Tout simplement par Peregrinus 2017-11-24 21:30:26 |
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A vrai dire, personne, ni les vénérables prélats que je cite, ni moi, ne reproche à Dom Guéranger d'aimer la liturgie romaine, ni d'en faire un beau commentaire (même si Mgr Fayet ne semble pas l'apprécier beaucoup ; mais après tout, c'est son droit), et encore moins d'avoir restauré l'ordre de saint Benoît en France.
Ce que l'on peut reprocher en revanche à Dom Guéranger, c'est les moyens qu'il a pris dans sa polémique (très mennaisienne dans sa forme) contre l'épiscopat et les liturgies alors en usage en France. C'était une chose d'argumenter calmement contre la canonicité, l'opportunité ou la pertinence des livres liturgiques promulgués par les évêques français depuis le XVIIe siècle. C'en était une autre de mettre en cause leur orthodoxie comme il l'a fait, ou d'inventer des reproches difficilement recevables.
L'accusation faite aux livres parisiens d'avoir voulu diminuer la dévotion à la Sainte Vierge en est le meilleur exemple, et Mgr d'Astros le montre bien. Dans les années 1780, les chanoines de Toulouse jugeaient le bréviaire parisien, récemment adopté par l'Eglise de Toulouse, plus marial que le romain : on peut le lire dans leur registre capitulaire aux archives de la Haute-Garonne.
Je reviens au cas de la liturgie de Chartres. Dom Guéranger ne s'est pas contenté de juger peu canonique la publication des livres liturgiques inspirés de Paris en 1781-1782 par Mgr de Lubersac. Il a laissé entendre qu'ils avaient été fabriqués par l'horrible Sieyès, chanoine et chancelier de Notre-Dame de Chartres et avaient ainsi préfiguré la profanation révolutionnaire de cette cathédrale. Il a accusé Mgr Lubersac d'avoir approuvé l'impression d'une image impure au frontispice du missel de Chartres, image en réalité sans intérêt, mais sans rien de scandaleux (elle est reproduite dans le tome II de l'ouvrage du chanoine Sevrin sur Mgr Clausel de Montals) ; tout cela sur de vagues imputations, ce qui ne l'a pas empêché d'être péremptoire.
Le problème dans l'affaire est que tout est faux. Sieyès n'a eu aucune part dans l'élaboration des nouveaux livres chartrains, et pour cause, il n'a été installé dans le canonicat de Notre-Dame de Chartres qu'une semaine avant leur entrée en vigueur. Il n'y a d'ailleurs aucune forme de corrélation observable entre l'attitude du clergé et des fidèles pendant la Révolution et la liturgie en vigueur. La prétendue hérésie antiliturgique n'y est donc pour rien.
On pourrait en dire autant de la statue de la Vierge coiffée du bonnet rouge. Il semble que dans l'affaire chartraine le bénédictin s'est fondé presque exclusivement sur ce que lui avait dit le cardinal Pie du temps où celui-ci était vicaire de la cathédrale, puis grand vicaire de Chartres (mais du moins le futur évêque de Poitiers ne prétendait-il pas faire de l'histoire).
Voilà donc ce qui me gêne chez Dom Guéranger, et qui me gêne d'autant plus que beaucoup sont persuadés que ces diverses inventions sont vraies.
J'apprécie beaucoup, en revanche, certains de ses commentaires des beautés de la liturgie romaine.
Quant à la forme des chasubles, lorsque Mgr d'Astros dit qu'elle est partout la même, il entend, c'est le sens obvie de son écrit, qu'elle est à l'époque où il écrit partout la même dans les grands pays de la chrétienté latine, que les diocèses y soient ou non de rite romain.
Peregrinus
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