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Merci beaucoup + quelques éléments très rapides.
par Scrutator Sapientiæ 2013-01-20 15:11:01
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Bonjour et bon dimanche, le torrentiel,

Tout d'abord, évidemment, merci beaucoup pour votre message.

1. Il me semble que le fondement de la relation à Dieu ne réside ni avant tout dans la réflexion, ce serait de l'intellectualisme, ni dans la sensation, ce serait du sentimentalisme, mais dans la relation elle-même, dès lors, évidemment, qu'elle puisse sans cesse aux sources sacramentelles, spirituelles, surnaturelles, qui la vivifient en permanence.

2. Je pense ici à un cantique, dont le refrain, extrêmement simple, disait ceci :

" Dieu est Amour

Dieu est Lumière

Dieu, notre Père. "

Or,

- l'Amour, cet Amour là, c'est autre chose que l'amour, ou le bonheur, aux yeux du monde ;

- la Lumière, cette Lumière là, c'est autre chose que la lumière, ou les Lumières, aux yeux du monde ;

- la Paternité, cette paternité là, c'est autre chose que la paternité, aux yeux du monde.

3. C'est la moindre des choses que l'on puisse avoir l'impression que la relation à Dieu est plus asservissante que libératrice ; pendant longtemps, on a cru que Dieu était avant tout, voire seulement, un législateur et un Juge, alors que Dieu est avant tout un inspirateur et un Père.

4. C'est également la moindre des choses que l'on puisse succomber à la tentation de l'indifférence envers Dieu : celui-ci ne semble t'il pas indifférent, bien qu'il ait connaissance de tant d'iniquités, d'injustices, de douleurs et de malheurs ?

5. Je me souviens être tombé un jour, chez mes parents, sur un exemplaire du magazine Sélection du Reader's Digest ; dans cet exemplaire, il y avait le témoignage d'une femme qui avait travaillé, en tant que personnel soignant, dans un service hospitalier, dans lequel il n'y avait que des enfants en fin de vie, et je n'oublierai jamais le titre de cet article : " Devant l'agonie des enfants : pourquoi eux, Seigneur ? "

6. Je pense que ce qui compte,

- ce n'est pas que la vie humaine soit dépourvue de souffrance : de la souffrance, il y en aura toujours, et plus on s'éloigne de la volonté de Dieu, plus on élargit "l'espace d'expression" de la souffrance, dans la profondeur des âmes et à la surface du monde ;

- ce n'est pas davantage que la vie chrétienne soit dépourvue de non sens : du non sens dans la vie chrétienne, du point de vue des non chrétiens, ou même du point de vue des chrétiens, au contact de certaines épreuves, il y en aura toujours.

Ce qui compte, me semble-t-il, c'est que le non sens, du point de vue des uns ou des autres, fasse sens, sous le regard de Dieu, y compris en présence de la souffrance ressentie par les uns ou les autres.

7. Je me trompe peut-être, mais l'incrédulité et l'incroyance, ce n'est pas tout à fait la même chose ; pour ma part, j'ai déjà rencontré des incroyants qui étaient crédules, mais pas, il est vrai, sur les choses de Dieu, ...et des croyants qui étaient incrédules, y compris, c'est ainsi, sur la présence active du surnaturel dans les choses de Dieu.

8. Vous le savez, aucun d'entre nous n'est assez bon chrétien ; Dieu ne nous demande pas avant tout de nous juger nous-mêmes ni de juger les autres, même si la lucidité sur soi-même, toujours, sur les autres, parfois, est une précieuse qualité, mais Il nous demande avant tout de le laisser nous aimer, de le laisser agir en nous pour que, mais en accord avec Lui, et avec l'aide de Sa Grâce, nous l'aimions, Lui, nous nous aimions nous-mêmes, ce qui n'est pas illégitime, et nous aimions nos frères.

