"omnino ad Angelici Doctoris rationem, doctrinam, principia" par Lycobates 2015-03-17 00:50:38 |
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Depuis le moment où au Concile de Trente la Somme du Docteur commun fut tenue ouverte sur l'autel à côté de l'Écriture sainte, non point pour faire marrer le Synode, mais pour être consultée en permanence pendant les sessions, le mépris pour et le rejet de Saint Thomas d'Aquin ont toujours été un indice alarmant d'hétérodoxie et/ou de schisme.
Très souvent ce rejet de saint Thomas est dû à l'ignorance de certains principes fondamentaux de la pensée chrétienne.
Le modernisme du XXe siècle (qui se veut rationaliste et positiviste) et, plus dangereux car plus sournois, le post-modernisme des dernières trois décennies (qui est une pseudo-mystique panthéïsante, en mélangeant plus subtilement que son prédécesseur les plans du naturel et du surnaturel, de l'objectif et du subjectif) en sont des exemples parlants.
Depuis les conciles de l'Union au XVe siècle (dont le succès fut hélas largement ephémère pour une multitude de raisons), depuis Trente, en surtout depuis les papes Léon XIII (Aeterni Patris), saint Pie X (Doctoris Angelici ["si ullum vestigium, praesertim in metaphysicis, ab Aquinate discederent, non sine magno detrimento fore"] et les thèses modèle thomistes) et Pie XI (Officiorum omnium ["doctrinam et principia sequi sancti Thomae : idque eo faciant vel studiosius, quod sciunt nullum Ecclesiae Doctorem modernistis ceterisque fidei catholicae hostibus ita esse terrori ac formidini, ut Aquinatem"] et surtout Studiorum ducem) il n'est plus loisible, pour un catholique romain, qu'il soit par ailleurs latin ou oriental, de ne pas prendre la méthode de saint Thomas (et sa doctrine dans la mesure où le magistère l'a adoptée, ce qui est largement le cas) comme modèle idéal, comme point de repère et comme étalon pour la philosophie chrétienne et la science sacrée.
C'est en effet plus la méthode qui importe et qui s'impose (qui est imposée par les Papes récents, pour l'Église latine aussi dans le droit positif, can. 1366-2 cité en exergue), que certains éléments ponctuels de doctrine, dont certains sont contestés ou restés libres (rappelons la querelle de auxiliis, p.ex.).
Depuis Trente aucun théologien catholique occidental n'en a dévié sans le risque de faire naufrage (exempla adsunt, en commençant avec les jansénistes) et depuis le siècle de l'Union les meilleurs des orientaux, unis à Rome ou pas, l'ont fait leur eux-aussi. Pensons à Bessarion, Cydonès avant lui, et d'autres, jusqu'à Agagianian et Slipyj (sa thèse au Canisianum d'Innsbruck en témoigne).
Depuis la mainmise moderniste vers le milieu du XXe siècle tout cela a bien changé et nous connaissons les résultats. Même les orientaux unis à Rome envoient de nos jours leurs élèves les plus brillants pour les faire déformer dans nos facultés occidentales modernistes qui sont les seules à subsister en Europe et aux États-Unis. Ainsi ils sapent les fondements même de leur propre théologie, parfois d'emblée bien vacillante sur des points importants. Ils croient faire bien, comme avant, mais aujourd'hui ils feraient mieux de se retrancher dans leur "inculture" relative.
Or, il est vain d'opposer saint Thomas aux pères de l'Église, qu'il a tellement chéris, lus et utilisés. On en avait parlé ICI.
Cette démarche douteuse rappelle l'orgueil et la vanité de certains liturgistes des derniers 100 ans qui prétendent s'affranchir de l'acquis du Moyen-Âge et de Trente (et en passant : du magistère vivant de l'Église et de l'Esprit qui le guide, puisqu'ils ont inventé une "Nouvelle Pentecôte" et même un "Nouvel Avent", excusez du peu) pour accéder "directement" (pensent-ils) aux "sources antiques". Où bien sûr, comme tout philologue leur confirmera, on trouve tout et son contraire, fragments "à compléter", ou pas.
Tout et son contraire : c'est largement le cas aussi avec la littérature patristique, étendue certes, mais non rarement circonstancielle, contingente, et parfois loin d'être systématique et raisonnée (or, en théologie dogmatique système et précision s'imposent, comme on le voit dès Nicée), littérature où se mélangent hétérodoxie (pas tous les pères anciens sont orthodoxes, ou l'ont été jusqu'au bout !), vraie orthodoxie et le grand flou artistique. C'est au magistère d'en faire le tri et d'en assurer l'authentique interprétation. Au cours des siècles, cela s'est fait, à Rome, et, précisément, l'œuvre de saint Thomas en est un exemple de synthèse magistral, comme disait le pape Pie XI :
Que l’humilité fût le fondement sur quoi s’appuyaient les autres vertus de saint Thomas, cela ne fait point de doute pour qui observe avec quelle obéissance il se soumettait à un frère lai pour les détails pratiques de la vie. On ne le constate pas avec moins d’évidence à la lecture de ses écrits, qui respirent des sentiments de si humble respect pour les Pères de l’Église ; ne semble-t-il pas que c’est "sa très profonde vénération pour les anciens Docteurs qui l’a fait en quelque sorte hériter de leur intelligence à tous" ?
(Humilitatem quidem instar fundamenti fuisse quo ceterae virtutes Thomae niterentur, patet consideranti quam is obedienter in communis vitae consuetudine fratri laico obtemperaret: nec minus perspicuum est legenti eius scripta, ex quibus tam magnum redolet erga Ecclesiae Patres obsequium; ut is quidem "veteres Doctores quia summe veneratus est, ideo intellectum omnium quodammodo sortitus" [esse] videatur).
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