Je précise enfin que les paroles du "Deutschland über alles" ne signifiaient pas, à l'origine en tout cas, que les Allemands considéraient ou devaient considérer que leur pays était mieux que les autres ou devait diriger les autres pays, mais que les Allemands devaient avant tout aimer l'Allemagne unifiée, c'est-à-dire aimer l'Allemagne avant leur région, principauté, duché ou royaume d'origine : Bavière, Saxe, Prusse etc ... Il s'agissait donc plutôt, à l'origine, d'un hymne à l'unité allemande ou de l'Allemagne.
Je conçois que le "Deutschland über alles" donne des frissons (et la petite pique du cher Turlure est bien reçue !) mais ce que vous écrivez est très juste. Même s'il faut voir aussi l'origine de cet hymne dans le contexte des caprices bonapartistes et post-bonapartistes de s'approprier des parties de la Rhénanie. (Quelle idée !)
Les paroles de ce poème en trois strophes (dont la troisième est chantée aujourd'hui exclusivement, en tout cas officiellement depuis 1952), intitulé
Das Lied der Deutschen (Le Chant des Allemands), sont dues au poète romantique August Heinrich Hoffmann von Fallersleben et datent de 1841.
En plein essor romantique donc.
La mélodie est celle de la
Kaiserhymne de Joseph Haydn de 1797, qui avait un autre texte :
Gott erhalte Franz, den Kaiser : Dieu préserve François, l'Empereur. Il s'agit de François II (du Saint-Empire) et I (de l'Empire d'Autriche depuis 1804, notez-bien
Kaistertum Österreich, pas
Kaiserreich pour faire la différence). Ce texte sur la mélodie de Haydn existait au XIXe s. dans les différentes langues de l'Empire et connut plusieurs variantes lors des successions au trône (notamment le nom de l'Empereur devait être changé). Par ailleurs à côté de cela, les divers
Kronländer (pays de la Couronne) qui constituent l'Empire avaient (ont) leur propre hymne, le cas échéant dans leur propre langue. Nous ne sommes pas en France !
Ce n'est qu'en 1922 que le président de la "république de Weimar", Friedrich Ebert, notons-bien un social-démocrate (et soit dit en passant un honnête homme), décida que cet hymne avec les trois strophes de Fallersleben serait celui de sa république. Pendant le régime nazi, on n'en chantait que la première strophe, suivie du fameux Horst Wessel-Lied. Aujourd'hui seulement la troisième, suivie de rien.
(J'aurais proposé, mais je n'ai rien à dire bien entendu, depuis la venue au pouvoir d'Angela Merkel, de changer pour la deuxième strophe.

Non, rien !)
Bref.
Tous ces sursauts romantico-républico-maçonnico-révolutionnaires ne me passionnent pas outre mesure.
Avant 1918 il n'y avait pas vraiment d'hymne national unifié.
Il y avait, depuis 1871, la
Kaiserhymne sur les notes du
God save the King, on en a parlé ici à quelques reprises, mais c'était plutôt officieux. Chaque entité souveraine gardait jalousement ses prérogatives, aussi musicales, comme chez les voisins en Autriche-Hongrie, et c'est très bien comme-ça.