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De la désertification post-conciliaire à la reforestation spirituelle.
par Scrutator Sapientiæ 2012-10-27 18:38:57
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Bonjour et merci, Jean Kinzler.

Le diagnostic relatif à la désertification spirituelle est à peu près le même que celui de Benoît XVI, mais l'étiologie de la pathologie, l'origine de la déforestation, et la remédiation à la pathologie, le fondement et le contenu de la reforestation, ne sont pas exactement les mêmes.

Pour Benoît XVI, le ressourcement dans le vrai Concile Vatican II et dans la vraie Foi catholique vont de pair, alors que pour Monsieur l'Abbé Niklaus Pfluger, il semble que, si j'ose dire, le "découplage"

- entre l'effet de surplomb, l'ombre portée, du Concile Vatican II,
- et la Foi catholique, au sens large : le Credo, le Décalogue, etc.

soit la condition sine qua non

- de la relégation du Concile dans le passé et le passif de l'histoire de l'Eglise,
et
- du ressourcement dans et par la Foi catholique, en vue d'assurer un avenir à l'histoire de l'Eglise.

Qu'on en juge :

" La réalité s’impose d’elle-même. L’Eglise se trouve partout dans le monde, à quelques rares exceptions, dans un processus d’auto-destruction. Ce processus n’est pas qu’européen. En Amérique Latine, par exemple, la situation ne paraît pas meilleure. Là où se trouve encore assez d’argent – Allemagne, Suisse, Etats-Unis – les structures demeurent encore. Mais la perte de la foi se retrouve partout. Or sans foi, il n’y a pas d’Eglise. En Allemagne, les évêques ont même récemment donné un message clair : le droit de réclamer l’impôt ecclésiastique est plus important que 120.000 sorties de l’Eglise par an.

Nous assistons à un phénomène de rétrogradation unique dans l’histoire, que même les évêques ne peuvent pas enrayer, et surtout pas avec une tactique sans esprit de foi. Joseph Ratzinger parlait déjà, il y a plus de 50 ans, d’une « Eglise, dont le cœur est habité par le paganisme ». Nous en sommes arrivés là à cause aussi du Concile. Je suis convaincu que ce processus va, d’une part, ramener une certaine lucidité chez les évêques, et que, d’autre part, il va ne maintenir en place que les conservateurs, c’est-à-dire ceux qui veulent simplement croire de façon catholique et demeurer catholiques. Avec ceux-là, nous n’avons pas besoin de beaucoup discuter, l’unité sera vite trouvée. "

" Je n’insinue rien du tout, je regarde les faits. Quel ordre religieux, quel diocèse, quel groupe dispose d’une relève, et quels sont ceux qui n’en ont pas ? Nous pouvons observer que là où les soi-disant réformes conciliaires ont été le mieux appliquées, le déclin est aussi le plus grand. Je ne nie pas que dans l’opinion publique – et également dans les paroisses –, la voie libérale est celle qui rencontre le plus de sympathie.

Mais l’Eglise ne vit pas de sympathie ou d’applaudissements. Elle vit d’hommes qui croient et pratiquent, qui sont disposés à renoncer à la vie civile pour devenir prêtres, moines ou religieuses. Ceux-là, vous ne les trouvez pas auprès des libéraux, et c’est pourquoi ils souhaitent maintenant tous recevoir l’ordination sacerdotale, mais naturellement sans le célibat, sans aucun renoncement. Comme si, pour cette seule raison, davantage de personnes se rendront à l’église ! "

" Une nouvelle excommunication serait peut-être bienvenue, aux yeux de plusieurs, mais, sous ce pontificat au moins, cela paraît plutôt improbable. Comment la justifierait-on ? Il n’y a pas d’« hérésie traditionnelle ». Nous ne sommes pas des « sédévacantistes », nous ne rejetons en aucun cas l’assistance du Saint-Esprit pour le pape et les évêques. Et la « désobéissance » – du point de vue romain – existait déjà au moment du retrait des prétendues excommunications prononcées en 1988. Comment veut-on justifier de nouvelles peines ecclésiastiques ? A cause d’un refus du Concile ? Dans le Credo on ne trouve pas l’article : « Je crois au concile Vatican II… » !

La réalité contraignante des faits, que j’ai déjà mentionnée, devrait être plus importante que les discussions. On la trouve dans une nouvelle génération de jeunes prêtres qui, lentement mais constamment, découvre l’ancien rite et, à travers lui, la doctrine intégrale et le vrai sacerdoce. Mais aussi chez des jeunes gens qui s’intéressent à la Foi, et la découvrent presque toujours en dehors de leurs paroisses ; ils sont très intéressés par la liturgie et la doctrine traditionnelles, même s’ils pratiquent encore dans le nouveau rite… Ils regardent la Fraternité, ils se préoccupent d’elle, cherchent des contacts, demandent nos publications et nous gardent dans leur carnet de relations.