9. Enfin, je ne résiste pas à la volonté de vous remercier comme il se doit, puisque vous êtes allusion à l'une des lettres encycliques de Jean-Paul II que j'apprécie le plus :

" 5. Le sang qui purifie la conscience

42. Nous avons dit qu'au point culminant du mystère pascal, l'Esprit Saint est définitivement révélé et rendu présent d'une façon nouvelle. Le Christ ressuscité dit aux Apôtres: «Recevez l'Esprit Saint». Ainsi est révélé l'Esprit Saint, car les paroles du Christ constituent la confirmation des promesses et des annonces du discours du Cénacle. Et par là même, le Paraclet est rendu présent d'une manière nouvelle. En réalité, il agissait depuis le commencement dans le mystère de la création et tout au long de l'histoire de l'Ancienne Alliance de Dieu avec l'homme. Son action a été pleinement confirmée par la mission du Fils de l'homme, le Messie venu dans la puissance de l'Esprit Saint. Au sommet de la mission messianique de Jésus, l'Esprit Saint se rend présent au sein du mystère pascal dans sa qualité de sujet divin: il est celui qui doit maintenant continuer l'œuvre salvifique enracinée dans le sacrifice de la Croix. Cette œuvre, bien sûr, est confiée par Jésus à des hommes: aux Apôtres, à l'Eglise. Toutefois, en ces hommes et par eux, l'Esprit Saint demeure le sujet transcendant de la réalisation de cette œuvre dans l'esprit de l'homme et dans l'histoire du monde: lui, le Paraclet invisible tout en étant omniprésent! L'Esprit qui «souffle où il veut» 159.

Les paroles prononcées par le Christ ressuscité le «premier jour après le sabbat» mettent particulièrement en relief la présence du Paraclet-Consolateur, celui qui «établit la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement». C'est seulement dans ce rapport, en effet, que s'expliquent les paroles que Jésus met en relation directe avec le «don» de l'Esprit Saint aux Apôtres. Il dit: «Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus»160. Jésus confère aux Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, pour qu'ils le transmettent à leurs successeurs dans l'Eglise. Toutefois, ce pouvoir, accordé aux hommes, présuppose et inclut l'action salvifique de l'Esprit Saint. En devenant la «lumière des cœurs»161, c'est-à-dire des consciences, l'Esprit Saint «manifeste le péché», c'est-à-dire fait connaître à l'homme son mal et en même temps l'oriente vers le bien. Grâce à la multiplicité de ses dons - on l'invoque comme le «Porteur des sept dons» -, la puissance salvifique de Dieu peut atteindre tout péché, de quelque genre qu'il soit. En réalité, comme le dit saint Bonaventure, «en vertu des sept dons de l'Esprit Saint, tous les maux sont détruits tandis que sont réalisés tous les biens»162.

Sous l'influence du Paraclet s'accomplit donc cette conversion du cœur humain qui est la condition indispensable du pardon des péchés. Sans une vraie conversion, qui suppose une contrition intérieure, et en l'absence d'une résolution ferme et sincère de changement, les péchés restent «non remis», comme le dit Jésus, et avec lui la Tradition de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance. En effet, les premières paroles prononcées par Jésus au début de son ministère, selon l'Evangile de Marc, sont les suivantes: «Convertissez-vous et croyez à l'Evangile»163. Nous avons une confirmation de cette exhortation dans la «mise en lumière du péché» que l'Esprit Saint entreprend d'une manière nouvelle en vertu de la Rédemption opérée par le Sang du Fils de l'homme. C'est pourquoi la Lettre aux Hébreux dit que ce «sang purifie la conscience»164. Et donc celui-ci, pour ainsi dire, ouvre à l'Esprit Saint la route qui conduit au cœur de l'homme, c'est-à-dire au sanctuaire des consciences humaines.

43. Le Concile Vatican II a rappelé l'enseignement catholique sur la conscience, en parlant de la vocation de l'homme et en particulier de la dignité de la personne humaine. C'est précisément la conscience qui détermine d'une manière spécifique cette dignité. Elle est en effet «le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre». C'est clairement qu'elle «dit dans l'intimité de son cœur: "Fais ceci, évite cela"». Cette capacité de commander le bien et d'interdire le mal, inscrite dans l'homme par le Créateur, est la propriété caractéristique du sujet personnel. Mais en même temps, au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne se donne pas lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir»165. La conscience n'est donc pas une source autonome et exclusive pour décider ce qui est bon et ce qui est mauvais; au contraire, en elle est profondément inscrit un principe d'obéissance à l'égard de la norme objective qui fonde et conditionne la conformité de ses décisions aux commandements et aux interdits qui sont à la base du comportement humain, comme il apparaît dès la page du Livre de la Genèse déjà évoquée166. En ce sens précis, la conscience est le «sanctuaire secret» où «la voix de Dieu se fait entendre». Et c'est la «voix de Dieu», même quand l'homme reconnaît exclusivement en elle le principe de l'ordre moral dont on ne peut douter humainement, fût-ce sans référence directe au Créateur: la conscience trouve toujours son fondement et sa justification dans cette référence.

