Et la constitution schizoïde par Chicoutimi 2015-05-01 03:37:27 |
|
Imprimer |
5. La constitution schizoïde
a) Aspect psychiatrique : (…) Les schizoïdes ont une surface et une profondeur. Brutalité tranchante, insensibilité maussade, ironie, timidité de mollusque, se dérobant imperceptiblement, voilà la surface. Ou bien la surface est nulle, et nous avons devant nous un individu qui se présente comme un point d’interrogation, nous sentons quelque chose de fade, d’ennuyeux, et cependant de problématique.
Il y a comme une cloison entre le schizoïde et le reste du monde; les excitations extérieures semblent ne pas pouvoir pénétrer et provoquent des réactions inadaptées, discordantes. Il apparaît magnifiquement insensible, froid et dur comme une statue, d’une profonde indifférence vis-à-vis de ce qui l’entoure. Cependant même chez les malades froids, pauvres en affectivité, nous trouvons… un délicat noyau de personnalité, retiré au plus profond de l’être et doué d’une sensibilité nerveuse très douloureuse (…).
Qu’y a-t-il donc dans les profondeurs de tels êtres, derrière ce mur qu’ils ont laissé s’édifier et qui les protège et les isole ? Il semble qu’il y ait comme un ruminement ininterrompu de « complexes » affectifs, d’imaginations plus ou moins délirantes, comme une contemplation perpétuelle de soi-même, un égocentrisme poussé à l’extrême qui cherche à ignorer le monde extérieur et à se plonger dans la délectation du moi. Il n’y a par conséquent chez de tels sujets aucune tendance à l’extériorisation voulue, à l’activité pratique ou sociale.
Leurs gestes, leur mimique ne tiennent pas compte du monde ambiant mais se produisent par une nécessité interne; aussi apparaissent-ils comme bizarres, discordants, explosifs; ce sont des tics, des rires subits, des impulsions soudaines qui restent incompréhensibles. Dans les cas graves l’évolution de la constitution schizoïde se poursuivra jusqu’à la schizophrénie (…).
b) Aspect psychologique : La tendance constitutionnelle à la schizoïdie peut se manifester très tôt, chez le tout jeune enfant. Au lieu de se livrer aux jeux bruyants de son âge, il marque un précoce penchant pour la solitude, la lecture, les jeux calmes. Il demeure distrait et silencieux. Quand on l’interpelle, il sursaute, comme tiré brusquement d’un rêve. Parfois intelligent, travailleur, « fort en thème », il s’adonne aux études dans la mesure où elles favorisent le reploiement sur sa vie intérieure, leurs applications pratiques le laissent indifférent. (…)
Le schizoïde est un observateur impartial, il ne déforme pas la réalité. Mais il la fuit sans être dupe des conceptions où il s’enferme, sans vouloir les accorder avec la vie du dehors, établissant entre elle et lui une cloison étanche. Ainsi les schizoïdes sont-ils les moins suggestibles des individus.
Tel est cet enfant, tel est l’adolescent, enclin à la rêverie sans fin, à se réfugier dans son jardin intérieur. Il faut tout mettre en œuvre pour empêcher le schizoïde de se replier sur lui-même. Il faut lui apprendre à s’émouvoir, à sentir, à s’intéresser à ce qui se passe autour de lui, cultiver son goût pour telle ou telle chose et de là essayer d’étendre ses intérêts.
D’autre part, il faut le forcer à agir et à agir vite. Il faut exiger que la rumination chère au schizoïde ne reste pas stérile, mais se transforme en une réalité objective : écrit, travail, action; on doit un peu le bousculer, le harceler, afin d’obtenir de lui qu’il sorte de lui-même; mais en même temps, on restera avec lui très compréhensif, très affectueux, sans s’attacher le moins du monde à ses bizarreries, à ses révoltes, et surtout sans heurter cette sensibilité apparemment inerte, mais parfois extraordinairement aiguë et douloureuse.
Source : Docteur R. Biot et Docteur P. Galimard, Guide Médical des Vocations Sacerdotales et Religieuses, Paris, Éditions Spes, 1947, avec nihil obstat et imprimatur, 319 pages.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|