Excellente analyse dans l'ensemble, avec toutefois de grosses réserves sur certains points.
Je ne discute pas l’argument de la cause finale, simple bon sens mathématique : cela permettrait « de mailler le territoire où de très nombreuses églises n’ouvrent leurs portes que pour les enterrements ». Il est même à noter comme exceptionnel qu’un évêque résidentiel s’alarme (je crois que c’est une première) de la désertification sacerdotale de nos campagnes. Bravo, oui bravo. Je constate que cette désolation n'est évoquée enfin qu’à la rescousse de l’ordination d’hommes mariés…
L'abbé Laguérie dans ce passage vise juste: l'argumentation de Mgr Wintzer est débile et montre que soit il est coupé des réalités, soit il est de mauvaise foi. Dans les villages où l'église n'ouvre plus que pour les enterrements, il n'y a de toute façon quasiment plus de fidèles, hormis peut-être quelques personnes âgées. On oublie que le prêtre est le pasteur d'un troupeau, et non le concierge d'une église... sans fidèles! Dans la majorité des villages des campagnes déchristianisées, il sera tout simplement impossible de trouver des candidats au sacerdoce, même mariés.
On oublie trop souvent que certes il y a pénurie de prêtres, mais il y a d'abord et avant tout pénurie de chrétiens convaincus. On aura beau remettre un prêtre par paroisse, le problème de la sécularisation ne serait pas réglé pour autant car il célébrerait la plupart du temps devant des bancs vides. On sait de toute façon avec l'exemple des "Eglises" protestantes que la permission d'être marié pour les clercs ne règle pas le problème de la pénurie de pasteurs.
La formation de ces hommes (il faut six années d’études et presque le double souvent pour former les prêtres actuels, célibataires) ne fait pas problème à Mgr Wintzer. « Un enseignement spécifique pour ces nouveaux représentants de l’Eglise ne relève pas de l’utopie ». Puisqu‘on vous dit que c’est possible c’est que ça l’est, circulez. Je me permets de faire simplement observer à S. Excellence que ces gens-là sont mariés ; par conséquent ils ont une femme qui, même sobre et modeste, peut prendre quelque temps et un peu de sous. Que s’ils respectent « Humanae vitae » il se peut aussi qu’ils aient une progéniture garnie qui, elle aussi, demande soins, temps et argent. Que par conséquent Ils ont une situation et un métier convenable. Les cours du soir pendant six ans pourraient mettre à mal un équilibre familial assez précaire sans cette nouvelle perspective.
C'est l'un des principales objections à l'acceptation d'un clergé marié. Ce passage démontre que le "mariage des prêtres" n'est en réalité qu'un slogan-marotte des cathos progressistes mais que ceux qui le brandissent n'ont jamais réfléchi sérieusement aux modalités concrètes de sa mise en oeuvre. On est dans l'idéologie pure.
Nous pensons très exactement le contraire depuis 2000 ans : c’est quand le prêtre respecte son caractère ô combien sacré et la redoutable responsabilité qui pèse sur ses épaules qu’il vit bien, se respecte lui-même et respecte ses ouailles, évidemment. En désacralisant le prêtre (et de quel droit ?) vous augmenteriez encore la bacchanale scandaleuse et la risée spectaculaire dont vous donnez l’exemple depuis le concile. Il faudrait enfin que vous ouvriez les yeux sur les causes véritables de cette anarchie morale et la puanteur nauséabonde qui déferlent. Vous avez profané le prêtre, en avez fait un accompagnateur social ou un agitateur socio-politique, vous lui avez enlevé le sacré à tous les étages (formation, séminaire, bréviaire, prières, messe, ordinations, doctrines, philosophie, théologie, patristique, magistère, langue sacrée, etc.) et vous vous étonnez qu’à présent il vive comme tout le monde. Si le prêtre est « comme tout le monde » pourquoi ne devrait-il pas vivre « comme tout le monde », c’est-à-dire fort mal.
Effectivement, on touche là à mon avis au coeur du problème.
