Maudit soit qui mal y pense ! A propos des "poètes maudits" par baudelairec2000 2012-10-08 22:58:53 |
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Charles Baudelaire, contrairement à ce que dit le Monsieur de la banquise, ne fut pas un poète maudit.
L'inventeur de l'expression fut Verlaine; celui-ci écrivit en effet un ouvrage en prose intitulé Les Poètes maudits. la première édition parut en 1884 chez Léon Vanier. Verlaine y rendait hommage à trois auteurs: Tristan Corbière, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé. Quatre ans plus tard, dans la seconde édition, l'auteur ajoute trois nouveaux auteurs: Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de L'Isle-Adam et Pauvre Lélian, "ce maudit qui aura bien eu la destinée la plus mélancolique". Ces six auteurs, Verlaine les connut personnellement, et tout particulièrement Rimbaud, l'ange du mal, celui qui le débaucha à tout jamais. Lélian se convertit lors d'un séjour en prison en Belqique, le temps d'une grâce, celui d'un recueil intitulé Sagesse. Point de Baudelaire, malheureusement!
Poésie encore. Et puisqu'il fut dans une précédente discussion question de loups, retour à Leconte de Lisle, en route vers le grand Nord:
L'incantation du loup
Les lourds rameaux du mélèze et de l'aune.
Un grand silence. Un ciel étincelant d'hiver.
Le roi du Hartz, assis sur ses jarrets de fer,
Regarde resplendir la lune large et jaune.
Les gorges, les vallons, les forêts et les rocs
Dorment inertement sous leur blême suaire,
Et la face terrestre est comme un ossuaire
Immense, cave ou plat, ou bossué par blocs.
Tandis qu'éblouissant les horizons funèbres,
La lune, oeil d'or glacé, luit dans le morne azur,
L'angoisse du vieux Loup étreint son coeur obscur,
Un âpre frisson court le long de ses vertèbres.
Sa louve blanche, aux yeux flambants, et les petits
Qu'elle abritait, la nuit, des poils chauds de son ventre,
Gisent, morts, égorgés par l'homme, au fond de l'antre.
Ceux, de tous les vivants, qu'il aimait, sont partis.
Il est seul désormais sur la neige livide.
La faim, la soif, l"affût patient dans les bois,
Le doux agneau qui bêle ou le cerf aux abois,
Que lui fait tout cela, puisque le monde est vide?
Lui, le chef du haut Hartz, tous l'ont trahi, le Nain
Et le Géant, le Bouc, l'Orfraie et la Sorcière,
Accroupis près du feu de tourbe et de bruyère
Où l'eau sinistre bout dans le chaudron d'airain.
Sa langue fume et pend de la gueule profonde.
Sans lécher le sang noir qui s'égoutte du flanc,
Il érige sa tête aiguë en grommelant,
Et la haine, dans ses entrailles, brûle et gronde.
L'homme, le massacreur antique des aïeux,
De ses enfants et de la royale femelle
Qui leur versait le lait ardent de sa mamelle,
Hante immuablement son rêve furieux.
Une braise rougit sa prunelle énergique;
Et, redressant ses poils roides comme des clous,
Il évoque, en hurlant, l'âme des anciens loups
Qui dorment dans la lune éclatante et magique.
Poèmes tragiques, 1884 (l'année même de la parution des Poètes maudits).
Je ne souhaite pas aux innombrables pingouins de la Toile une nuit polaire, je laisse l'expression au veilleur de la banquise, mais une nuit glaciale.
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