Le petit (tout petit) bout de la lorgnette par Yves Daoudal 2017-11-25 16:09:03 |
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Pour descendre l’immense dom Guéranger, vous ne trouvez que deux toutes petites polémiques, qui font exactement deux phrases dans les Institutions liturgiques.
1. Le jugement de l’abbé de Solesmes concernant le frontispice du missel de Chartres. Je ne connais pas ce chef-d’œuvre de Nicolas Cochin, mais je connais le frontispice qu’il fit pour l’Encyclopédie, et ça me suffit pour savoir qui était l’artiste et qui était l’évêque qui engageait un tel personnage pour illustrer un missel… Quoi qu’il en soit polémiquer là-dessus n’a aucun intérêt.
2. Sieyès et le bréviaire de Chartres. Ce bréviaire a été publié en 1783. Sieyès était arrivé de Tréguier à Chartres en même temps que son protecteur Mgr Lubersac en 1780. Il est plus que vraisemblable que celui qui était le bras droit de l’évêque fût impliqué en 1782 dans la fabrication du bréviaire. Er c’est Mgr Fayet qui se trompe quand il affirme qu’avant même 1783 Sieyès avait abandonné la carrière ecclésiastique, puisqu’en 1787 il était Grand Vicaire de Chartres. Et ce débat aussi sur Sieyès à Chartres est du plus mince intérêt.
Ce qui, en revanche, est d’un intérêt primordial, est de savoir si oui ou non il y avait une hérésie antiliturgique, que vous appelez « prétendue hérésie antiliturgique ». Eh bien oui, il y avait hérésie antiliturgique. Et ce qui est le plus passionnant, hélas, dans le livre de dom Guéranger, est de voir comment c’est cette hérésie même qui a triomphé après Vatican II.
Or voici ce qu’écrit dom Guéranger sur le missel et le bréviaire de Chartres, et quoi qu’il en soit du frontispice et de Sieyès c’est cela qui importe :
En 1782, on imprimait pour l'usage de l'église de Chartres un missel, et en 1783 un bréviaire, et quelques années après, le processionnal du diocèse et celui de la cathédrale. Ces livres, dont le fond était emprunté du nouveau parisien, paraissaient par l'autorité de l’évêque Jean-Baptiste-Joseph de Lubersac. A partir de cette réforme liturgique, le Bréviaire de l'église des Yves et des Fulbert dissimula comme par honte les saintes et patriotiques traditions sur la Vierge des Druides, et l'on cessa de chanter, sous les voûtes mêmes de Notre-Dame de Chartres, ces doux et gracieux répons dont Fulbert composait les paroles, et dont Robert le Pieux créait la mélodie. Quelques années plus tard, l'auguste cathédrale vit s'accomplir, sous son ombre sacrée, le plus hideux de tous les sacrilèges, quand l'image de la Vierge encore debout sur l'autel profané, transformée en déesse de la Liberté ou de la Raison, parut la tête couverte du bonnet ignoble dont l'abbé Sieyès et ses pareils avaient fait pour la France un symbole de terreur. C'est par degrés sans doute et non tout à coup que de semblables excès deviennent possibles chez un peuple.
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