Il me semble qu'il y a aujourd'hui deux Eglises:
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une Eglise confessionnelle, qui n'est plus catholique que de nom: elle est composée d'Universités et d'écoles catholiques dans lesquels on n'enseigne plus la foi catholique, et ouverte à toute la mentalité sécularisée et matérialiste ambiante, de paroisses dans lesquels on prêche et célèbre autre chose que la foi catholique (un humanitarisme gentillet, ou bien une pseudo idéologie tiers-mondiste), un clergé mondain, acquis au conformisme occidental ambiant, composé de
clercs-fonctionnaires qui "occupent des postes" (souvent salariés) hérités de l'ancienne place centrale de l'Eglise dans la société, mais qui ne vivent plus la spiritualité sacerdotale traditionnelle marquée par l'ascèse, une vie de prière (bréviaire), la célébration quotidienne de la Messe, la simplicité de vie, etc. Ces clercs-fonctionnaires n'ont aucun attachement particulier à la foi catholique dont la radicalité leur apparaît comme quelque chose de pesant, qu'il faut affadir par tous les moyens (liturgiques, doctrinaux, pastoraux). Le célibat n'est pour eux, au mieux qu'une contrainte inutile, au pire qu'un moyen de camoufler une double vie. A ces clercs, aujourd'hui majoritaires, correspondent une majorité de fidèles tièdes, qui ont abandonné toute vie de prière, qui ne fréquentent les églises qu'irrégulièrement, qui communient sans se poser la question de savoir s'ils sont en état de le faire, qui se moquent de la doctrine conjugale de l'Eglise et dont la mentalité est davantage influencée par les simplismes et les inepties débitées quotidiennement sur TF1 ou BFM TV que par la doctrine catholique et l'Evangile.
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Et puis il y a l'Eglise confessante, qui est attachée à la radicalité du christianisme traditionnel, avec des écoles qui prodiguent un enseignement de la foi nourrissant et vraiment chrétien, des familles dans lesquelles il y a une vraie vie de prière, des fidèles fervents qui pratiquent assidûment les sacrements, un clergé qui vit la spiritualité sacerdotale traditionnelle dans sa radicalité, qui célèbre une liturgie qui exprime vraiment la foi catholique, qui prodigue un enseignement solide, etc.
Les membres de ces deux types d'Eglises sont pêcheurs; mais la première Eglise (représentée au sommet par les Kasper, Farrel, Pontier), très majoritaire, est sur une pente glissante qui la mène inéluctablement à un affadissement toujours plus prononcé de la foi et à sa propre dislocation, tandis que la deuxième Eglise, ultra-minoritaire (représentée par le cardinal Sarah ou Mgr Schneider) est la seule qui ait véritablement un avenir, dans la fidélité à ce que l'Eglise a toujours été.
Ah, j’allais oublier un argument décisif ! Les orientaux, parfois même uniates, font comme cela et acceptent des prêtres mariés… Pourquoi pas nous ? Merci bien. Je n’hésite pas à dire que l’Eglise d’orient a été bien moins fidèle à l’Evangile que nous au cours de l’ histoire, que c’est là la cause de ses misères, que si elle n’avait pas ordonné d’hommes mariés elle se porterait beaucoup mieux et qu’elle aurait bien mieux résisté comme nous à tous les envahisseurs, qu’ils soient musulmans ou communistes. Alors vouloir nous aligner sur cette église moribonde : non merci.
Là par contre, l'abbé Laguérie dérape. D'abord, parce que ce passage est insultant pour nos frères des Eglises chrétiennes orientales, qui pourtant n'ont pas démérité, c'est le moins que l'on puisse dire, au cours des deux derniers millénaires, pour préserver la foi de toute corruption.
En quoi les Eglises d'Orient sont-elles moins fidèles à l'Evangile que l'Eglise d'Occident? Ce serait plutôt l'inverse: ces Eglises sont bien moins influencées par la mentalité ultra-libérale et sécularisée que l'Eglise latine. Rappelons en outre que le célibat existe aussi en Orient puisque les évêques sont tous célibataires, et que par ailleurs beaucoup de moines-prêtres assurent un ministère paroissial en de nombreux endroits. Quand à dire que les Eglises d'Orient sont "moribondes", c'est une vaste blague, et l'abbé n'a pas dû réellement s'intéresser à la question; s'il l'avait fait, il aurait su que dans les Eglises orientales présentes dans les pays anciennement communistes (qu'elles soient
grecs-catholiques ou orthodoxes), les nouvelles Eglises poussent comme des champignons, la foi est encore
vive et populaire, les séminaires et les monastères sont pleins. S'il y a une Eglise qui est moribonde aujourd'hui, c'est bien l'Eglise latine d'Occident.