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Et enfin, la constitution émotive
par Chicoutimi 2015-05-01 03:40:06
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6. La constitution émotive

"L’émotif constitutionnel réagit d’une manière exceptionnellement violente aux excitations extérieures. Un événement banal, une surprise, une discussion qui, chez la plupart des gens, ne provoque que des réactions très minimes, fait apparaître chez lui des phénomènes psychologiques et physiologiques d’une grande intensité, rougeur puis pâleur du visage, faiblesse des membres avec tremblement et incoordination, vertiges, tachycardie, transpirations abondantes, parfois crises diarrhéiques ou polyuriques, troubles de la vue, sentiment d’angoisse avec gêne précordiale. Psychologiquement, c’est le désarroi de la pensée, le bégaiement, parfois l’inhibition complète de la parole.

De telles réaction sont indépendantes de la volonté et plus le sujet essaye de prévoir les événements possibles et de prévenir les manifestations de son hyperémotivité, plus celles-ci sont importantes. Se connaissant ainsi, il n’est pas étonnant que l’émotif soit en général un timide, car l’épreuve de la société est particulièrement pénible pour son amour-propre. Mais tous les timides ne sont pas des émotifs et il y a des émotifs qui ne sont pas timides. Il ne faut pas confondre les deux. L’hypersensibilité de l’émotif est plus encore physiologique que mentale et c’est lui qui pourrait le mieux illustrer la théorie de William James, assurant qu’on a peur parce qu’on se sent trembler, qu’on est triste parce qu’on pleure… Le vrai timide, au contraire, s’apparente souvent dans une certaine mesure au paranoïaque qui craint de souffrir dans son amour-propre, en se montrant inférieur.

L’émotif ne se confond pas non plus avec le psychasthénique, car il est peu porté aux idées fixes, une impression chassant l’autre par une affectivité invulnérable…; il a l’humeur assez versatile, passe aussitôt de l’enthousiasme au désespoir sous la moindre influence, un temps plus sombre, une petite déception. Son activité revêt une forme spasmodique. Peu constant et faible d’ordinaire, il présente de brefs accès d’énergie, mal coordonnés d’ailleurs et qui le laissent pantelant. Il est impulsif et sentimental.

[…]

Dans certains cas, l’hypersensibilité de l’émotif peut devenir assez violente pour se transformer en une véritable anxiété. Pour la moindre émotion, pour le moindre bruit, le sujet est pris d’une crise d’angoisse avec douleur thoracique en étau, suffocation, pâleur et sueur froide. (…)

Dans la vie de tous les jours, l’émotif est un « infirme psychique ». Les examens scolaires, même les simples interrogations orales, le mettent dans des transes pénibles. La prédication est pour lui un véritable cauchemar et certains émotifs doivent renoncer à prêcher pendant toute leur vie sacerdotale.

Sauf dans les cas de grande émotivité anxieuse et dans ceux où il existe une association avec d’autres troubles psychopathologiques, la constitution émotive ne pose pas de contre-indication à la vie du clerc; mais il faut prévoir pour de tels sujets un cadre d’activité où puisse s’accommoder et d’atténuer son défaut constitutionnel.

L’émotif a besoin, comme beaucoup d’autres malades psychiques, de plus d’affection, de plus de compréhension que les gens normaux. Comme le psychasthénique, il a besoin d’être guidé et soutenu, dirigé par un esprit calme et ferme qui lui évite les imprudences et lui fasse acquérir, très lentement, très graduellement, de plus en plus d’assurance et de maîtrise de ses réflexes. Certains traitements médicamenteux, une accoutumance progressive aux chocs émotifs, la pratique régulière des exercices physiques et des compétitions sportives (souvent les émotifs sont de purs intellectuels, la maîtrise plus grande de leur corps favoriserait leur équilibre) peuvent améliorer cette constitution et en faire disparaître les manifestations les plus pénibles. Lorsque l’hyperémotivité est très marquée, il faut toutefois éviter aux sujets qui en sont atteints les postes qui exigent beaucoup de sang-froid ou qui sont trop lourds de responsabilité."

Source : Docteur R. Biot et Docteur P. Galimard, Guide Médical des Vocations Sacerdotales et Religieuses, Paris, Éditions Spes, 1947, avec nihil obstat et imprimatur, 319 pages.

     

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