Les pécheurs sont membres du Christ et de l’Église par Gereo 2020-10-05 00:20:27 |
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mais pas au même titre que les justes. Ils peuvent appartenir à l’Église en laquelle sont les justes, mais ils seraient incapables à eux seuls de constituer l’Église. La notion de membre du Christ et de l’Église s’applique donc aux justes et aux pécheurs d’une manière non pas égale, univoque, mais inégale, transposée.
Les pécheurs sont membres de l’Église en raison, nous l’avons dit, de deux éléments 1° en raison des valeurs spirituelles qui subsistent encore en eux : caractères sacramentels, foi et espérance théologales, reconnaissance de la hiérarchie, etc.; 2° en raison de la charité qui réside d’une manière directe, immédiate, salutaire, dans les seuls justes, mais qui continue de les atteindre par son influence, d’une manière seulement indirecte, extensive, non salutaire. C’est aux impulsions de la charité collective de l’Église qu’ils obéissent quand ils portent leurs enfants au baptême et les encouragent à la communion fréquente, quand ils acceptent les nouvelles définitions que l’Esprit saint suggère à l’Église, quand ils participent par leurs aumônes à son expansion missionnaire, etc. Ils sont portés par la charité collective de l’Église, entraînés dans son sillage et sa courbe de vie même après avoir perdu personnellement la charité. Ils restent associés à la destinée des justes à la manière dont un membre paralysé participe encore aux déplacements et aux démarches de la personne humaine.
Un chrétien peut donc pécher mortellement, détruire en lui la charité, et continuer d’appartenir à l’Église, d’une appartenance visible non salutaire, aussi longtemps du moins qu’il n’est point tombé dans le schisme, c’est-à-dire qu’il ne s’est point révolté contre la charité cultuelle, sacramentelle, orientée, en tant même que, présente directement dans les justes et indirectement dans les pécheurs, elle fait l’unité de communion de toute l’Église.
La charité cultuelle, sacramentelle, orientée, est ordonnée, chez les justes comme chez les pécheurs, à l’inhabitation plénière de l’Esprit saint. Chez les justes, en qui elle se trouve directement et par elle-même, la charité est ordonnée à l’inhabitation de l’Esprit qui demande à être sans cesse entretenue et intensifiée. Chez les pécheurs, en qui elle se trouve indirectement et par son influence, la charité est ordonnée à l’inhabitation de l’Esprit qui demande à être recouvrée et de nouveau possédée.
L’Église continue de vivre jusque dans ses enfants qui ne sont plus dans la grâce. Elle lutte en eux contre le mal qui les détruit; elle s’efforce de les retenir dans son sein, de les ressaisir constamment dans le rythme de son amour. Elle les garde comme un trésor dont on ne se défait que contraint. Ce n’est pas qu’elle désire se charger d’un poids mort. Mais elle espère qu’à force de patience, de mansuétude, de pardon, le pécheur qui ne se sera point complètement détaché d’elle se convertira quelque jour pour vivre avec plénitude; que la branche endormie, grâce au peu de sève qui restait en elle, ne sera point coupée ni jetée au feu éternel, qu’elle aura le temps de refleurir.
LE TRAITÉ DE L’ÉGLISE CARDINAL CHARLES JOURNET 1957
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