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L'attitude la plus dangereuse:le mensonge par omission en matière (inter)religieuse.
par Scrutator Sapientiæ 2013-09-07 10:45:36
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Bonjour Paterculus,

Je me permets de vous renvoyer au texte suivant, lequel, en apparence, n'a "rien à voir, mais alors, rien à voir", avec ce dont il est question ici :

" 15-5. Ces sollicitations de l'attention et des passions par des attaques direc­tes doivent de plus exploiter les associations mentales existantes du public, elles ne tentent pas d'en créer de nouvelles. Alors ces messages n'ont d'effet que pendant leur perception et ne peuvent provoquer que des actions immédiates.

Or l'effet voulu peut être une action à accom­plir par le public longtemps après le message. C'est le cas dans la com­mu­nication politique, où il s'agit de préparer une élection prévue des mois ou même des années plus tard. Le communicateur doit donc met­tre sa cible dans un état persistant jusqu'au moment de l'action sou­hai­tée.

Ce n'est pas facile. En effet, seul le réel s'insère bien dans l'uni­vers mental, comme on verra plus tard, et si le message du commu­nicateur semble trop improbable, il sera contredit et rejeté trop vite par le juge­ment conscient et les associations inconscientes des individus.

Alors le dis­cours de communication enveloppe d'évidence ce que ses cibles doivent durablement adopter. Comment cela ? Le principe de ces actions psychologiques est ce qu'on peut appeler la méthode des associations indirectes : Il s'agit d'insérer dans le mental humain des associations sans rapport apparent avec le comportement souhaité, mais qui le déclencheront dans les circonstances d'action.

Le moyen le plus direct vers cet objectif est la publicité de marque, qui associe au logo d'une marque toutes sortes d'images séductrices, depuis les voiliers de la Route du Rhum jusqu'à de jolies filles: Les voiliers ou les filles sont presque réels, la marque l'est tout à fait, son rapport au rêve l'est moins! Ce procédé dépasse parfois ces associations bénignes, jusqu'à l'agression sociale. Ex/ L'argument d'une publicité récente pour les automobiles XXX était : Il a la voiture XXX, il aura la femme. On refuse un message si immoral, mais il est malheureusement plausible, alors on le mémorise, et il trouble notre jugement.

Une fois ces associations dans le mental des individus, ils semblent inchangés. Mais s'ils se trouvent devant ce qu'on veut leur faire acheter, leurs passions canalisent dessus l'attention par ces associations chassées de leur conscience, mais pas de leur mémoire.

L'expérience prouve l'ef­fi­cacité de cette méthode : Les produits de marque se vendent plus cher à qualité égale. Mais ces simples associations d'un logo à des images séduisantes ne conduisent qu'au simple intérêt pour une marque.

Or la communication vise souvent des objectifs plus ambi­tieux, elle veut modifier des moeurs, des choix publics ou pri­vés, etc. Dans ce cas, il ne suffit pas d'obtenir des élans impulsifs vers des objets précis, il faut modifier la capacité à juger consciemment de certains choix et actes.

Pour cela, les associations indirectes à implan­ter doivent résister à un examen conscient, et la manière la plus sûre d'y réussir est que le cer­veau de la cible se les fabrique lui-même! C'est pos­sible avec le procédé de communication le plus efficace, qui est le men­songe par omission:

15-6. Le mensonge par omission consiste en diffuser ce qui, parmi le réel ou le probable, convient aux fins poursuivies, tout en omettant ce qui nuit à ces fins. Comme ce qui est affirmé est vrai, ou du moins pos­sible, son image est acceptée dans les croyances.

Mais comme cette image manque de ce qu'on omet, les associations mentales de la cible remplis­sent les blancs, transforment les omissions en non-existence, et lient cette non-existence à la croyance, avec l'intensité de croyance en ce qui est accepté.

