu'il n'y a plus de conversion. Certains partisans de l'accès aux sacrements pour les divorcés-remariés ont déjà affirmé que de demander à ces derniers de vivre en frères et soeurs serait leur mettre un fardeau insupportable sur les épaules. Cela est une erreur, car nous sommes tous appelés à la conversion.
Le Code de droit canonique rappelle donc judicieusement les deux dimensions du confesseur:
Can. 978 - § 1. Que le prêtre se souvienne, en entendant les confessions, que son rôle est à la fois celui d'un juge et celui d'un médecin
Bref, je pense qu'il faut faire attention avec des qualificatifs comme ''bourreau'' car le confesseur a une très grande responsabilité et doit s'assurer non seulement de la validité du sacrement mais aussi de conduire les âmes au salut et de préserver l'honneur de Dieu.
Qu'il y ait de mauvaises expériences de confession, c'est bien malheureux. Mais, il y a beaucoup plus d'expériences heureuses de confessions, et sur ce point les fidèles ont aussi une grave responsabilité: partager la joie d'avoir été pardonné et mettre en évidence qu'il y a bien plus de bons prêtres que le monde pense.
Je profite donc de l'occasion pour remercier tous les prêtres sur ce Forum, de même que tous les prêtres qui m'ont entendu en confession. Je ne pense pas que je pourrais vivre sans ce sacrement merveilleux. Je salut aussi l'initiative de François voulant revaloriser ce sacrement; je déplore cependant l'utilisation du terme ''bourreau'' qui m'apparaît être dangereux. J'espère me tromper et que cela puisse contribuer à l'augmentation des expériences positives de confession qui sont déjà beaucoup plus nombreuses que les mauvaises.
Bien à vous.