La pensée et la matière par baudelairec2000 2016-02-16 00:07:50 |
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Permettez-moi de vous dire que vous partez dans tous les sens : on croirait lire l’introduction classique d’un élève de Terminale. En tout cas, je prendrais le contre-pied de Bergson...
Reprenons :
Le cerveau ne secrète pas la pensée comme le foie la bile.
Il y a une différence entre la pensée et l’idée: penser est un acte de connaissance, l'idée est le résultat d'un acte de connaissance.
Pensée et matière s’excluent.
L’homme est un animal raisonnable, autrement dit, il a un corps et une âme raisonnable, celle-ci, comme son nom l’indique, anime la matière ; elle en est la forme : c’est cela l’hylémorphisme. Cela implique que certaines opérations de l’homme relève plus spécifiquement de la matière sensible que de la raison ; c’est d’ailleurs à partir des opérations que l’on remonte à l’âme.
Aristote, comme saint Thomas, distingue dans l’âme humaine trois stades ou trois niveaux :
- l’âme végétative : c’est par elle que les opérations fondamentales du vivant sont possibles (naissance, nutrition, croissance, reproduction ou génération). C’est ce qui caractérise les végétaux dont on dit qu’ils sont vivants (le maître-mot de cette histoire, c’est tout simplement la vie ; là où il y a de la vie, il y a une âme à l’œuvre), qu’ils ont une âme, principe d’animation (l’étymologie !), mais une âme qui ne subsiste pas, qui meurt en même temps que la matière ou le corps suite à leur désorganisation (cf. la notion d’organisme vivant).
- L’âme sensible : principe de vie qui permet des opérations comme la locomotion, la sensation (externe et interne) ou l’affectivité (l’appétit, les passions). Chacune de ces opérations est l’acte d’un organe, elle est l’activité d’une partie du corps ; ainsi la vision est-elle l’acte d’un organe matériel, l’œil et du réseau qui le parachève, l’audition l’activité d’un organe appelé l’oreille, avec tous les éléments qui concourent à cette activité. Il en est de même pour les sens internes : le sens commun est le terminal de la sensation externe, mais aussi la conscience sensible, l’imagination conserve et reproduit toutes les informations reçues du monde extérieur par les sens externes ; il y a un endroit spécifique du cerveau où toutes ces informations sont stockées ; de même pour la mémoire. Une précision : toutes ces données sont particulières, individuelles, elles renvoient toujours à une information concrète, c’est-à-dire attachées à un objet qui existe dans la réalité : la couleur rouge est en tant que telle celle d’une voiture, d’un fruit, du sang, d’un rouge à lèvre… autant d’objets qui ont été à un moment ou un autre de mon existence en rapport avec mes sens externes. Il en va tout autrement de ce phénomène que vous appelez la pensée.
- L’âme raisonnable : c’est la spécificité de l’homme, ce qui distingue l’homme de l’animal. La partie raisonnable de l’homme, c’est celle qu’il reçoit de Dieu, son créateur : Dieu créa l’homme à son image, non pas esprit pur, mais intelligence et volonté ; premier élément de réponse pour affirmer que l’âme est spirituelle. L’intelligence, c’est cette faculté spirituelle (mais non pas un esprit) indépendante du corps quant à son être et son opération.
L’intelligence peut poser trois opérations :
1/l’abstraction : elle définit, faisant passer une réalité du stade de l’individuel à l’universel ; c’est en partie de là, quant à l’origine de son objet, qu’elle dépend du corps : un objet, un phantasme, fruit de la connaissance sensible interne, lui est présentée, l’intelligence s’en empare pour en faire un universel, le faire passer au stade de la définition. Abstraire, c’est définir ; définir, c’est délimiter, ne retenir de la réalité que ce qui est essentiel, ce qui est commun à tous les individus qui partagent cette essence ou cette nature. L’homme ne peut se définir par sa taille, la nature humaine ne retient pas comme caractéristique essentielle aux hommes la couleur de la peau. Il y a entre l’intelligence et le sens la même différence qu’entre l’abstrait et le concret, qu’entre une image et une idée. Cette définition est enfermée dans un concept ou une idée.
2/ le jugement : nous voilà en logique. Cette opération part de l’abstraction ou simple appréhension. Elle consiste à relier deux concepts dans une proposition, soit par l’affirmation, soit par la négation.
3/ le raisonnement : c’est l’intelligence qui raisonne et qui enchaine deux propositions pour en tirer une troisième à titre de conclusion. La raison est une fonction discursive qui passe d’une vérité connue à une autre.
L’intelligence a pour objet l’être, autrement dit, en droit, elle peut connaître tout ce qui est : elle saisit dans les réalités matérielles, qui ont d’abord été saisies par les sens, leur essence. Elle peut se connaître elle-même en remontant de l’acte de connaissance vers le sujet qui connaît (c’est la conscience intellectuelle) et, par analogie, elle connaît des êtres spirituels.
L’intelligence part du sensible, parce qu’elle abstrait à partir du sensible, elle revient au sensible parce qu’elle a constamment besoin d’images, elle a recours à un vaste réseau comparatif ou analogique : et là, nous pénétrons dans un domaine mixte, celui de l’art (la poésie) ou du romantisme de la science (expression très juste de Marcel de Corte dans son ouvrage, L’intelligence en péril mort).
Voilà pour l'essentiel; pour aller plus loin, deux ouvrages sur cette question que je considère comme essentiel:
Roger Verneaux, La philosophie de l’homme (Beauchesne)
Aline Lizotte, La personne humaine (le titre m’agace, mais cela ne diminue en rien l’intérêt du livre), Presses universitaires de l’IPC.
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