Le mensonge par omission apporte donc double béné­fice à l'action de communication : Une mémorisation de ce qui convient au communicateur, plus la négation de ce qu'il veut qu'on ignore. Ex/ Lorsque les médias montrent et commentent un concert de rock, ils omettent que ces chanteurs qui hurlent et se démènent sur la scène sont souvent dopés par divers excitants; et ils omettent aussi que le public en transe dans la salle doit beaucoup de son agitation à l'énorme pression acoustique des haut-parleurs.

Ainsi le média montre comme une débau­che d'énergie et d'enthousiasme ce qui est plutôt des mani­festations pathologiques; de plus, puisque les actes des individus sont le signe de ce qu'ils croient bien (ch.10-5 et ch.13), et que le média pré­sente favora­blement ces compor­tements anormaux, alors il légitime implicitement des conduites menant à la toxicomanie, la délinquance, la désagrégation sociale, favorisant ainsi la fin du rationnel et l'avènement de la dépen­dance aux médias.

Un avantage important du mensonge par omission est qu'il n'est pas facile à déceler. En effet, le menteur par omission ne semble pas mentir, surtout si on croit naïvement que "mentir" se limite à affirmer ce qu'on sait faux, et n'inclut pas le refus d'énoncer ce qu'on sait vrai et im­por­tant. Or ce refus est difficile à prouver, car il ressemble à d'autres omis­sions de ce qui est vrai.

En effet : 1) On peut ignorer une partie du vrai, par malchance ou incompétence ; 2) On peut ignorer ou sous-estimer l'importance d'une partie du vrai, et donc préférer occuper le temps limité des messages à diffuser d'autres vérités.

Alors, le mensonge par omission peut être accompli impunément : On ne pourra pas prouver que le communicateur savait ce qu'il n'a pas dit, ni surtout prouver qu'il savait important ce qu'il n'a pas dit ou ce qu'il a empêché de dire. Le mensonge par omission est donc un mode de communication favori des manipulateurs du public.

La grande extension de cette pratique a d'ailleurs une conséquence souvent comique : la langue de bois des politiciens et journalistes. En effet, l'efficacité du mensonge par omission nécessite que ce qui a été omis reste omis durant toute l'action médiatique en cours. Et puisque ces actions poursuivent souvent des buts à long terme, les vérités à omettre s'accumulent: On arrive peu à peu à une situation déjà décrite dans Le Barbier de Séville, où les médias doivent omettre tant de sujets qu'ils se limitent à traiter de météo, de sport, de l'étranger, de l'huma­nitaire, et bien entendu de toutes les demi-vérités qu'ils sont chargés d'imposer.

15-7. Toutes ces manipulations psychologiques doivent rester ignorées de leurs victimes. On arrive alors à cet autre aspect paradoxal, et remar­quable : Le discours de communication doit agir à l'insu de son public, plus précisément dissimuler ses intentions et ses moyens.

Cette dissimu­lation le sépare d'autres discours faits aussi pour agir sur leur public, les romans, les discours pédagogiques, les raisonnements, ou les plaidoiries.

En effet, un roman ne cache pas qu'il cherche à distraire, il s'en vante même; un discours pédagogique annonce son sujet et même son plan d'exposé, dès son introduction ; un raisonnement pose ce qu'il veut prouver comme une "proposition", suivie de sa "démonstration" ; une plaidoirie a l'objectif proclamé de défendre une thèse nettement expo­sée; etc. Par contre, le discours de communication s'avance masqué. Pourquoi?

D'abord, l'intention du communicateur importe plus que son message. Et si on connaît l'intention, on attend le message, on s'arme contre tous ses aspects. Ex/ Si le public sait qu'une séquence sportive du Jour­nal Télévisé est en fait destinée à montrer les logos affichés dans le stade, il se met à critiquer tous les mouvements de caméra; alors, au lieu d'as­socier ces logos à des images de jeunesse et de santé, on les associe main­tenant à des récriminations !

Ces réactions du public ruinent l'action médiatique. De plus, comme le message vise souvent à mener les gens à agir contre leurs intérêts, son efficacité dépend de ce que ses cibles igno­rent ce qu'on attend d'elles, et ne voient pas les dangers des associations du message dans leur mémoire. Enfin, comme les intentions des commu­nicateurs sont parfois beaucoup plus malignes que de la simple publicité commerciale, et peuvent même être tout à fait diaboliques, il est impor­tant qu'elles restent cachées : Si le public savait tout le mal que lui veu­lent certains messages, il attaquerait ceux qui les commanditent, ceux qui les diffusent, et ceux qui les permettent.

