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Ce n'est pas le Concile de Trente... par Signo 2019-09-18 12:48:43 Imprimer Imprimer

... en lui-même qui est moderne, c'est la réforme tridentine, c'est à dire la manière dont l'Eglise a réagit (tout en s'adaptant) à la modernité dont le protestantisme n'est que l'expression religieuse la plus parfaite. Le Concile de Trente, tout comme le Concile Vatican II, a été une tentative de prolonger dans un contexte moderne la doctrine chrétienne traditionnelle tout en faisant des concessions à l'esprit du temps.

La réforme tridentine a pris acte de la mort de l'esprit de la Tradition dans l'Eglise et a mis en place un système coercitif afin de maintenir une partie des formes traditionnelles, mais sans le fond, car ce fond était déjà mort.

Jusqu'au XIIIe siècle, la chrétienté est dominée par les grandes idées suivantes:

- Dieu est la réalité suprême, et donc la contemplation prime sur l'action. Il est le Créateur de toutes choses (ce que nous chantons au début du Credo), donc la Création, le cosmos, est compris comme l'univers visible qui symbolise l'univers invisible. C'est pour cela que tous les Pères de l'Eglise et avec eux les premiers chrétiens voyaient le lever du soleil comme le symbole du retour du Christ ressuscité dans la gloire à la fin des temps. D'où l'orientation de la liturgie et donc des églises qui est systématique jusqu'à la fin du Moyen-Age. La foi est conçue comme une adhésion à une vérité objective et non comme un sentiment.

- La foi se transmet dans la liturgie sous sa forme communautaire, solennelle et chantée. La liturgie communique les mystères aux fidèles d'une manière intuitive, par le biais du hiératisme symbolisme sacré.

- L'expression architecturale de cette mentalité est l'art roman et le son expression chorale est le chant romano-franc ou grégorien.