La «mise en lumière du péché» sous l'influence de l'Esprit de vérité, dont parle l'Evangile, ne peut se réaliser dans l'homme autrement que par le chemin de la conscience. Si la conscience est droite, elle sert à trouver «selon la vérité la solution de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale»; et alors, «les personnes et les groupes s'éloignent d'une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité»167.

Le premier fruit d'une conscience droite est d'appeler par leur nom le bien et le mal, comme le fait, par exemple, la même Constitution pastorale de Vatican II: «Tout ce qui s'oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d'homicide, le génocide, l'avortement, l'euthanasie et même le suicide délibéré; tout ce qui constitue une violation de l'intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques; tout ce qui est offense à la dignité de l'homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations; l'esclavage, la prostitution, le commerce des femmes et des jeunes; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable»; et, après avoir appelé par leur nom les multiples péchés si fréquents et si répandus en notre temps, la Constitution ajoute: «Toutes ces pratiques et d'autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu'elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s'y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l'honneur du Créateur»168.

En appelant par leur nom les péchés les plus déshonorants pour l'homme, et en démontrant qu'ils sont un mal moral qui s'inscrit au passif de tout bilan du progrès de l'humanité, le Concile caractérise tout cela comme une étape «de la lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres», qui caractérise «toute la vie des hommes, individuelle et collective»169. L'assemblée du Synode des Evêques de 1983 sur la réconciliation et la pénitence a précisé davantage encore la signification personnelle et sociale du péché de l'homme170.

44. Au Cénacle, la veille de sa Passion puis le soir de Pâques, Jésus Christ a fait appel à l'Esprit Saint comme à celui qui témoigne que, dans l'histoire de l'humanité, le péché continue à exister. Toutefois, le péché est soumis à la puissance salvifique de la Rédemption. La «manifestation du péché du monde» ne s'arrête pas au simple fait d'appeler celui-ci par son nom et de l'identifier pour ce qu'il est dans toute l'étendue de sa nature. Dans la manifestation du péché du monde, l'Esprit de vérité rencontre la voix des consciences humaines.

De cette façon, on en arrive à mettre en évidence les racines du péché, qui se trouvent au cœur de l'homme, comme le souligne la même Constitution pastorale: «En vérité, les déséquilibres qui travaillent le monde moderne sont liés à un déséquilibre plus fondamental, qui prend racine dans le cœur de l'homme. C'est en l'homme lui-même, en effet, que de nombreux éléments se combattent. D'une part, comme créature, il fait l'expérience de ses multiples limites; d'autre part, il se sent illimité dans ses désirs et appelé à une vie supérieure. Sollicité de tant de façons, il est sans cesse contraint de choisir et de renoncer. Pire: faible et pécheur, il accomplit souvent ce qu'il ne veut pas et n'accomplit point ce qu'il voudrait»171. Le texte conciliaire se réfère ici aux paroles bien connues de saint Paul172.

La «mise en lumière du péché», qui accompagne la conscience humaine chaque fois qu'elle réfléchit en profondeur sur elle-même, conduit donc à la découverte des racines du péché dans l'homme, et aussi des conditionnements de la conscience elle-même au cours de l'histoire. Nous retrouvons de cette façon la réalité originelle du péché dont nous avons déjà parlé. L'Esprit Saint «met en lumière le péché» par rapport au mystère du commencement, en indiquant le fait que l'homme est un être créé et qu'il est donc en totale dépendance ontologique et éthique du Créateur, tout en rappelant la condition pécheresse héréditaire de la nature humaine. Mais c'est toujours en relation avec la Croix du Christ que l'Esprit Saint-Paraclet «met en lumière le péché». Dans cette relation, le christianisme exclut toute «fatalité» du péché. «Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l'histoire des hommes; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l'a dit, jusqu'au dernier jour», ainsi s'exprime le Concile173. «Mais le Seigneur en personne est venu pour restaurer l'homme dans sa liberté et sa force»174. Loin de se laisser prendre au piège de sa condition de pécheur, l'homme, s'appuyant sur la voix de sa propre conscience, doit donc «sans cesse combattre pour s'attacher au bien; et ce n'est qu'au prix de grands efforts, avec la grâce de Dieu, qu'il parvient à réaliser son unité intérieure»175. A juste titre, le Concile voit dans le péché le responsable de la rupture qui pèse sur la vie personnelle comme sur la vie sociale de l'homme; mais en même temps il rappelle inlassablement la possibilité de la victoire.

