on touche un point crucial où le pape régnant est en porte-à-faux avec ses prédécesseurs post-conciliaires inclus par Luc Perrin 2013-10-02 10:43:09 |
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Le pape François semble prêt à renverser l'équilibre bancal établi par le Magistère après Vatican II, équilibre bancal si je puis dire, instable et pour partie unissant des contraires. Après le Concile, Paul VI avait à la fois pratiqué le dialogue inter-religieux, l'ouverture aux non-croyants et en même temps avait fait de l'annonce impérativement missionnaire, Evangelii nuntiandi, l'alpha et l'omega de l'Église ; Jean-Paul II a fait Assise et la "nouvelle évangélisation", les nouveaux mouvements, la revitalisation relative du sacerdoce.
Le pape François paraît balayer cela d'un mot devenu méprisant "prosélytisme" et il dit, selon le journaliste, que peu de choses auraient été faites après Vatican II en matière d'oecuménisme et d'inter-religieux ! Voilà qui va rassurer (!) à ... Menzingen. Notamment.
Nous n'avons encore rien vu, dit le pape.
De lui même, il se borne à l'annonce dans une vision minimaliste et qui n'est pas très spécifiquement chrétienne dans ce qu'il en dit. S'occuper des vieillards, des malades, des brisés de la vie oui c'est une part du christianisme mais n'importe qui peut faire de même du franc-maçon athée endurci et même le capitaliste multimillionnaire type Bill Gates peut le faire sans que la foi chrétienne intervienne.
L'interlocuteur Scalfaro, athée militant, le note d'ailleurs.
Sur ce point, comme sur d'autres, le pape semble bien convaincu que les aspects les plus bizarres des années 1960 et 1970 que ses prédécesseurs ont activement combattus et dénoncés ... seraient des voies à explorer. Il nous a déjà dit précédemment que la doctrine et la catéchèse n'avaient aucune importance : ce qui pour le coup est vraiment nouveau pour un pape.
La référence appuyée et chaleureuse à feu le cardinal jésuite Carlo Maria Martini dit assez à ce sujet. On peut se reporter aux prises de position de celui-ci : elles avaient suscité beaucoup d'émoi et de controverses et Jean-Paul II autant que Benoît XVI ne les partageaient pas du tout.
On avait dit en 2005 que le cardinal Bergoglio était un candidat "martinien", il le dit lui-même au grand jour devenu pape.
Si on pense comme Paul VI et Jean-Paul II que l'annonce explicite est vitale au catholicisme qui n'a, contrairement à ce que dit le pape actuel aucune vocation à être "une minorité" ou une secte parmi d'autres, on peut penser que les "années de plomb" sont de retour et que les tenants du catholicisme de toujours entrent à nouveau dans une phase historique de turbulence et de douleurs.
Le décret sanction du 11 juillet 2013 frappant cruellement les Franciscains de l'Immaculée et conçu pour en briser le dynamisme missionnaire était bien annonciateur d'un tournant.
Pour mesurer le contraste entre l'interview du pape François et son minimalisme dans l'annonce et les positions du Magistère traditionnel pré et post conciliaire, relisons des passages de Paul VI dans Evangelii nuntiandi (1975):
"Evangélisation, vocation propre de l’Eglise
14. L’Eglise le sait. Elle a une vive conscience que la parole du Sauveur — “ Je dois annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ”[34] — s’applique en toute vérité à elle. Elle ajoute volontiers avec saint Paul : “ Pour moi, évangéliser ce n’est pas un titre de gloire, c’est une obligation. Malheur à moi se je n’évangélise pas ! ”[35]. C’est avec joie et réconfort que Nous avons entendu, au terme de la grande assemblée d’octobre 1974, ces paroles lumineuses : “ Nous voulons confirmer une fois de plus que la tâche d’évangéliser tous les hommes constitue la mission essentielle de l’Eglise ”[36], tâche et mission que les mutations vastes et profondes de la société actuelle ne rendent que plus urgentes. Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser, c’est-à-dire pour prêcher et enseigner, être le canal du don de la grâce, réconcilier les pécheurs avec Dieu, perpétuer le sacrifice du christ dans la sainte messe, qui est le mémorial de sa mort et de sa résurrection glorieuse.
(...)
22. Et cependant cela reste toujours insuffisant, car le plus beau témoignage se révélera à la longue impuissant s’il n’est pas éclairé, justifié — ce que Pierre appelait donner “ les raisons de son espérance ”[52] —, explicité par une annonce claire, sans équivoque, du Seigneur Jésus. La Bonne Nouvelle proclamée par le témoignage de vie devra donc être tôt ou tard proclamée par la parole de vie. Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth Fils de Dieu ne sont pas annoncés.
L’histoire de l’Eglise, depuis le discours de Pierre le matin de Pentecôte, s’entremêle et se confond avec l’histoire de cette annonce. À chaque nouvelle étape de l’histoire humaine, l’Eglise, constamment travaillée par le désir d’évangéliser, n’a qu’une hantise : qui envoyer annoncer le mystère de Jésus ? Dans quel langage annoncer ce mystère ? Comment faire pour qu’il retentisse et arrive à tous ceux qui doivent l’écouter ? Cette annonce — kérygme, prédication ou catéchèse — prend une telle place dans l’évangélisation qu’elle en est souvent devenue synonyme. Elle n’en est cependant qu’un aspect.
Pour une adhésion vitale et communautaire
23. L’annonce, en effet, n’acquiert toute sa dimension que lorsqu’elle est entendue, accueillie, assimilée et lorsqu’elle fait surgir dans celui qui l’a ainsi reçue une adhésion du cœur. Adhésion aux vérités que, par miséricorde, le Seigneur a révélées, oui. Mais plus encore, adhésion au programme de vie — vie désormais transformée — qu’il propose. Adhésion, en un mot, au Règne, c’est-à-dire au “ monde nouveau ”, au nouvel état de chose, à la nouvelle manière d’être, de vivre, de vivre ensemble, que l’Evangile inaugure. Une telle adhésion, qui ne peut pas demeurer abstraite et désincarnée, se révèle concrètement par une entrée palpable, visible, dans une communauté de fidèles. Ainsi donc, ceux dont la vie s’est transformée pénètrent dans une communauté qui est elle-même signe de la transformation, signe de la nouveauté de vie : c’est l’Eglise, sacrement visible du salut[53]. Mais à son tour, l’entrée dans la communauté ecclésiale s’exprimera à travers beaucoup d’autres signes qui prolongent et déploient le signe de l’Eglise. Dans le dynamisme de l’évangélisation, celui qui accueille l’Evangile comme Parole qui sauve[54] le traduit normalement en ces gestes sacramentels : adhésion à l’Eglise, accueil des sacrements qui manifestent et soutiennent cette adhésion, par la grâce qu’ils confèrent."
[en d'autres termes, l'annonce explicite et pas simple témoignage doit être une catéchèse et déboucher sur une adhésion à la communauté de fidèles dans l'Église, en bref doctrine et prosélytisme sont au coeur de l'annonce, dixit Paul VI]
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