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l'Inquisition
par jejomau 2017-03-06 18:36:04
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La légende noire de l’Inquisition s’est surtout faite à partir du siècle des Lumières. L’Encyclopédie la définit ainsi : « un tribunal fanatique, éternel obstacle au progrès de l’esprit, de la culture et des arts, à l’introduction du bonheur. » et Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique : « L’Inquisition est, comme on sait, une invention admirable et tout à fait chrétienne pour rendre le Pape et les moines plus puissants et pour rendre tout un royaume hypocrite ». Michelet a confirmé cette légende noire qui fit de l’Inquisition une pourvoyeuse de bûcher.




III Le déroulement de la procédure

1) L’Inquisiteur

Il était choisi avec précaution. Comme il était un religieux, il était sous la surveillance d’un supérieur et celle du pape (et avoir minimum 40 ans). Il y a une réglementation précise. Les membres des tribunaux se devaient la correction fraternelle. Si un ne tenait pas compte des observations, les autres faisaient appel au pape.

Des écarts eurent lieu : Philippe le Bel s’en est plaint par des lettres à l’évêque et à l’inquisiteur de Toulouse. Les papes Benoît XI et Jean XXII reçurent des plaintes. Il y eut des inquisiteurs trop sévères, comme Robert le Bougre, ancien cathare converti, nommé inquisiteur général de France sauf en Languedoc, et qui fit périr plus de 200 hérétiques en Champagne en 1239. Il y eut des inquisiteurs corrompus, comme Ménet de Robécourt. La papauté punissait les abus : Robert le Bougre fut destitué, puis condamné à la prison perpétuelle, et Ménet de Robécourt fut révoqué de ses fonctions et du rembourser les dommages qu’il avait faits subir à ses victimes. Mais ce fut très rare : Cauzons, sévère pour l’Inquisition écrit dans son « Histoire de l’Inquisition » (t. II, p 86) : « Les faits de corruption que nous connaissons étant fort rares, tout nous fait supposer une honnêteté générale, jointe à une discipline rigoureuse, parmi le personnel inquisitorial. »

Les Inquisiteurs furent en général des hommes intègres.

On le voit dans le manuel de Bernard Gui (qui est montré comme un modèle de bourreau fanatique, notamment dans le film « Au Nom de la Rose ») :

« Parmi les difficultés et les incidents contraires, il doit rester calme, ne jamais céder à la colère et à l’indignation. Il doit être intrépide, braver le danger jusqu’à la mort ; mais, tout en ne reculant pas devant le péril, ne point le précipiter par une audace irréfléchie. Il doit être insensible aux prières et aux avances de ceux qui essaient de le gagner ; cependant, il ne doit pas endurcir son cœur au point de refuser des délais ou des adoucissements de peines, suivant les circonstances et les lieux… Dans les questions douteuses, il doit être circonspect, ne pas donner facilement créance à ce qui paraît probable et souvent n’est pas vrai ; car ce qui paraît improbable finit souvent par être la vérité. Il doit écouter, discuter et examiner avec tout son zèle, afin d’arriver patiemment à la lumière. Que l’amour de la vérité et la pitié, qui doivent toujours résider dans le cœur d ‘un juge, brillent dans ses regards afin que ses décisions ne puissent jamais paraître dictées par la convoitise et la cruauté ».

2) La recherche des coupables et des preuves

L’inquisiteur vient avec le personnel de son tribunal dans une région, en accord avec les autorités locales. On fait des cérémonies et des prédications pour inviter les pécheurs à se repentir. Puis il promulgue deux édits : l’édit de grâce qui donne 15-30 jours aux hérétiques pour se dénoncer et obtenir le pardon et l’édit de foi qui ordonne de dénoncer les hérétiques sous peine d’excommunication.

Pour être reconnu coupable, il fallait avoir accompli un acte extérieur de profession ou de soutien de l’hérésie.