Le XIIIe siècle est le sommet de ce modèle et en même temps le début de la décadence. Du XIIIe au XIVe siècle, ce modèle entre en crise. C'est le temps du proto-rationalisme dans les universités et du nominalisme philosophique qui débouchent au XVe-XVIe siècles sur l'humanisme (la foi en un Dieu objectif et transcendant s'affaiblit et la pensée se centre de plus en plus sur l'homme; parallèlement, l'art, religieux notamment, se paganise, comme en témoignent les fresques de la chapelle Sixtine. On est plus dans la prière fondée sur l'objectivité du symbole et du hiératisme sacré, mais dans le sentimentalisme et la glorification de la chair).
On perd de vue la dimension cosmique de la liturgie et donc l'orientation des églises cesse d'être systématique à l'époque de S. Pie V.
La dimension communautaire de la liturgie disparaît et celle-ci ne devient de plus en plus que l'affaire des clercs; le peuple ne s'unit plus aux mystères et donc se développe en compensation une foule de dévotions privées encouragées par les ordres mendiants dès les XIIIe et XIVe siècles.
Le paganisme humaniste (qui avait déjà provoqué en réaction l'iconoclasme protestant) continue d'envahir l'art religieux, en apportant avec lui le sentimentalisme (c'est le triomphe de l'art baroque, dont je ne nie pas les splendeurs ni la richesse théologique, mais qui est une des premières manifestations de la décadence du culte).
La liturgie des Heures, jadis communautaire et chantée, devient de plus en plus l'apanage des clercs seuls, et en plus sous une forme individualiste et cérébrale, typique de la devotio moderna: le bréviaire.
La messe subit la même transformation. Alors que toute la théologie traditionnelle affirmait que la forme normative est la messe pontificale (pour des raisons théologiques et ecclésiologiques évidentes: ibi episcopus, ibi ecclesia), c'est la messe basse qui devient le modèle. C'est à dire une forme individualiste, cérébrale, non chantée, de célébration, exactement des caractéristiques typiquement modernes.
Parallèlement, la réforme de St-Pie V reprend certes l'essentiel de la messe de St-Grégoire. Mais, d'une part elle l'élague, la raccourci, la "simplifie" (déjà! la modernité n'aime pas les longues liturgies complexes), et donc l'appauvrit pour l'adapter (déjà!) à la nouvelle mentalité. D'autre part, elle l'a codifie jusque dans les moindres détails puisque l'esprit de la Tradition étant perdu, il faut la maintenir au forceps. En effet, toute vraie Tradition est une tradition orale: les gestes et "l'éthos" liturgiques se transmettent par l'immersion depuis l'enfance dans la liturgie, par l'exemple des Anciens, par la tradition orale. Quand cette tradition meurt, on est obligée de la mettre par écrit pour la prolonger artificiellement. D'où l'inflation des rubriques. D'où aussi le corset juridique mis en place pour contrer les erreurs doctrinales (Index, Inquisition romaine, etc).
En outre, du fait de la crise de la liturgie, on en vient à définir les critères minimum de "validité de la Messe" qui ne sont que des critères purement juridiques qui d'une part font oublier que la Messe est une réalité mystique et non juridique, et d'autre part qu'une célébration se contentant du "minimum vital" nécessaire pour assurer la validité n'est en aucun cas satisfaisante puisqu'on oublie la nécessité de déployer tout le symbolisme sacré (dont on avait perdu le sens) qui permet d'exprimer le mystère.
Par ailleurs, on invente le catéchisme (ou plus exactement, on en reprend l'idée aux protestants) qui inaugure une approche très scolaire et purement cérébrale de la transmission des vérités de la foi, qui désormais remplace l'ancien symbolisme sacré qui permettait une "initiation" de toute la personne dans le mystère, et ce de manière intuitive et non cérébrale. La foi devient donc quelque chose de moins en moins nourrissant, et de plus en plus rébarbatifs, se réduisant ainsi progressivement à des formules toutes faites à apprendre par cœur.
Ce n'est pas un hasard si le fer de lance de la réforme tridentine a été l'ordre des jésuites, ordre moderne par excellence (déjà à l'époque!), ordre qui n'aime pas les longues et solennelles liturgies chantées (qui étaient la marque des ordres traditionnels, bénédictins notamment, et qui étaient en totale décadence aux XVe -XVIe siècles), et qui leur préfèrent une spiritualité fondée sur la devotio moderna, sentimentale, sèche, cérébrale, très centrée sur l'introspection. Alors que pour les grands ordres traditionnels, la contemplation a le primat absolu, la spiritualité jésuite inverse le rapport traditionnel et donne désormais la priorité à l'action au détriment de la contemplatio des Anciens.

Cette mentalité tridentine va régner dans l'Eglise durant tous les siècles qui suivront. C'est encore cette mentalité qui va présider à la totale refonte du Bréviaire sous S. Pie X, prélude et répétition générale aux réformes liturgiques plus globales de 1955 puis de 1969.

C'est ainsi que toutes les grandes caractéristiques de la mentalité moderne (individualisme, spiritualité sèche, cérébrale, rationaliste, perte de la compréhension du symbolisme sacré, minimalisme liturgique, oubli de la dimension cosmique de la liturgie, sentimentalisme) ont triomphé dans l'Eglise dès la réforme tridentine et non pas à partir de Vatican II, dont l'époque n'a fait que porter les erreurs nées avant et à l'époque de Trente à leur paroxysme.

Le mouvement liturgique n'a été que la prise de conscience par l'Eglise de la destruction en cours de la liturgie et une tentative -maladroite- de corriger ces erreurs et de la restaurer. C'est pour cela que l'on ne peut pas condamner le mouvement liturgique dans son ensemble. Le problème est que ce mouvement a dans les années 1950-1960 été confisqué et détourné de son but initial par tout une nuée de pseudo-liturgistes ultra-pastoralistes qui ont provoqué l'effondrement final de la liturgie dans les années 1960-1970.

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