Cette nécessité d'avancer masqué ne se limite pas aux intentions des messages. Elle concerne aussi les procédés employés, et les commu­ni­cateurs veillent à ce que leurs méthodes ne soient pas largement connues dans toute leur brutalité : Ex/ Si le public comprenait bien l'omnipré­sence du mensonge par omission, il se mettrait à supposer ce qu'on ne lui dit pas, et irait jusqu'à croire faux le vrai qu'on lui dit! Alors l'activité même de "communication" se masque derrière l'harmo­nieux de ce con­cept, et aussi derrière l'innocence d'autres mots : Les spectacles "sponsorisés", les textes "rédactionnels", les activités "humanitaires", le "mécénat", etc.

15-8. Il peut sembler que les discours de communication sont une nou­veauté récente, vu l'énorme développement depuis 1950 des moyens de production et de transmission audiovisuelle. Néanmoins, l'Antiquité grecque a cru les discours oraux de démagogues et sophistes à la tribune athénienne ; les débuts de l'époque moderne ont aimé les libelles, chan­sons et gravures diffamant Louis XVI et sa famille en vue de la Révo­lu­tion de 1789 ; la première moitié du 20ème siècle a cru les propa­gan­des nazie et stalinienne par la radio et le cinéma.

Bref, la manipu­lation du public n'est pas nouvelle, la nouveauté est que les anciens mé­dias ont ajouté à leurs moyens langagiers et graphiques les sons et images de médias électroniques d'une souplesse, une diversité et une omni­présence toujours plus grandes.

Alors il est nécessaire de bien compren­dre ces discours, qui menacent la civilisation dans deux de ses fonde­ments : la communication des connaissances, et celle des valeurs.

Cependant, les manipulations du mental n'étant pas nouvelles, les défenses aussi sont anciennes. En effet, toute manipulation mentale se ramène en définitive à implanter dans les cerveaux certaines associations d'idées, sans leurs raisons d'être, ni la conscience de leur existence.

Or c'est l'état le plus habituel de nos associations d'idées, qui s'installent souvent en nous subrepticement par des habitudes allant de soi, qui de plus ne se présentent à la conscience que partiellement, et dont les raisons d'être les plus puissantes sont souvent cachées.

Cette incon­science et cette imperceptibilité originelles des associations d'idées n'ont pas empêché l'humanité de les découvrir peu à peu, elle a dégagé les causes qui étaient cachées, et elle en a tiré une capacité à utiliser ces asso­ciations sans trop en être victime.

Alors peut-être que même la mali­gnité des communicateurs se verra peu à peu contrer par une approche réaliste de leurs messages, avec mise à jour des causes qu'ils servent, et prise de conscience des mécanismes mentaux qu'ils exploitent.

Admet­tons cependant que ces voeux sont un peu utopiques, ne serait-ce que parce que le public vraiment influencé par les médias modernes a peu conscience de ses propres mécanismes mentaux! Alors le discours peut et pourra beaucoup de mensonges.

Néanmoins, les rapports conceptuels qu'il apporte ne sont pas que des moyens de tromper, ils sont aussi les dépositaires d'un vrai et un bien au-delà des mots. C'est à essayer de montrer cela que nous terminerons cet ouvrage. "

Source :

Ici.

Ce qui est utilisé en communication commerciale, médiatique, ou politique, est également utilisé en communication (inter)religieuse : le mensonge par omission, par édulcoration, par euphémisation, par esthétisation, par valorisation disproportionnée de telle ou telle composante apparemment consensuelle de telle ou telle religion non chrétienne.

C'est cela, au moins autant que des initiatives plus sensationnelles ou spectaculaires, qui désarme les âmes en douceur, sans douleurs, à leur insu.

Bonne journée.

Scrutator.

     

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