En droit pénal, on fait habituellement une procédure accusatoire, sur plainte de la victime ou de sa famille, pour qu’il y ait réparation. Mais cela ne suffit pas devant une hérésie, spirituelle, qui peut servir de prétexte à toutes les calomnies et les règlements de comptes!

Dans ce cas, on ne donnait pas le nom des dénonciateurs pour éviter les vengeances personnelles, selon une règle fixée par Boniface VIII. Les cathares n’étaient déjà pas tendres envers ceux qui pouvaient les dénoncer… : « Les [Clergues] ont éliminé par la terreur tel personnage […] catholique qui pouvait leur nuire en les dénonçant. Pierre Clergue faisait couper la langue d’une ex-camarade. Les de Junac, eux, étranglent de leurs blanches mains, ou peu s’en faut, le père de Bernard Marty, suspect de trahison possible à leur égard. » Mais le juge devait donner le nom des dénonciateurs et des témoins à ses assistants qui le contrôlaient et pouvaient le dénoncer aux chefs religieux de l’Inquisiteur, à l’évêque ou même au Pape. Les faux-témoins étaient punis de la peine de l’accusé.




les procès-verbaux du Midi de la France ne mentionnent que très rarement la torture, le manuel de l’Inquisition de Bernard Gui n’en parle que très peu et celui de Nicolas Eymeric estime que celle-ci est trompeuse et inefficace : si l’inquisiteur se résout à l’appliquer, c’est parce qu’il est persuadé que l’accusé lui cache la vérité. Il ne peut torturer que « modérément et sans effusion de sang », on ne doit pas « chercher de nouveaux supplices et en inventer de plus raffinés ».

Même l’historien américain Léa, très hostile à l’inquisition, déclare que « dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture sont rares ».




4) Les avocats

Dans un manuel de l’Inquisition (du dominicain Bernard Gui de 1307 à 1323) il est dit qu’il n’y avait pas d’avocat, car sinon l’avocat serait passé pour un défenseur de l’hérésie ! Mais Nicolas Eymeric (né en 1320) inquisiteur pendant 40 ans écrit dans son manuel de l’inquisition : « qu’on ne doit pas enlever aux accusés les défenses de droit pas leur accorder un avocat ». Et on trouve de nombreux exemples de procès avec des avocats : Raymond Amiel de l’abbaye de Saint Polycarpe (diocèse d’Alet), Arnaud Assalhit a eut deux avocats. (On a retrouver des honoraires qu’il leur avait versés). De toute façon, l’accusé est défendu par les membres du jury, les boni viri.

5) Les boni viri :

Pour protéger l’accusé, Innocent IV ordonna dans une bulle du 11 juillet 1254 que des boni viri, des prud’hommes assistent à tout l’interrogatoire et donnent leur avis avant qu’on prononce la sentence, « parce que, pour une accusation si grave, il fallait procéder avec les plus grandes précautions ». Le procès était donc quasiment public. Les boni viri étaient de vrais jurés fonctionnant à peu près comme ceux de nos jours, avec en plus le droit de se prononcer sur les question de droit et sur l’application de la peine. Le jury peut être composé de deux, et jusqu’à cinquante personnes. Les familles peuvent approcher les jurés et leur faire des recommandations. C’est plutôt l’inquisiteur qui est en position d’infériorité. Le procès ne peut pas être arbitraire. L’institution du jury date de là !




V Conclusion

Nous avons inventé et pratiqué les guerres totales et les génocides, et nous nous flattons de rejeter une institution d’Eglise qui a fait maximum 5000 morts, sur plusieurs siècles


Extraits de DeoGratias







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                  l'Inquisition par jejomau  (2017-03-06 18:36:04)
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                      La conclusion du site deogratias n'est pas acceptable par Manu95  (2017-03-07 09:47:59)
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                          ne jamais juger un fait historique dans le contexte contemporain par jejomau  (2017-03-07 11:27:24)
                          L'autre bonne conclusion par PEB  (2017-03-07 22:04:40)
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