45. L'Esprit de vérité, qui «met en évidence le péché du monde», rencontre les efforts de la conscience humaine, dont les textes conciliaires parlent d'une manière très suggestive. Ces efforts de la conscience déterminent aussi les voies de la conversion humaine: tourner le dos au péché pour rebâtir la vérité et l'amour au cœur même de l'homme. On sait que parfois il en coûte beaucoup de reconnaître le mal en soi-même. On sait que non seulement la conscience commande ou interdit, mais qu'elle juge à la lumière des ordres et des défenses intérieurs. Elle est aussi la source des remords: l'homme souffre intérieurement à cause du mal qu'il a commis. Cette souffrance n'est-elle pas comme un écho lointain de ce «regret d'avoir créé l'homme» que le Livre saint, dans un langage anthropomorphique, attribue à Dieu, de cette «réprobation» qui, s'inscrivant au «cœur» de la Trinité, se traduit par la douleur de la Croix, par l'obéissance du Christ jusqu'à la mort en vertu de l'amour éternel? Quand l'Esprit de vérité permet à la conscience humaine de participer à cette douleur, la souffrance de la conscience devient particulièrement profonde, mais aussi particulièrement salvifique. Par un acte de contrition parfaite s'opère alors la conversion authentique du cœur: c'est la «metanoia» évangélique.

Les efforts du cœur humain, les efforts de la conscience, grâce auxquels s'opère cette «metanoia» ou conversion, sont le reflet du processus par lequel la réprobation est transformée en amour salvifique qui accepte de souffrir. L'auteur caché de cette force salvatrice est l'Esprit Saint: Lui qui est appelé par l'Eglise «lumière des consciences» pénètre et remplit «jusqu'à l'intime les cœurs» humains176. Par une telle conversion dans l'Esprit Saint, l'homme s'ouvre au pardon, à la rémission des péchés. Et tout cet admirable dynamisme de la conversion-rémission confirme la vérité de ce qu'écrit saint Augustin sur le mystère de l'homme en commentant les paroles du psaume: «L'abîme appelle l'abîme»177. C'est précisément à l'égard de cette «profondeur abyssale» de l'homme, de la conscience humaine, que s'accomplit la mission du Fils et de l'Esprit Saint. L'Esprit Saint «vient» en vertu du «départ» du Christ dans le mystère pascal: il vient dans tout cas concret de conversion-rémission, en vertu du sacrifice de la Croix: en lui, en effet, «le sang du Christ ... purifie notre conscience des œuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant»178. Ainsi s'accomplissent continuellement les paroles sur l'Esprit Saint présenté comme «un autre Paraclet», paroles qui, au Cénacle, furent adressées aux Apôtres et indirectement à tous: «Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il sera en vous»179.

6. Le péché contre l'Esprit Saint

46. Compte tenu de ce que nous avons dit jusqu'à maintenant, certaines autres paroles impressionnantes et saisissantes de Jésus deviennent plus compréhensibles. On pourrait les appeler les paroles du «non-pardon». Elles nous sont rapportées par les synoptiques, à propos d'un péché particulier qui est appelé «blasphème contre l'Esprit Saint». Voici comment elles ont été rapportées dans les trois rédactions:

Matthieu: «Tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre»180.

Marc: «Tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proférés; mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint n'aura jamais de rémission: il est coupable d'une faute éternelle»181.

Luc: «Quiconque dira une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis, mais à qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, cela ne sera pas remis»182.

Pourquoi le blasphème contre l'Esprit Saint est-il impardonnable? En quel sens entendre ce blasphème? Saint Thomas d'Aquin répond qu'il s'agit d'un péché «irrémissible de par sa nature, parce qu'il exclut les éléments grâce auxquels est accordée la rémission des péchés»183.