Il en est de même dans les communautés Ecclesia Dei et parmi les prêtres diocésains qui, depuis le Motu Proprio de 2007, ont commencé à célébrer la Messe traditionnelle. Nous ne sommes pas seulement une Fraternité de presque 600 prêtres ; notre influence pénètre profondément dans l’Eglise, et précisément dans les milieux qui ont un avenir. Si elle ne veut pas perdre toute crédibilité, Rome s’épargnera une excommunication qu’elle devra ensuite à nouveau retirer. "

" Nous reconnaissons bien sûr qu’il y a eu un concile Vatican II. Mgr Lefebvre fut lui-même un père conciliaire. Cependant nous constatons que non seulement les réformes postconciliaires, mais aussi quelques textes du Concile développent des contradictions par rapport à d’importantes décisions doctrinales passées. Certaines ambiguïtés et nouveautés sont au cœur du processus de dissolution actuel de l’Eglise. Pour Rome, il est insupportable que nous parlions d’« erreurs du Concile ». Voyez-vous, nous avons critiqué le Concile, alors qu’il était encore fêté partout et que l’Eglise était encore beaucoup plus vivante et croyante qu’aujourd’hui.

Pourquoi arrêterions-nous maintenant de le critiquer, quand nos avertissements et nos critiques se vérifient visiblement pour tout le monde ? A voir la triste réalité, 50 ans après le Concile, les avertissements de Mgr Lefebvre étaient loin d’être exagérés ! Dans les années 70, il était totalement inconcevable, en raison de l’optimisme enthousiaste et naïf d’alors, que des évêques catholiques s’engagent en faveur de l’homosexualité, de la propagation de l’Islam ou de la dissolution du mariage, ce que nous devons subir maintenant, hélas !

Le Vatican se trouve devant les ruines de l’Eglise, elle qui était autrefois si belle et si forte. Or il n’y a rien de nouveau ; il n’y a aucun relèvement durable possible. Une évaluation réaliste des communautés nouvelles d’inspiration charismatique, qui durant les dernières décennies ont toujours été désignées comme un signe de vitalité, devrait servir de mise en garde. Je ne comprends pas que l’on n’ait pas encore effectué une vaste enquête sur les causes de la situation de l’Eglise. L’Eglise se détruit, et on ne changera pas cette réalité simplement en interdisant d’en parler. La continuelle prétention selon laquelle le Concile n’a rien à voir avec la crise postconciliaire, est idéologique. "

Plusieurs remarques seraient sans doute à vérifier, notamment compte teu du contraste apparent entre l'attractivité quantitative de l'Eglise et la fragilisation qualitative de la Foi, mais je trouve que le diagnostic sans complaisance est porté sur le meilleur terrain, celui de la relative infécondité ou infructuosité spirituelle du Concile.

La phrase la plus importante de tous ces extraits me semble être la toute dernière : " La continuelle prétention selon laquelle le Concile n’a rien à voir avec la crise postconciliaire est idéologique. "

Nous sommes évidemment en présence d'une idéologie,

- une idéologie, donc une idée de la logique et une logique dans les idées qui lui appartiennent en propre

- une idéologie que l'on reconnaît à son aptitude à censurer certaines questions dérangeantes et à imposer certaines réponses arrangeantes,

- une idéologie que l'on reconnaît, tantôt à son refus joyeux, tantôt à son rejet haineux, des réalités les plus factuelles, qu'on les trouve dans la doctrine de l'Eglise ou dans l'histoire de l'Eglise.

La référence omniprésente et sempiternelle à au moins une partie du Concile est peut-être bien en train de devenir, objectivement, une contrainte menaçante, non seulement pour l'avenir de l'histoire de l'Eglise, mais aussi pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Et je suis convaincu que Benoît XVI en a bien conscience, au moins en ce qui concerne Gaudium et Spes.

Bonne soirée et à bientôt.

Scrutator.

     

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 Entretien avec l’abbé Niklaus Pfluger:Retour à la case départ par Jean Kinzler  (2012-10-17 08:52:43)
      merci pour cet entretien posé par Clovis  (2012-10-17 10:13:03)
      un peu plus tout de même par Luc Perrin  (2012-10-17 10:20:27)
          A propos de votre P.S. par Yves Daoudal  (2012-10-17 10:52:08)
              relecture un peu "comptable" du texte papal par Luc Perrin  (2012-10-17 15:52:03)
                  A l'attention, notamment, de Y. Daoudal et de Luc Perrin. par Scrutator Sapientiæ  (2012-10-27 11:59:53)
          Benoît XVI, le 2 août 2012, à propos de Vatican II. par Scrutator Sapientiæ  (2012-10-27 11:11:06)
      Un immense MERCI et Deo gratias! par Bertrand Decaillet  (2012-10-17 11:32:32)
          Merci à Monsieur l'abbé Pflüger ! par Jean-Paul PARFU  (2012-10-17 11:40:51)
      Un texte clair et net par Philippilus  (2012-10-17 21:53:47)
          Clair et net en effet ! par AB Gédéon  (2012-10-17 22:33:59)
      De la désertification post-conciliaire à la reforestation spirituelle. par Scrutator Sapientiæ  (2012-10-27 18:38:57)


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