"Mouvement vers la lumière" à la vitesse de la lumière... par le torrentiel 2016-05-03 19:38:33 |
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Cher Peb,
Je commencerai par reprendre votre idée de l'impossibilité d'une sainteté statique en disant que le contraire du mouvement, c'est de rester figé sur son effigie, d'être aimanté vers son image en ne pouvant aimer personne, idolâtrie qui revient, en partie par passéisme, comme la femme de Lot à être transformé en statue de sel ou comme Orphée (je suis convaincu que les deux mythes sont contiguës), à revenir seul des enfers... de sa mémoire ou de son imagination, ou de son imagerie narcissique.
Aimer est toujours un effet d'entraînement, une vectorisation qui nous fait aller d'un point à un autre, c'est-à-dire que la sainteté est le contraire de l'identité, de l'effigie, du narcissisme.
Accéder à la sainteté, c'est renoncer à son identité, c'est se laisser déposséder pour accepter, non une nouvelle possession, mais une identification au bien-Aimé à Qui l'on a fini par s'abandonner (et la fiancée du cantique en a mis du temps!).
Car rien n'est moins naturel que de renoncer à son identité. Rien n'est plus difficile que la dépossession, la désappropriation ou la désidentification.
La sainteté, c'est un peu le vol par Dieu de notre identité ou l'abandon que nous lui en faisons pour qu'Il nous en constitue une autre qui soit identifiée à Lui.
Bref, la sainteté, c'est le contraire de l'effigie, c'est le pèlerinage, c'est le mouvement, dans cette folie de mouvement que fut la marche évangélique: il suffit de se rendre en terre sainte pour s'apercevoir des kilomètres parcourus par les apôtres à la demande de Jésus qui, s'Il aimait Se retirer à l'écart pour prier, n'était pas avare de Ses mouvements.
Ce constat dressé, on peut tirer de votre message une critique qui va plus loin que le magistère de françois. Peut-on vraiment parler abstraitement de la famille sans être condamné à se répéter ou à tomber dans l'abstraction? Car la famille pour celui qui la fonde comme aujourd'hui pour l'Eglise, c'est un marqueur identitaire, une espèce d'église domestique qui vit portes closes et non à ciel ouvert comme devrait ne pas vivre le chrétien qui n'a pas une pierre où reposer sa tête, et comme devraient être les églises s'il y avait des chrétiens pour les garder, elles et le Prisonnier de leur tabernacle.
Donc c'est l'exercice de parler de la famille en général qui est compliqué pour lancer un appel à la conversion et faire un pas vers la sainteté dynamique que vous appelez de vos voeux. Mais il y a autre chose.
Idéalement, c'est vrai, les pasteurs devraient insister au moins autant sur la nécessité de répondre "aussitôt" à l'appel du christ que sur la nécessité du discernement. Car toute conversion est un mouvement vers la Lumière qui se fait à la vitesse de la Lumière. Les conversions les plus spectaculaires, je n'ose pas dire les plus abouties, sont celles qui n'ont pas pris le temps de réfléchir. Aussitôt qu'on s'assied, on est foutu. On a de grands biens et on ne va pas se faire harakiri en les vendant. On risquerait de dépérir...
Toute conversion procède d'un déclic. Mais peut-on provoquer un déclic? Un pape ou qui vous voulez peut vous enfoncer dans le crâne:
"Mais tu vas avoir le déclic, oui?"
si vous ne l'avez pas, vous ne l'avez pas. Si Son heure n'est pas encore venue, c'est en vain que vous réveillerez l'Amour avant qu'Il le veuille. Vous agirez même imprudemment en vous montrant insistant et contreviendrez à la recommandation de Saint Jean de la croix, si je ne m'abuse, qui ne voulait pas qu'on fît ainsi.
Le danger d'une encyclique ou d'une exhortation, c'est donc non seulement de ne pousser personne à se convertir, mais de ne prêcher que des convaincus que c'est aux autres à se convertir...
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