Selon une telle exégèse, le «blasphème» ne consiste pas à proprement parler à offenser en paroles l'Esprit Saint; mais il consiste à refuser de recevoir le salut que Dieu offre à l'homme par l'Esprit Saint agissant en vertu du sacrifice de la Croix. Si l'homme refuse la «manifestation du péché», qui vient de l'Esprit Saint et qui a un caractère salvifique, il refuse en même temps la «venue» du Paraclet, cette «venue» qui s'est effectuée dans le mystère de Pâques, en union avec la puissance rédemptrice du Sang du Christ, le Sang qui «purifie la conscience des œuvres mortes».

Nous savons que le fruit d'une telle purification est la rémission des péchés. En conséquence, celui qui refuse l'Esprit et le Sang demeure dans les «œuvres mortes», dans le péché. Et le blasphème contre l'Esprit Saint consiste précisément dans le refus radical de cette rémission dont Il est le dispensateur intime et qui présuppose la conversion véritable qu'il opère dans la conscience. Si Jésus dit que le péché contre l'Esprit Saint ne peut être remis ni en ce monde ni dans l'autre, c'est parce que cette «non-rémission» est liée, comme à sa cause, à la «non-pénitence», c'est-à-dire au refus radical de se convertir. Cela signifie le refus de se tourner vers les sources de la Rédemption, qui restent cependant «toujours» ouvertes dans l'économie du salut, dans laquelle s'accomplit la mission de l'Esprit Saint. Celui-ci a le pouvoir infini de puiser à ces sources: «C'est de mon bien qu'il reçoit», a dit Jésus. Il complète ainsi dans les âmes humaines l'œuvre de la Rédemption accomplie par le Christ, en leur partageant ses fruits. Or le blasphème contre l'Esprit Saint est le péché commis par l'homme qui présume et revendique le «droit» de persévérer dans le mal - dans le péché quel qu'il soit - et refuse par là même la Rédemption. L'homme reste enfermé dans le péché, rendant donc impossible, pour sa part, sa conversion et aussi, par conséquent, la rémission des péchés, qu'il ne juge pas essentielle ni importante pour sa vie. Il y a là une situation de ruine spirituelle, car le blasphème contre l'Esprit Saint ne permet pas à l'homme de sortir de la prison où il s'est lui-même enfermé et de s'ouvrir aux sources divines de la purification des consciences et de la rémission des péchés.

47. L'action de l'Esprit de vérité, qui tend à la «mise en lumière du péché» pour le salut, se heurte, dans l'homme qui se trouve en une telle situation, à une résistance intérieure, presque une impénétrabilité de la conscience, un état d'âme que l'on dirait durci en raison d'un libre choix: c'est ce que la Sainte Ecriture appelle «l'endurcissement du cœur»184. De nos jours, à cette attitude de l'esprit et du cœur fait peut-être écho la perte du sens du péché, à laquelle l'Exhortation apostolique Reconciliatio et paenitentia a consacré de nombreuses pages185. Déjà, le Pape Pie XII avait affirmé que «le péché de ce siècle est la perte du sens du péché»186, et cela va de pair avec la «perte du sens de Dieu». Dans l'Exhortation mentionnée ci-dessus, nous lisons: «En réalité, Dieu est l'origine et la fin suprême de l'homme, et celui-ci porte en lui un germe divin. C'est pourquoi, c'est le mystère de Dieu qui dévoile et éclaire le mystère de l'homme. Il est donc vain d'espérer qu'un sens du péché puisse prendre consistance par rapport à l'homme et aux valeurs humaines si fait défaut le sens de l'offense commise contre Dieu, c'est-à-dire le véritable sens du péché»187.

C'est pourquoi l'Eglise ne cesse de demander à Dieu que la rectitude ne fasse jamais défaut dans les consciences humaines, et que ne s'atténue pas leur saine sensibilité face au bien et au mal. Cette rectitude et cette sensibilité sont intimement liées à l'action de l'Esprit de vérité. Cet éclairage rend particulièrement éloquentes les exhortations de l'Apôtre: «N'éteignez pas l'Esprit»; «ne contristez pas l'Esprit Saint»188. Mais surtout, l'Eglise ne cesse de prier intensément pour que n'augmente pas dans le monde le péché appelé par l'Evangile «blasphème contre l'Esprit Saint», et, plus encore, pour qu'il régresse dans les âmes - et par contrecoup dans les divers milieux et les différentes formes de la société -, cédant la place à l'ouverture des consciences indispensable à l'action salvifique de l'Esprit Saint. L'Eglise demande que le dangereux péché contre l'Esprit laisse la place à une sainte disponibilité à accepter sa mission de Paraclet, lorsqu'il vient «manifester la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement».

