Vatican II à la sauce allemande actuelle par Luc Perrin 2012-09-26 16:54:57 |
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Le documentaire est intéressant par plusieurs scènes pas toujours vues. La brochette d'experts interrogés est aussi intéressante en ne se limitant pas au médiatique Hans Küng et à Luigi Accatoli : on y entend aussi Benny Lai, spécialiste du cardinal Siri, le Père Gumpel sj.
Le commentaire est bien sûr très orienté ouvertement favorable à la tendance küngienne et néo-moderniste. Mais il n'hésite pas non plus à montrer les manoeuvres de petits cercles et jette une grosse ombre sur la droiture de certains ténors de la Majorité.
Il souligne aussi, à l'opposé de Theonas, que le primat pontifical a résisté aux assauts de ces cercles très réduits en fait ; que c'est bien Jean-Paul II qui a ouvert des portes à des gestes interreligieux non prévus par Vatican II.
Hans Maier et d'autres montrent que 1968 marque un tournant et que "l'utopie en marche" (Accatoli) s'essouffle ensuite ... à la tristesse de la commentatrice et au grand soulagement pour nous autres chrétiens.
Tout y est lu avec des lunettes allemandes actuelles : le coréalisateur est le rédacteur en chef de l'agence K.N.A. très représentative du catholicisme semi-moderniste allemand. Il n'est question que "d'alliance du Rhin" alors que l'histoire parle en général de l'alliance centre-européenne ; on fait des évêques allemands la tête pensante de la Majorité conciliaire. Bien sûr ils y ont tenu leur rôle mais les historiens - Bologne inclus - parlent de la squadra belga, du rôle majeur des théologiens et évêques belges : Mgr Suenens et Mgr de Smedt ne sont pas nommés une fois, Mgr Philips l'architecte de Lumen gentium est ignoré etc. ; un Italien majeur comme le cardinal Lercaro est effacé.
On nous présente, à tort, l'abbé Ratzinger comme le théologien n°1 de Vatican II, alors que s'il est dans les premiers cercles des théologiens majoritaires, son apport est moindre qu'un Congar, Philips, Karl Rahner, Courtney Murray, Parente etc.
On y voit bien une projection d'un catholicisme allemand vieillissant, hypnotisé par le libéralisme contemporain, n'ayant pas tiré les leçons de son colossal échec post-conciliaire, échec qui est à peine abordé à la fin alors que la croissance du catholicisme hors d'Europe est pourtant évoquée, brièvement, en passant et presque à regret.
Je dirais que c'est Vatican II vu par Mme Merkel, tout en frilosité germano-centrée et en bonne conscience libérale. Assez loin du monde du XXIe siècle et des besoins du catholicisme de notre époque.
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