un Bémol par baudelairec2000 2015-11-06 09:33:15 |
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On peut, je le comprends, être admiratif.
Mais tout cela, je le crains fort, est désuet, car fort peu adapté à la pastorale; je le sais bien: des fidèles de communautés catholiques traditionnelles de l'Ouest parisien se délectent encore de cette pureté dans la maîtrise de la langue. Mais est-ce encore la priorité, si tant est qu'elle fût un jour une priorité?
Côté liturgie: les compositions religieuses de Delalande, Campra ou Charpentier ont été composées pour accompagner les offices du roi et des grands. Elles conviennent à un cadre, celui de la chapelle du roi. Et le Chanoine Roussel est bien dans son "jus". Pour autant, peut-on, reporter ou transférer cette musique dans d'autres paroisses, des paroisses plus ordinaires? Peut-on greffer dans la liturgie cette forme musicale particulière qui relève d'une certaine magnificence? La messe peut-elle s'accommoder des conditions du concert, spirituel, certes, à plus d'un titre? Avouons le: les milliers de fidèles, qui, en cette nuit de Noël 1957 viennent assister à la messe de Minuit célébrée dans la cathédrale de Versailles - messe retransmmise par Radio-Luxembourg - peuvent facilement s'unir aux choristes et célébrer la Nativité du Christ, communiant ainsi dans la même ferveur. Ferveur populaire perceptible dans ce "Il est né le divin enfant", placé entre le Gloria et le Sanctus.
Sur le plan musical proprement dit: les efforts du chanoine Roussel pour sortir de l'oubli et, ainsi, faire revivre des compositeurs, est une entreprise louable. Mais près de 60 ans après les enregistrements du chanoine, l'interprétation laisse à désirer: restons dans la messe de Minuit qui, si mes informations sont exactes, a bénéficié - sûrement un euphémisme - de trois enregistrements signés Gaston Roussel . Une oreille quelque peu avertie ne peut qu'être effrayée par les tempos délibérément ralentis, lourdement cadencés. La faute, peut-être, à des trompettes omniprésentes et quelque peu emphatiques. Les effectifs intentionnellement lourds, signe d'une esthétique irrémédiablement datée, viennent compenser l'absence de solistes, une partie du choeur prend en effet en charge leur partie.
Si, comme le disait le britannique John Ruskin à la fin du XIX e siècle, "tout grand art est adoration", je crains fort que nous perdions avec ces enregistrements d'un autre âge, peut-être même que le contexte de cette liturgie-concert, pas vraiment "historiquement informée", nous fasse perdre "l'intelligence de l'art et le sens de l'adoration" (Roland Manuel).
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