48. Dans son discours d'adieu, Jésus a lié ces trois domaines de «la manifestation», qui sont les composantes de la mission du Paraclet: le péché, la justice et le jugement. Ils indiquent la place de ce mysterium pietatis qui, dans l'histoire de l'homme, s'oppose au péché, au mysterium iniquitatis189. D'un côté, comme le dit saint Augustin, il y a l'«amour de soi jusqu'au mépris de Dieu», et de l'autre, il y a l'«amour de Dieu jusqu'au mépris de soi»190. L'Eglise fait continuellement monter sa prière et accomplit sa tâche pour que l'histoire des consciences et l'histoire des sociétés, dans la grande famille humaine, ne s'abaissent pas vers le pôle du péché par le refus des commandements de Dieu «jusqu'au mépris de Dieu», mais bien plutôt s'élèvent vers l'amour dans lequel se révèle l'Esprit qui donne la vie.

Ceux qui acceptent la «mise en évidence du péché» par l'Esprit Saint l'acceptent également pour «la justice et le jugement». L'Esprit de vérité, qui aide les hommes, les consciences humaines, à connaître la vérité du péché, fait en sorte, par là même, qu'ils connaissent la vérité de la justice qui est entrée dans l'histoire de l'homme avec la venue de Jésus Christ. Ainsi, ceux qui, convaincus qu'ils sont pécheurs, se convertissent sous l'action du Paraclet, sont en un sens conduits hors du cercle du «jugement», de ce «jugement» par lequel «le Prince de ce monde est déjà jugé»191. La conversion, dans la profondeur de son mystère divin et humain, signifie la rupture de tout lien par lequel le péché unit l'homme à l'ensemble du mysterium iniquitatis. Donc, ceux qui se convertissent sont conduits par l'Esprit Saint hors du cercle du «jugement» et introduits dans la justice qui se trouve dans le Christ Jésus, et qui s'y trouve parce qu'il la reçoit du Père192, comme un reflet de la sainteté trinitaire. Telle est la justice de l'Evangile et de la Rédemption, la justice du Discours sur la montagne et de la Croix, qui opère la purification de la conscience par le sang de l'Agneau. C'est la justice que le Père rend au Fils et à tous ceux qui lui sont unis dans la vérité et dans l'amour.

Dans cette justice, l'Esprit Saint, Esprit du Père et du Fils, qui «manifeste le péché du monde», se révèle et se rend présent dans l'homme comme Esprit de vie éternelle. "

Bon après-midi et à bientôt.

Scrutator.

     

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  de la Liberté Religieuse avec Mgr Athanasius Schneider par jejomau  (2013-01-19 18:24:45)
      Oui par Aigle  (2013-01-19 22:13:31)
          C'était aussi le cas... par Candidus  (2013-01-19 23:15:10)
          Je vous recommande à nouveau un ouvrage important. par Scrutator Sapientiæ  (2013-01-20 09:11:09)
      Provocation dominicale : c'est à peu près le contraire. par Scrutator Sapientiæ  (2013-01-20 09:02:48)
          pour reprendre cette phrase par jejomau  (2013-01-20 09:24:17)
              Quand en utilise les catégories de son adversaire.... par Scrutator Sapientiæ  (2013-01-20 10:34:25)
          Deux remarques suscitées par votre intéressant message par le torrentiel  (2013-01-20 11:38:28)
              Merci beaucoup + quelques éléments très rapides. par Scrutator Sapientiæ  (2013-01-20 15:11:01)
                  Brève réponse à vos points 2 et 7, les béatitudes et l'incrédulité... par le torrentiel  (2013-01-20 18:30:36)
                      Très rapidement : c'est moi qui vous remercie. par Scrutator Sapientiæ  (2013-01-21 00:09:14)
      Vers un Synode sur la liberté religieuse ? par Paterculus  (2013-01-20 21:26:49)
          Très rapidement : deux dimensions du problème. par Scrutator Sapientiæ  (2013-01-20 23:24:12)


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